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Un nouveau studio centré sur l’animation : rencontre avec Tsunami

Récemment lancé en région bordelaise, le studio Tsunami a adopté un positionnement intéressant : l’entité propose aux studios de gérer la partie animation de leurs projets.
Par exemple, pour les spots avec des marmottes qui habilleront France 3 durant tout l’été, Digital District Bordeaux a fait appel à Tsunami pour animer les facétieux rongeurs, Toonkit étant en charge du rigging. Digital District a ensuite récupéré ces données pour finaliser les spots.

Nous avons profité du lancement et l’entité et de ce projet pour interviewer l’équipe. L’occasion de revenir sur le concept du studio, la réflexion qui explique son positionnement sur un segment précis de la chaîne de fabrication, sa mise en place, mais aussi bien évidemment sur les coulisses des fameuses marmottes.

Réalisation : Ivan Grangeon
Agence : Dream On
Rigging : Toonkit Studio
Animation Keyframe : Tsunami
Post-production & VFX : Digital District Bordeaux
VFX Supervisor – Antoine Moulineau
CF Supervisor : Steven Dupuy
CG Pipeline : Julien Fabbris
VFX Producer – Pascal Giroux & François Schmidt

3DVF : Bonjour Tsunami ! Pour commencer, pourriez-vous chacun vous présenter en quelques lignes, et nous indiquer vos rôles respectifs ?

Florian Landouzy (aka LanXII) : Bonjour Benoît et merci de recevoir l’équipe Tsunami.
Diplômé d’un DMA en cinéma d’animation à l’Esaat (59) puis de l’Institut Méliès (94), j’ai fait mes armes dans les studios d’animations dont MacGuff avant que celui-ci ne devienne Illumination.
Débordant de projets créatifs en collectif, j’ai co-fondé Supamonks Studio en 2007. J’y ai endossé les postes de directeur d’animation et de réalisateur pendant 12 ans sur tous types de projets d’animation allant de la pub à la série TV en passant par la cinématique de jeu vidéo.
En 2020, j’ai co-créé Tsunami avec les ami(e)s ici présents.

Léo Recoche : Diplômé de l’Idem (66), j’ai démarré mon parcours professionnel de généraliste 2D/3D en Argentine avant un retour en France en tant qu’animateur 2D/3D dans différents studios dont Supamonks. J’ai rejoint l’Aventure Tsunami où j’alterne entre animation keyframe et pipeline.

Thibaut Gouilloux : Issu de la même promotion que Léo, j’ai fréquenté les studios parisiens dont Supamonks où j’ai fait essentiellement mes classes. Chez Tsunami, je gère surtout la Keyframe acting & Bodymecanique… mais je suis toujours le premier à allumer le BBQ ^^ (rires)

Anne Chatelain : Diplômée de l’Institut Méliès (94), j’ai évolué dans le secteur de l’animation VFX pour Mikros Image pendant plus de 12 ans avant de partir sur du long métrage d’animation chez Supamonks. Depuis, j’ai rejoint la Team Tsunami en tant que lead anim VFX et fonction support.

3DVF: Vous avez donc lancé Tsunami, une entité au positionnement qui pourrait surprendre : travailler sur la phase d’animation des projets, et uniquement cette phase. Une idée qui est née d’une analyse des évolutions du secteur… Quelques mots à ce sujet ? Quel a été le cheminement, la réflexion qui a mené à cette démarche, et pourquoi le faire maintenant, en 2020 ?

Florian : Tsunami est effectivement le résultat de plusieurs facteurs.

La chaîne de fabrication d’un film d’animation compte une quinzaine de corps de métiers de la phase d’écriture à la livraison du produit final. J’ai d’ailleurs co-réalisé chez Supamonks un court métrage illustrant l’industrie d’un studio :

Une récente étude menée par la Cpnef et l’observatoire des métiers montre que certains corps de métiers ont été déclarés comme « en tension ». [NDLR : voir le document Focus sur les métiers et compétences en tension]Parmi eux,  les compétences d’animateur confirmé dont le profil est cruellement difficile à trouver et fidéliser entre les gros projets parisiens et l’attractivité à l’international.
Tsunami est donc une niche permettant de répondre à ce besoin imminent.

Ensuite, on note une tendance à la segmentation par une technologie de pointe s’adaptant spécifiquement à chaque corps de métier. Hier, il y avait grossièrement un gros software pour couvrir l’ensemble de la production alors qu’aujourd’hui, il y a des softs spécifiques au modeling, au surfacing, au rendu, aux simulations, à l’anim, etc.
Le cumul de l’ensemble de ces technologies s’avère dorénavant très couteux pour une structure qui couvre l’ensemble de la chaîne de production.
Ce contexte améliore chaque artiste-technicien concentré sur son domaine de prédilection et de passion sans être confronté à la complexité des pipelines de gros studios.
Il favorise aussi la naissance d’entités indépendantes pointues dans leur domaine et plus facilement adaptables à la collaboration inter-studios.

Enfin, mon souhait le plus cher est que ce positionnement permette une meilleure répartition des tâches entre les acteurs du secteur de l’animation sur des projets communs.

3DVF: Cette idée d’une segmentation de la chaîne de fabrication se retrouve chez les partenaires de Tsunami, avec entre autres l’équipe de Toonkit…

Anne : Comme évoqué précédemment, ce modèle de segmentation s’inscrit dans une mouvance. Il existe déjà des structures spécialisées dans la previz, le rigging, la mocap, le modeling, etc. alors pourquoi pas la keyframe ?

Florian : Les entreprises prestataires spécialisées en amont comme en aval dans la chaîne de fabrication deviennent de fait des partenaires voire des clients.
En l’occurrence, nous avons déjà des partenaires en amont dans le rig comme Toonkit qui fait partie du tissu local de la Nouvelle Aquitaine que nous favorisons et en aval comme Monarch Studio ou Digital District Bordeaux spécialisés dans le VFX.

3DVF: Quelle est la taille actuelle de l’équipe ? Florian nous avait indiqué vouloir rester sous la barre des 8 à 12 personnes, pourquoi ?

Anne : Nous démarrons l’aventure à 4.
Chacun a sa spécialité afin de garantir une qualité constante et une expérience dans tous les styles d’animation allant du cartoon au réalisme des VFX.
Notre objectif premier est vivre de notre métier-passion.
Notre tarification est claire, simple et attractive car nos équipes sont réduites. Il n’y a pas de mystère !

Florian : L’effectif de 8 à 12 personnes représente, selon mon expérience, le plafond de la convivialité au travail.
Lorsqu’une structure prend de l’envergure, il faut alors multiplier les postes d’encadrement qui éloignent parfois de la passion du métier.
Conserver une petite échelle permet de garder une structure agile où l’on continue notre amour de la keyframe sans être noyés par les responsabilités, l’inertie de grosse structure ou les situations de prod complexes.
12 est un effectif qui permettrait de pouvoir répondre à des projets plus conséquents (exemple : Le long métrage « Minscule2 » animé chez Supamonks roulait sur un effectif moyen d’environ 12 animateurs)

Leo : C’est un modèle de résilience face aux crises (type covid): la capacité de travailler en télétravail a été mise en place très vite puisque ça faisait partie des axes stratégiques de Tsunami.
C’est aussi un gain d’énergie dans la mise en place du Pipeline. On gère seulement l’IN > Animation Keyframe > OUT
On reste artisan dans la création. Les superviseurs anim peuvent garder les mains dans le cambouis.

Thibaut : Une équipe réduite entraîne une solidarité et un engagement accru en phase de prod où des liens plus forts se créent. Cela permet aussi de ne mettre personne à l’écart, et chacun se sent responsable et impliqué dans le projet. La communication et la pédagogie au sein d’un groupe réduit sont elles aussi plus efficaces. Un ensemble de facteurs propices à la fidélisation des artistes.

3DVF : Avant de continuer sur le studio, plongeons directement dans votre dernier projet : vous venez de terminer l’animation de marmottes pour France 3. Vous avez collaboré avec Digital District Bordeaux mais aussi la société Toonkit (basée à Angoulême et spécialisée dans le rigging) : Comment s’est passée le partenariat ? Comment avez-vous organisé la fabrication ? Les contraintes liées à la pandémie ont-elles compliqué les choses, que ce soit entre les studios, avec l’agence ou le réalisateur Ivan Grangeon ?

Florian : Le modeling des marmottes venant de DigitalDistrict Bordeaux et le rigging de chez Toonkit Studio, l’animation keyframe était l’étape suivante avant de retourner chez DigitalDistrict Bordeaux pour le rendu final.
Toonkit Studio est donc resté l’interlocuteur entre DigitalDistrict Bordeaux et Tsunami.
Nous avons fait une série de crash tests [NDLR : voir les vidéos ci-dessous avec Idle, acting facial et gymnastique corporelle] qui ont été utiles pour les allers retours de préproduction entre le rig body et facial et l’anim.

Léo : Toonkit s’est chargé de la direction de prod anim en répondant aux nombreuses exigences rig de Tsunami et en garantissant les livrables après de DigitalDistrict Bordeaux.

Thibaut : La crise sanitaire à provoqué un léger retard de prod mais grâce à la rigueur de Toonkit (bim le jeu de mots ^^) aucun souci n’a été à déplorer pour l’ensemble des structures dans la mise en place de la collaboration en télétravail (reporting mail, visioconférence …)

Anne : Pour Tsunami, la mise en place du télétravail fût rapide et efficace. C’est l’avantage d’être une petite équipe.

3DVF : Revenons sur l’animation, et donc votre partie du projet. Les marmottes ont une fourrure épaisse, ce qui peut compliquer la gestion des contacts et la lisibilité des mouvements, surtout avec le hair géré en aval et non chez vous.
Comment avez-vous anticipé ce point, quelle a été votre approche de l’animation, et enfin quels ont été vos liens avec les équipes Digital District, notamment sur ces questions de hair/character Fx ?

Florian : Tous les acteurs de cette production ont été sollicités dès le départ pour des visioconférences de pré-production afin de croiser notre savoir issu de notre expérience dans nos domaines respectifs.
Pour Tsunami, je me suis d’abord prononcé sur la pose initiale du personnage (une marmotte bipède) puis sur une enveloppe mesh à transparence variable calée sur l’épaisseur du grooming de Phil Nguyen.
Toonkit a donc fourni à Tsunami cette enveloppe additive skinnée au Bodymesh. Ca nous permettait de vérifier les déformations du corps pendant l’animation tout en anticipant les contraintes inhérentes au fur qu’aurait ensuite à gérer DigitalDistrict Bordeaux (interpénétrations des poils, contacts, simulations).

Les spots finalisés, accompagnées par un aperçu de l’animation keyframe.

Page suivante : suite de l’interview avec fin du projet Marmottes, pipeline, ou encore les raisons derrière le choix de Bordeaux pour installer le studio.

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