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Programmes, coût des études, MOOC, international… Gobelins nous répond

L’école des Gobelins a multiplié les annonces ces derniers mois : bourses en partenariat avec Netflix, évolution du cursus de formation. Nous avons récemment pu nous entretenir avec Moïra Marguin, directrice du département animation de l’école : l’occasion de faire le point sur ces évolutions et plus largement d’évoquer certains sujets comme la concurrence entre écoles, l’international, le coût élevé des études dans le secteur de l’animation, l’éventualité d’une seconde école Gobelins, le MOOC d’animation proposé par l’école ou encore les évolution du marché.
L’article est illustré (entre autres) à l’aide des courts-métrages de la promotion 2019, que nous vous invitons à découvrir ou redécouvrir.

Crédit de la photo d’en-tête : GOBELINS, l’école de l’image

3DVF : Les Gobelins font partie des établissements les plus réputés en France, et au niveau mondial. Sur le plan pédagogique, comment travaillez-vous pour conserver cette place et ne pas vous faire rattraper par vos « concurrents » ? Comment mettez-vous à jour les programmes ?

Moïra Marguin, directrice du département animation : L’idée n’est pas vraiment de parler de concurrence, mais d’exploiter nos spécificités. C’est d’ailleurs ce que font les autres écoles présentes au sein du RECA [association regroupant 28 écoles françaises de cinéma d’animation, NDLR], de manière à ce que chaque étudiant puisse trouver l’école qui lui convienne.
Maintenant, c’est vrai que les spécificités de Gobelins sont très attractives. Notre premier objectif, en tant qu’école de la chambre de commerce, c’est l’insertion professionnelle. Du coup, on met tout en oeuvre en ce sens, et on est à 100% de placement dans les 6 mois après obtention du diplôme.
Pour rester à ce taux d’insertion, nous sommes en contact permanent avec le secteur professionnel, 95% de nos enseignants sont d’ailleurs des professionnels qui se libèrent entre deux productions pour partager avec nos étudiants ce qu’ils pratiquent au quotidien dans les studios. Cela nous permet de toujours rester à la pointe de ce qui se fait dans l’industrie.
En parallèle, avec notre département animation qui existe depuis plus de 40 ans, on a un réseau d’anciens présent partout : on arrive donc à faire venir des intervenants d’horizons très différents, ce qui apporte une grande richesse dans le type de savoir-faire enseigné.
Depuis 4 ans, nous sommes par ailleurs vraiment ouverts sur l’international, via l’accueil d’étudiants internationaux sur des formations longues. Nous avons en fait dédoublé notre cursus sur le master pour créer une classe internationale dédiée. A partir de la rentrée prochaine, nous allons dédoubler dès la première année. C’est un grand tournant pour nous qui a son importance, l’animation étant un secteur très ouvert, qu’il s’agisse d’exporter les projets ou de s’appuyer sur des financements étrangers.

Présentation de la formation et des critères de recrutement destinée aux étudiants internationaux
Crédit : GOBELINS, l’école de l’image

3DVF : Justement, concernant l’international, vous aviez annoncé à Annecy une bourse en partenariat avec Netflix, centrée sur l’Afrique… Où en est ce projet ?

Il faut bien voir que lorsque nous parlons d’international, nous souhaitons une diversité des profils : il ne s’agit par exemple pas de faire une classe avec 100% d’élèves chinois. Nous souhaitons bien sûr des élèves chinois mais aussi indiens, sud-américains, nord-américains, européens… L’Afrique était jusqu’ici un continent sous-représenté : nous avions chaque année un étudiant d’Afrique du Sud qui intégrait le master, mais aucun autre étudiant de ce continent. La raison principale étant le manque de moyens, ce qui peut se comprendre : pour un étudiant d’Amérique du Nord, faire ses études en France est « peu cher » par rapport à son niveau de vie, pour un africain c’est un budget énorme.

Dans ce cadre-là, Netflix qui a une politique de soutien à la diversité a proposé de financer 4 bourses pour des étudiants de ce territoire, au sein de notre école.
Nous avons donc cette année dans notre master un ghanéen, une éthiopienne, davantage de sud-africains.

Il faut souligner aussi que l’action de Netflix ne se résume pas à ce programme de bourses, nous avons aussi un programme avec Netflix au Japon. On a une étudiante qui a été recrutée par Netflix à Tokyo, elle travaille dans tous les studios partenaires de Netflix au Japon. Elle fait donc le tour de tous ces studios en travaillant un coup comme animatrice, un coup comme designeuse de personnages, un coup sur le storyboard… Elle se fait une expérience très variée sur des projets typiquement japonais.

Tout ce partenariat avec Netflix est pérenne : la bourse sera renouvelée l’an prochain, de même pour le programme au Japon, un autre étudiant sera pris l’an prochain, tous frais payés et bien évidemment rémunéré.
Je reviens justement du Japon où je suis entre autres passée voir Netflix et ce partenariat. Nous n’avons pas d’étudiants japonais dans l’école, ça nous pose problème et on essaie de comprendre pourquoi les étudiants japonais ne souhaitent pas venir étudier en France. La question se pose d’autant plus que le Japon a un problème de formation, l’industrie locale se plaint de ne pas avoir de jeunes ayant un niveau suffisant pour les besoins des productions japonaises.
Résultat, l’industrie de l’animation japonaise est essentiellement encore sur de l’animation sur papier, car les studios reposent sur une vieille génération, des animateurs seniors.
On espère donc que Netflix puisse financer une nouvelle bourse qui permettra à un japonais de venir étudier chez nous.

3DVF : Pour rebondir sur cette notion d’accessibilité financière, en France le coût des écoles reste élevé. Cela crée évidemment un biais au niveau du type d’étudiantes et étudiantes qui peuvent rentrer dans les formations. Est-ce que c’est une problématique que vous étudiez aussi ?

Bien sûr, ça nous préoccupe. On essaie de développer les bourses et pas seulement à l’international. Nous avons par exemple un partenariat avec Sisley, un acteur privé qui finance des bourses aussi bien sur les internationaux que sur des français, les bourses du CROUS, et aussi les bourses de la fondation Odon Vallet qui nous est très fidèle ; il s’agit dans ce dernier cas d’une bourse « de prestige », puisque généralement axée sur les grandes écoles.
Nous avons de plus en plus de bourses de ce type, maintenant il est vrai on n’en a jamais assez ! L’idée est donc d’en avoir plus.
[NDLR : pour plus d’informations, on se rapportera à la page « comment financer ses études à Gobelins » du site de l’école ]
Par rapport au coût des études, avec l’ouverture de notre Bachelor of Art qui internationalise le premier cycle du cursus, nous allons mettre un diplôme intermédiaire au bout de 3 ans qui permettra aux étudiants de faire des études plus courtes, ce qui a évidemment un impact sur le coût global des études.
Un autre point : des statistiques nous ont montré qu’avant de s’engager dans notre cursus de 4 ans, les étudiants avaient fait en moyenne 2 ans et demi d’études. Or, faire 7 ans d’études pour travailler dans l’animation semble disproportionné : nous ne sommes pas médecins !
Avec le nouveau concours et cette ouverture du bachelor of art, l’entrée en première année est réservée aux personnes qui sortent de terminale ou qui ont fait un an après leur bac.
C’est donc un levier pour limiter le coût des études.

Le dernier levier, mais nous sommes ici en attente des entreprises, c’est le développement de l’alternance, et plus précisément les contrats d’apprentissage, qui impliquent une rémunération. Mais c’est un sujet complexe au regard d’un marché très fluctuant en termes de carnets de commandes ; ce n’est donc pas évident pour les entreprises de l’animation, elles ne sont pas encore prêtes. Nous espérons qu’elles le soient un jour, d’autant qu’elles le sont déjà dans les métiers de la production (les Gobelins proposent une licence en gestion de production avec alternance depuis 12 ans, tous nos étudiants sont rémunérés sur une durée d’un an et ne paient pas leurs études).

3DVF : Les jeunes artistes semblent parfois manquer d’informations en arrivant dans le monde professionnel, non pas sur la technique mais sur leurs droits, devoirs et plus globalement sur certains aspects législatifs et certaines questions qui se retrouvent dans l’industrie : contrats de travail, fonctionnement de l’intermittence, heures supplémentaires non payées, droit de grève, sujets et problématiques évoquées notamment dans le sillage du mouvements #MeToo…
Est-ce que vous évoquez ces points durant la formation ?

C’est quelque chose que l’on évoque, mais ce n’est pas facile de trouver le moyen pour que les étudiants intègrent ces informations : cela représente un volume très important. Quand ils sont étudiants ils se concentrent surtout sur leurs études, ce qui peut se comprendre, ce qui fait que quand on organise des présentations avec spécialistes du sujet on a peu d’étudiants présents… Ou alors ils oublient tout !
Le mieux nous semble être qu’ils reçoivent l’information quand ils en ont besoin, et pour ça rien de mieux que la vidéo. On essaie donc de développer des ressources vidéo, et de les mutualiser au niveau du RECA. On a commencé, sur le site du RECA, à mettre en place une « RECA TV » accessible librement.
Dans ce fonds vidéo que nous commençons tout juste à mettre en ligne, il y a beaucoup de témoignages de professionnels, on pense que c’est beaucoup plus efficace que le discours corporate de Pôle Emploi ou d’une institution, même si ces dernières ont aussi leur place : la SACD travaille sur ce sujet, la CPNEF a dévoilé une vidéo sur les métiers de l’animation… Ce sont des approches très complémentaires.
On relaie également des publications, notamment le dernier numéro de Socialter (une revue sur tout ce qui est alternatives sociales) consacré au statut de freelance, que je relaie énergiquement auprès des étudiants : c’est un numéro très complet sur les statuts, très didactique, qui fait de l’historique et de la projection, aide à faire les bons choix.

[NDLR : le hors-série n°7 de Socialter, victime de son succès, n’est plus disponible en kiosque. Il reste possible de le commander en version PDF pour 10€ environ ]

3DVF : Les Gobelins proposent un MOOC (formation en ligne gratuite et accessible à tous) consacré à l’animation. Dans quel but ?

La stratégie autour du MOOC est dans un premier temps d’aider l’accompagnement des jeunes. Un grand nombre de lycéens ne savent pas exactement ce qu’ils veulent faire, et l’échec en première année d’études post-bac est énorme par manque d’accompagnement sur l’orientation.
Dans ce contexte, de plus en plus de MOOCs se développement pour, justement, aider les lycéens à voir un peu plus concrètement ce que recouvrent certains sujets.

Après, au-delà de l’objectif premier, un MOOC reste accessible à tout le monde : l’idée est donc que tout le monde puisse se l’approprier, des professionnels voulant se reconvertir jusqu’aux retraités qui souhaitent se divertir.

Ce premier MOOC est à prendre comme une entrée en matière, mais nous voyons plus loin. On sait aujourd’hui que beaucoup de gens s’interdisent d’aller vers ces métiers ou de postuler à Gobelins, ils voient ça comme une école inaccessible pour eux. Or, le fait que le MOOC soit accessible à tout le monde pourra, on l’espère, apporter plus de diversité dans nos cursus, avec des gens qui feront sauter leur autocensure.
Sur le plan géographique également, comme il suffit d’un accès web, le MOOC permettra de toucher de nouveaux publics avec des personnes qui pourront apporter leur culture personnelle, apporter leur personnalité au programme.

Crédit : GOBELINS, l’école de l’image

Le projet du MOOC est en plusieurs phases. Au-delà de cette première phase déjà lancée et ouverte à tout le monde, une seconde phase avec un niveau supérieur est prévue pour les personnes ayant fini le MOOC. Le but est donc de sélectionner par la motivation, ce qui est pour nous un excellent vecteur : quelqu’un de motivé, même avec un niveau de départ faible, progressera très vite. Et c’est justement la vocation d’une école, faire progresser et apporter des compétences.

Le teaser d’Anima Podi 2 : « à la recherche du pas perdu »

Je pense d’ailleurs qu’il y a eu une tendance aux Gobelins qui consistait à prendre des gens très bons qui n’avaient plus grand chose à apprendre de l’école, puis à leur donner des diplômes. Et ça, ça ne correspond pas aux valeurs de Gobelins, d’où un grand nombre d’évolutions ces dernières années.

[NDLR : après le niveau 1 « à la recherche du rebond parfait », les inscriptions au niveau 2 du MOOC Anima Podi, « à la recherche du pas perdu », sont ouvertes]

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