Harcèlement, pratiques douteuses : Weta Digital admet un lourd passif

Les révélations de pratiques douteuses et d’accusations graves au sein des studios et de l’industrie de l’image se poursuivent. Après l’affaire Lasseter chez Disney-Pixar ayant abouti au départ du célèbre réalisateur, la mise en examen du réalisateur Bibo Bergeron en début d’année, les dizaines de témoignages chez Ubisoft en juin-juillet (et de nouveaux éléments plus récemment), des témoignages évoquent désormais la situation au sein de Weta Digital.

C’est le média néo-zélandais 1 News qui révèle ces éléments : 8 personnes faisant partie ou ayant fait partie du studio ont témoigné auprès du journal.
1 News a dont pu recouper ces témoignages et les synthétiser. Le studio a de son côté admis l’existence de graves problèmes, tout en avançant qu’il s’agit d’une page définitivement tournée dans l’histoire du studio.

Harcèlement sexuel et moral

Les témoins, encore en poste dans certains cas, évoquent des cas de harcèlement sexuel et moral en provenance de collègues senior et de managers.
Plusieurs des témoins indiquent que des plaintes internes ont été formulées, sans qu’elles ne soient prises au sérieux.

5 des 8 personnes interrogées par 1 News indiquent avoir soit subi, soit été témoins de cas de bullying.

Informations très personnelles et mailing-lists pornographiques

De multiples témoignages évoquent une page stockée sur l’intranet et listant qui couchait avec qui. Notons qu’en Europe, une telle page serait évidemment illégale, puisque contenant des données personnelles sensibles et stockées sans l’accord de toutes les personnes listées.

Des mailing lists pornographiques internes auraient par ailleurs existé au moins à partir de 2002, et au moins jusqu’en 2015. Deux témoignages les évoquent. Il était a priori possible de s’en désinscrire, mais les témoins précisent que certaines personnes parcouraient ces mails durant les heures de bureau, et que des discussions au travail tournaient chaque semaine sur le contenu des images échangées.
Le volume était apparemment tel que cette mailing list interne aurait nécessité des ressources IT spécifiques.
Suite à des plaintes d’employées, ces mailing lists ont finalement cessé.

« La plus belle décharge de déchets toxiques du monde »

Lors de telles révélations, des personnes demandent fréquemment pourquoi les témoins n’ont pas parlé plus tôt ou plus ouvertement. Les témoignages de 1 News éclairent ce point et soulignent les difficultés rencontrées par les personnes du studio ayant voulu se plaindre.

Une femme explique par exemple que deux membre de son équipe la rabaissaient régulièrement, y compris en présence du manager de l’équipe, sans que celui-ci n’agisse. Elle ajoute avoir entendu à plusieurs reprises que personne n’était viré chez Weta, et que la pire sanction était un simple non-renouvellement de contrat. La personne ayant témoigné a exprimé auprès de 1 News son sentiment d’impuissance face à cette situation, ce qui l’a incité à se taire.
Une autre femme indique qu’elle et de multiples membres de son équipe se sont plaints ouvertement aux ressources humaines d’un collègue senior et de ses pratiques de harcèlement moral, sans que ces plaintes ne débouchent sur la moindre action.

Certains témoins soulignent par ailleurs leur peur du blacklisting, d’une perte de leur emploi ou d’effets sur leur réputation au sein de l’industrie. Une personne précise que « il y avait cette idée que si vous cassiez les pieds de la mauvaise personne, vous ne pourriez plus revenir au studio » pour travailler sur un autre projet.

Les témoignages sont dans l’ensemble assez amers. Une personne ne faisant plus partie du studio est par exemple citée ainsi : « c’était la plus belle décharge de déchets toxiques du monde ».

Les témoins ont cependant exprimé auprès de 1 News l’espoir que ces témoignages publics permettront d’améliorer la situation.

Weta Digital admet et s’excuse, affirme avoir changé

Face à ces témoignages, Weta Digital a réagi auprès de 1 News dans le même article. Le studio admet des « problèmes de comportements » et confirme une grande part des allégations.

En revanche, Weta Digital affirme que ces éléments font partie du passé, et que « dès que le management a été averti, des mesures ont été prises ». Weta Digital ajoute que « les plaintes ne reflètent pas ce qu’est Weta aujourd’hui », tout en « regrettant que ces faits aient eu lieu ». Weta « s’excuse pour toute souffrance que [ces faits] ont engendré ».

Le studio précise enfin que des procédures et politiques internes sont désormais en place, et qu’il est possible de faire part d’inquiétudes ou problèmes auprès des managers, des ressources humaines, de volontaires issus de l’équipes ou via une adresse mail anonyme.

Weta Workshop aussi concernée

Cet article fait suite à une enquête du même média publiée fin juillet concernant Weta Workshop. Cette seconde branche du groupe Weta est spécialisé dans le design et les effets classiques (props, décors, etc).

Les témoignages évoquent là aussi harcèlement sexuel et moral, impossibilité de faire remonter les problèmes sous peine d’être classé « fauteur de trouble », et des comportements douteux au sein du personnel d’encadrement des équipes.
Weta Workshop indique avoir lancé une enquête via une société de consulting externe, afin de vérifier les allégations et les politiques RH en place à l’époque. Le studio insiste sur le fait que les personnes de l’équipe peuvent envoyer à l’entité externe d’éventuelles informations ou des témoignages.
Enfin, Weta Workshop se dit prête à implémenter les changements nécessaires en fonction des conclusions de cette investigation.

Entamée en juin, l’enquête est encore en cours, selon les informations de 1 News.

Affaires à suivre

Il conviendra évidemment de suivre l’avancée de ces révélations et des éventuelles annonces du groupe Weta sur le sujet.

Si certaines personnes faisant partie ou ayant fait partie de Weta souhaitent nous contacter à propos de ces affaires, il est possible de le faire via le mail contact@3dvf.com. Bien entendu, aucun témoignage ne sera publié sans votre accord, et nous pourrons anonymiser les éléments si vous le souhaitez.
Vous pouvez aussi contacter Kristin Hall (kristin.hall@tvnz.co.nz), journaliste de 1 News qui est à l’origine des deux articles sur Weta et Weta Digital.

Sources : article de 1 News sur Weta Workshop, article sur Weta Digital.

Ci-dessus et dessous : les dernières bandes démo de Weta Digital et Workshop

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