Chłopi

Les Paysans : après La Passion Van Gogh, la peinture s’anime à nouveau [WIP Annecy 2021]

La conférence était très attendue au Festival d’Annecy 2021 : après le triomphe du film La Passion van Gogh en 2017, la réalisatrice Dorota Kobiela était de retour avec un nouveau projet de film d’animation créé à partir de peinture et rotoscopie, Chłopi (Les paysans).

Aux sources : La Passion Van Gogh, un triomphe

L’équipe a entamé la présentation avec un bilan du premier film : réalisé par Dorota Kobiela et Hugh Welchman, il avait suscité un fort scepticisme durant une bonne moitié des 8 années de production, et de nombreuses personnes dans l’industrie étaient convaincues que le projet irait droit vers un naufrage artistique et économique.

Le box-office et la critique ont finalement donné raison à la ténacité de l’équipe : non seulement La Passion Van Gogh a été un succès majeur auprès des critiques, mais le film a en plus rapporté environ 42 millions de dollars au box-office mondial pour un budget de production de moins de 6 millions de dollars : un très beau succès commercial.

La Passion Van Gogh
L’équipe de La passion Van Gogh au Festival d’Annecy 2017. Au centre, Dorota Kobiela.

Rappelons que sur le plan technique, La passion Van Gogh s’appuyait sur de la rotoscopie peinte : une partie des éléments visuels (actrices et acteurs) ont été filmés en studio, puis une équipe d’artistes a peint image par image le film, chaque peintre créant plan après plan à l’aide de rotoscopie et en modifiant son oeuvre petit à petit pour générer les frames successives (pour plus d’informations, on se reportera à l’article que nous avions publié à l’époque).

Après La passion Van Gogh, quel projet choisir ?

L’équipe s’est évidemment rapidement posé la question d’un second film. Une autre vie d’artiste ? L’idée était séduisante, mais le projet aurait été trop similaire.
Autre option envisagée, celle d’un changement de genre, par exemple un film d’horreur : les séquences en noir et blanc de La Passion Van Gogh semblaient parfaites pour créer la bonne ambiance.

C’est finalement la réalisatrice Dorota Kobiela qui a eu l’idée d’adapter le roman Chłopi (« Les Paysans »), oeuvre du prix Nobel Władysław Reymont qui suit un village de paysans durant une année.
Oeuvre littéraire majeure de la Pologne, Chłopi évoque nature humaine, nature, jalousie, violence, amour, beauté : des thématiques parfaites pour un film fort.
Au niveau commercial, l’équipe a été franche : comme le livre est un classique à étudier en cours en Pologne, il devrait sans trop de difficultés rencontrer un joli succès local. A l’étranger, l’idée en termes de communication est plutôt de construire sur le succès de La Passion Van Gogh.

De multiples défis

Sean Bobbit, le producteur, nous a expliqué qu’il ne connaissait pas Chłopi jusqu’ici. Il s’est donc plongé dans l’oeuvre… En audiobook, soit une quarantaine d’heures à écouter en promenant son chien. Derrière cette anecdote, vous aurez compris que Chłopi est une oeuvre assez imposante, un des défis a donc été d’élaguer le roman afin qu’il puisse tenir dans la durée d’un film.
Pour y parvenir, il a fallu éliminer le superflu et de se concentrer sur les thèmes principaux : beauté (de la nature, des gens, du personnage principal), passion (conflit, violence, jalousie, sexe, musique et danse..), collectif vs individu.
Ecrire un résumé a aussi permis de mettre en lumière les moments clés, les éléments très cinématographiques. Enfin, alors que livre ne privilégie pas de personnage spécifique, le film suit une femme du roman en particulier : Jagna Paczesiówna.

Résultat : le script du film fait à peine 5% du volume du roman, tout en concentrant ses idées, thématiques et moments forts.

La réalisatrice Dorota Kobiela est revenue longuement sur les multiples inluences artistiques retenues, avec des peintres polonais comme Jan Stanislawski, Ferdynand Ruszcyc, Jozef Chelmonski, Leon Wyczotkowski, Piotr Michatwoski, Julian Falat, des artistes français comme Jean-François Millet, Gustave Courbet.
Plus globalement, le film s’inspirera essentiellement du mouvement artistique Jeune Pologne.
Nous avons pu découvrir le concept trailer, réalisé en plein hiver avec un budget très réduit. Il a permis de trouver le bon style, mais aussi de valider le choix de l’acteur masculin principal.

Avec de multiples sources d’inspiration visuelles, Dorota Kobiela devrait disposer de plus de liberté qu’avec La Passion Van Gogh. Les Paysans est très clairement un projet à suivre.
La sortie est prévue pour 2022.

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14 commentaires

phicata 16 juillet 2021 at 17 h 19 min
Echange 1h35 de cette bouse (oui j’exageres) contre 10 secondes de la tronche à W.Dafoe dans At Eternity’s Gate
Shadows 16 juillet 2021 at 17 h 27 min
@phicata Tu n’avais pas accroché au film/à son style ?
phicata 16 juillet 2021 at 17 h 49 min
Je trouvais le concept même idiot, et me forcant malgré cela j’avais tenus 10 mn sur le film. Mais bon, mon apriori sur le concept n’aidait pas.
phicata 16 juillet 2021 at 19 h 01 min
Par contre je vous conseilles At Eternity’s Gate si vous voulez un portrait hypersensible de van Gogh. Ce n’est pas un chef d’oeuvre. Mais il y à des parti pris de mis en scene qui au début surprennent (une caméra à fleur de peau) et qui au final s’averent trés judicieux. Et le jeu de W.Dafoe est juste……pfiuuuuuuu! Et de mémoire celui de Pialat est bien aussi.
K
kin4n 17 juillet 2021 at 22 h 27 min
tout a fait d accord avec phicata, c est inregardable, hyper mal realise, c est a chier quoi. Pis j espere qu ils ont utiliser une ia pour le faire en 5 minutes leur film au lieu de faire travailler des esclaves pour rien. Nan je dis ca parceque le rendu serait EXACTEMENT le meme avec une IA.
Shadows 19 juillet 2021 at 11 h 05 min
De mon côté j’avais beaucoup aimé : un démarrage un peu lent, mais le côté enquête me semblait bien trouvé.

Sur l’IA : quand la prod a été lancée, je ne suis pas certain que c’était un choix. Depuis, des solutions ( https://www.3dvf.com/actualite-2622…-transforme-videos-en-peintures-animees-html/ ) semblent pouvoir approcher ce type de résultat, mais avec là encore beaucoup de travail manuel. Et je ne vois pas bien en quoi on devrait forcément choisir l’approche la plus rapide : à ce moment-là, autant mettre fin à la stop-motion.

K
kin4n 19 juillet 2021 at 19 h 44 min
mwai nan, je ne valide pas l analogie. Le stop motion et la 3d c est 2 exercices ceatifs, faudrait plutot comparer ca a du rotoscoping manuel Vs rotoscoping automatique. Dans les deux cas, le techos qui le fait se fait super chier.
phicata 19 juillet 2021 at 23 h 23 min
De mon côté j’avais beaucoup aimé

Bon tu m’as mis le doute, je lui ai redonné sa chance: y à un mieux, j’ai tenu 20 mn. Alors vraiment: je ne comprends toujours pas le concept de base, ça me semble par excellence l’exemple d’un fausse bonne idée (enfin le genre d’idées qui tient 10 secondes dans un brainstorming, avant d’être évacué avec une moue de mépris).
Et puis je regrettes, mais alors la mise en scène, les cadrages, c’est vraiment pas à la hauteur, t’as le téléfilm à 2 balles qui transpire presque tout le temps (et le cadrage 4.3 n’aide guerre).
Après reste l’interprétation des acteurs (enfin leurs voix), que je trouves plutôt pas mal .

Et je ne vois pas bien en quoi on devrait forcément choisir l’approche la plus rapide

ça ça mériterait un passionnant débat

phicata 19 juillet 2021 at 23 h 36 min
au lieu de faire travailler des esclaves pour rien

c’est tellement ce qui m’avait traversait l’esprit quan,d il était sortit…c’est une chose de déssiner les intercalques d’un simspon en Corée, mais alors peindre à la chaine, ce qui devrait rester un instant unique et magique, celui du temps de la peinture et du moment créatif..c’est du coup tellement à milles lieu de ce que représente Van Gogh et son art.
C’est un peu comme si, chais pas moi, Disney ou Légo te faisait un film sur l’écologie, pour ensuite te vendre trois tonnes d’objets dérivés en plastique

TURTLE 20 juillet 2021 at 13 h 21 min
il faut pas se voiler la face, ce film aurait pu être fait autrement, évidement, mais le fait que ce soit fait à la main fait partie intégrante du concept, comme ça on a pu vendre à certains milieux bobo culturels une œuvre d’art fait à la main et pas des méchants "effets spéciaux", je parle même pas des aides financières qu’ils ont du avoir parce que c’était "fait à la main".
K
kin4n 20 juillet 2021 at 15 h 53 min
turtle touche un point important. Le must, ce serait de la faire en IA par des enfants chinois, et d aller raconter au CNC que c est fait a la main par des italiens sous covid. Jackpot
Shadows 20 juillet 2021 at 16 h 21 min
J’avoue ne pas savoir quelles aides ont été touchées ou pas, mais le budget gobal n’a rien de délirant, surtout vu les retombées qu’il y a eues.

Sur la technique du film, attention tout de même, ce n’est pas du full roto : plutôt un mix roto/anim.
Après, vous pouvez considérer qu’on se fiche du mode de production, mais ce n’est clairement pas le cas de l’ensemble du public : vous n’êtes peut-être juste pas la bonne cible. :)
(du coup je pense que je vais le revoir, d’autant que l’effet sera sans doute très différent sur petit écran)

Shadows 21 juillet 2021 at 9 h 36 min
@phicata c’est ce que je disais : avec ce genre de techno et du développement, oui, on pourrait passer outre la peinture physique et obtenir tout de même un résultat intéressant (mais ça demande un gros travail, essaie donc d’appliquer EbSynth sur un long plan non statique, et le côté IA resterait assez net).
Par contre on était loin d’en être là lorsque la prod a été lancée.
K
kin4n 21 juillet 2021 at 13 h 55 min
oui bon a l epoque, l IA etait pas prete, mais il exite des IAs tres puissantes, avec un dessin / peinture tu peux l appliquer a un plan. Donc, la pipe tu filmes un plan, tu demandes a un clampin de peindre par dessus, puis tu automatises le process sur le reste des images. C est tout a fait faisable, La prouesse si on veut, ce n est pas de faire 24 peintures, mais de faire un truc vaguement dans le style de VG. Mais bref, tout le monde a un peu raison ici.

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