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Critique : Nous, les chiens – une leçon de survie à découvrir au cinéma

Réalisé par Oh Sung-Yoon et Lee Choon-Baek, le film d’animation coréen Nous, les chiens sort aujourd’hui dans les salles françaises.

En voici le pitch :

Le chien est le meilleur ami de l’homme. Affectueux, fidèle… mais lorsqu’il vieillit ou se comporte mal, il est parfois abandonné comme un mouchoir souillé. Et lorsqu’il se retrouve seul face à la nature, l’instinct animal et l’esprit de meute reprennent le dessus. Solidaire, déterminée, notre petite bande de chiens errants va peu à peu réapprendre à se débrouiller seule. Et découvrir la liberté, au cours d’un extraordinaire voyage.

A première vue, on pourrait craindre un n-ième film d’animation sur le mode « loin de sa famille, le personnage central va suivre une quête et se faire des amis en chemin », concept efficace mais qui souffre d’une sur-utilisation quasi pathologique. Mais si effectivement Nous, les chiens prend en partie cette voie, il s’extirpe sans mal de la tentation fréquente de faire le minimum vital, pour nous proposer un voyage qui sort des sentiers battus sur le plan thématique.

Oh Sung-yoon & Lee Choon-Baek nous présentent ici un récit dur : mis à part une poignée d’exceptions, les humains croisés dans le film sont majoritairement mauvais, voire très mauvais. Prenant le point de vue des chiens, le film ne cherche pas à explorer les raisons de cette violence : les humains en deviennent une sorte de force de la nature difficilement compréhensible pour nos héros à quatre pattes qui doivent alors fuir pour survivre. La fin du film, nous le verrons plus loin, pousse cette idée à son paroxysme.

Conséquence directe de la présence des humains : la mort, omniprésente. Pour autant, le film parvient à ne pas être trop sombre. D’une part, car les personnages, bien conscients qu’ils ne peuvent s’offrir le luxe d’un deuil, vont rapidement de l’avant. D’autre part, en raison de la thématique du film : une volonté sans bornes de vivre et de trouver la paix. Un désir porté notamment par Moong-chi, le personnage principal ( qui a été abandonné par son maître).

Sur le plan esthétique, Nous, les chiens mêle 2D et 3D. Une combinaison qui détonne parfois mais est ici plutôt efficace. L’animation des personnages, malgré une rigidité dans certains plans, est maîtrisée (en particulier dans les scènes d’action). Les décors méritent une mention spéciale, avec un traitement 2D inspiré de la peinture coréenne. Les espaces naturels, en particulier, sont particulièrement réussis.
Enfin, le character design est efficace et évite toute confusion entre les personnages, malgré un nombre conséquent de chiens. On regrettera peut-être juste le fait que Moong-Chi manque un peu d’originalité au niveau visuel.
Dans l’ensemble, les studios impliqués (Side 9 Animation, Studio Animal, Odoltogi) n’ont pas à rougir du résultat.

Enfin, il nous faudra dévoiler la fin de l’intrigue pour aborder l’aspect politique du film. Nous vous invitons donc à sauter ce paragraphe si vous souhaitez conserver pleinement la surprise du scénario.
Après de nombreuses péripéties, la troupe de chiens parvient enfin à trouver un lieu qui lui semble adapté. Il s’agit ni plus ni moins que la fameuse zone démilitarisée qui sépare Corée du Nord et du Sud. Un choix hautement politique, mais aussi très surprenant : le lieu évoque plutôt une menace permanente qu’un havre de paix. Oh Sung-yoon & Lee Choon-Baek prennent cette idée à contrepied, et en font le seul endroit où les chiens peuvent vivre pleinement. Et pour cause : si les les humains gardent farouchement chaque côté de la zone, ils n’y mettent pas les pieds.
Une conclusion que l’on pourra considérer comme pessimiste puisqu’au fond, elle montre que chiens et hommes semblent condamnés à ne pas pouvoir vivre ensemble. Mais les réalisateurs y voient manifestement plutôt un profond optimisme, l’idée que malgré l’omniprésence de la bêtise humaine, certains lieux sont épargnés et peuvent représenter un début de réponse à notre violence.

Quoiqu’il en soit, Nous, les chiens est une belle surprise en ce début de réouverture des salles françaises. Si son contenu ne conviendra pas aux plus petits (le distributeur le conseille à partir de 6 ans), il offrira aux enfants et adultes une aventure dépaysante, optimiste malgré un fond sombre, avec une touche de politique. La date de sortie tombe à pic en cette période d’approche de vacances, qui est souvent accompagnée de vagues d’abandons. Malheureusement, les humains ne sont pas cruels qu’à l’écran.

Nous, les chiens, à voir dès à présent dans les salles françaises. Durée : 1h42, distribution : The Jokers / Les Bookmakers.

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