Trésor

Interview : dans les coulisses d’un Trésor du SIGGRAPH 2021

Réalisé par Alexandre Manzanares, Guillaume Cosenza, Philipp Merten, et Silvan Moutte-Roulet en tant que film de fin d’études à l’Ecole des Nouvelles Images, Trésor est une comédie marine confrontant des chasseurs de trésor, un poulpe et une mouette.

Le film sera diffusé cet été dans le cadre du Computer Animation Festival, le festival d’animation du SIGGRAPH, dont 3DVF est partenaire média.

En amont de l’évènement, nous vous invitons donc à découvrir les coulisses du film en compagnie de ses réalisateurs, juste après la bande-annonce.

3DVF : Bonjour Alexandre, Philipp, Silvan et Guillaume ! Vous êtes les réalisateurs de Trésor, votre court de fin d’études à l’Ecole des Nouvelles Images. Pourriez-vous nous présenter votre film en quelques mots ?

Silvan : Bonjour ! Mon nom est Silvan, j’étais principalement animateur sur Trésor.
J’ai aussi travaillé sur le développement visuel (storyboard, layout, character design et concept art) et mis en place les rigs des humains.

Alexandre : Bonjour, je suis Alexandre Manzanares, j’ai eu l’idée du projet avant que l’équipe ne se mette en place. Nous voulions dès le départ quelque chose de drôle. Notre envie de travailler sur une histoire se déroulant en pleine mer est la raison qui nous a poussés à travailler ensemble. J’étais en charge de la réalisation du film. J’ai modélisé le poulpe, j’étais également chargé du look development de l’ensemble des personnages et d’une partie du set dressing. Je me suis occupé du lighting, rendu et montage du film, et à la toute fin, du sound design en collaboration avec mes coéquipiers.

Philipp : Je suis Philipp, un des deux animateurs du film.
Outre la coréalisation de Trésor, j’ai principalement servi de storyboard artist, rigger et animateur.
Assez tôt, j’ai contribué au développement visuel du film en collaboration étroite avec Silvan avant d’entrer dans les grosses étapes de production.

Guillaume : Bonjour, je suis Guillaume Cosenza.
Durant la première partie de l’année, j’étais essentiellement en charge de la modélisation des personnages et assets, traduisant les concept arts en 3D.
Dans la seconde partie de l’année, j’ai travaillé sous Houdini sur les simulations de l’eau, de particules, sable, poussière, puis de l’instancing pour le décors et bien plus encore !
Je me suis aussi assuré que le montage sonore était mis à jour en permanence avant d’amener le montage son final sous le logiciel Reaper avec mes camarades.

Silvan Moutte-Roulet, Alexandre Manzanares, Philipp Merten, Guillaume Cosenza

Tous : Le scénario principal du film est celui de deux explorateurs en recherche d’un trésor perdu, qui dans leur quête perturbent la relation entre un poulpe (George) et sa figure de proue bien-aimée (Vénus) au fond de l’océan.

Dès le départ nous avons voulu nous orienter vers une comédie, quelque chose qui donnerait le sourire à toute personne qui regarderait le film. Nous nous sommes beaucoup inspirés des classiques de la comédie slapstick et de quelques figures connues telles que Jacques Tati, Buster Keaton pour ne citer qu’eux.

Globalement, l’intention principale était de rester simple et de conserver une bonne clarté et lisibilité des images afin que l’humour passe correctement.

Nous nous sommes aussi inspirés de classiques français, comme les ballades de George Brassens pour la bande-son du film, composée par le talentueux Dorian Spiess.

3DVF : Comment est né ce scénario qui mêle un poulpe et des chasseurs de trésor ?

Alexandre : Au tout début, aux alentours du mois de mai 2019, avant le début de notre dernière année d’études, le projet portait juste sur deux explorateurs essayant d’embarquer sur leur bateau cette figure de proue massive.

Je voulais quelque chose de drôle à regarder, une situation burlesque avec beaucoup d’humour, avec de nombreux allers et retours entre le monde sous-marin (où ils perdaient la figure de proue) et la surface (quand ils la ramenaient à bord).

« Aventure » a été le mot clé à cette époque. Le poulpe était juste un personnage secondaire d’arrière-plan qui réagissait à ce qui se passait devant lui avec des expressions faciales amusantes, comme un spectateur, ce qui était très bien pour souligner le côté comique via des plans de coupe.

Quand nous avons mis en place l’équipe et que nous avons commencé à travailler sur l’histoire nous avons tous convenu que, puisque le poulpe serait un asset très technique, il serait dommage de ne pas l’utiliser, nous avons donc décidé de centrer l’attention sur son histoire, de lui donner le rôle principal.

Voilà comment est né le scénario.

3DVF : Comment avez-vous réparti la charge de travail dans l’équipe ?

Philipp : Dès le départ nous avions une idée de nos rôles individuels. Guillaume et Alexandre se focaliseraient sur les parties qui traiteraient de « l’image » et du look du film (modeling, lookdev, lighting, rendu, etc), tandis que Silvan et moi-même allions nous focaliser sur le développement (visdev, storyboard, rigging) et l’animation.

Malgré cela nous avons chacun fini par travailler sur de multiples tâches en dehors de nos activités principales, et nous nous sommes souvent impliqués dans le travail des autres, un processus très collaboratif !

Silvan : Pour illustrer le dernier point de Philipp, nous avons construit l’histoire principale tous ensemble sur toute l’année. Nourris par les compétences de chacun, l’histoire et le montage ont évolué et bougé constamment jusqu’à la dernière minute !

Comme il s’agit d’une comédie, cela a impliqué beaucoup d’écriture et de recherches, donc nous avons tous participé.

3DVF : Le poulpe a sans doute été un gros défi. De longs bras flexibles, un corps rond et mou, pas de bouche visible : comment avez-vous approché le rigging et l’animation de ce personnage ? A-t-il été difficile de véhiculer des émotions ?

Philipp : Wow ! Par où commencer ?

Avant même le début de la production nous savions qu’ajouter un poulpe à notre histoire serait un gros défi, en particulier côté technique, puisque c’était quelque chose qui ne ressemblait à rien de ce que nous avions fait jusque-là !

Défis techniques mis à part, la question des émotions à faire passer était de loin la plus importante. Pourquoi ? Car tous les personnages du film communiquent principalement avec leurs yeux, alors comment aborder cela avec un animal complexe et imprévisible tel qu’un poulpe ?

Silvan : Philipp et moi avons fait beaucoup d’allers et retours entre planification et recherche avant le rigging. Nous observions et étudions des vidéos de poulpes en tant que références et nous synthétisions les caractéristiques principales que nous voulions avoir à disposition pour l’animation.

Nous avons fait plusieurs rigs de test avant de créer celui utilisé dans le film, nous devions penser au système de tentacules, aux expressions principales. Après avoir élagué le problème, nous avons intuitivement été plus à l’aise pour pousser le rig aussi loin que nous le pouvions, avec autant d’éléments fun que possible.

Philipp : La difficulté majeure suivante était de trouver un bon équilibre entre animation et clarté des situations.

Tout est rentré dans l’ordre quand nous avons testé l’animation des expressions faciales du personnage, j’ai laissé le rig à Silvan pour les tests. Ce qui a débuté comme une tâche très technique a évolué vers le début de quelque chose de bien plus agréable.

Silvan : Le personnage « parlait » avec ses yeux pour la première fois et après un gros soupir de soulagement, nous avons enfin pu dire « George est vivant ! ».

Pages suivantes : humour, lighting, fluides, pandémie…

A Lire également

Laissez un commentaire