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Paris Games Week 2017 : pari réussi pour Women In Games France

WIG France

Ce vendredi se tenait à la Paris Games Week la première rencontre de l’association Women In Games France, qui se donne comme objectif de renforcer la mixité dans le secteur du jeu vidéo. Il s’agissait du premier évènement public de l’organisation, qui tenait également un stand durant toute la Paris Games Week.

L’évènement s’est avéré être une réussite, avec une affluence et une organisation impressionnantes pour une si jeune association.
La soirée a débuté avec une intervention d’Audrey Leprince (The Game Bakers) et Julie Chalmette (Bethesda France, SELL), qui ont cofondé Women In Games France et en sont respectivement Présidente/Vice-Présidente.

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A l’origine de l’initiative, un constat : bien souvent, les conférences sur le jeu vidéo proposent des intervenants exclusivement ou quasi-exclusivement masculins. Il faut dire que le secteur compte 15 à 20% de femmes seulement dans les studios français.
L’expérience personnelle des fondatrices a également joué : Julie Chalmette a expliqué que lorsqu’on lui a suggéré de se présenter à la présidence du SELL (Syndicat Des Éditeurs de Logiciels de Loisirs), sa réaction spontanée a été de ne pas se sentir assez légitime ou compétente, malgré son expérience chez Bethesda en tant que General Manager. Un cas typique, selon elle : bien souvent les femmes n’osent pas se lancer dans une carrière axée sur le jeu vidéo, ou ne se sentent pas capables de grimper les échelons.

D’où le concept de Women In Games France : une association qui se donne pour vocation d’ouvrir la voie, qui s’affiche ouvertement indépendante, ouverte à toutes et tous.

Trois axes majeurs ont été définis pour les actions à venir :
– Le networking, tout d’abord, puisque le recrutement repose beaucoup sur la cooptation ;
– la création de “role models” pour les générations actuelles et futures, par la mise en avant de femmes du secteur. Un moyen de montrer aux jeunes filles que le secteur ne leur est pas inaccessible, et aux jeunes femmes qu’elles peuvent avoir des ambitions. Cet axe passe notamment par la mise en place d’une liste d’intervenantes pour les conférences, interviews et masterclasses ;
– enfin, la sensibilisation du grand public aux métiers du secteur.

Les professionnelles qui ont pris la suite de l’évènement ont justement fait echo à ces priorités.

Véronique Morali (Webedia) évoque la situation chez JeuxVideo.com

Véronique Morali, Présidente du directoire de Webedia et ancienne Présidente du Women’s Forum, ne pouvait évidemment pas éluder l’actualité du groupe : le forum 18-25 ans du site JeuxVideo.com a été à l’origine de plusieurs campagnes de harcèlement ces derniers jours, notamment envers la journaliste Nadia Daam et un numéro de lutte contre le harcèlement.

Elle a indiqué que pour elle, les réseaux tels que WIG France sont “d’autant plus nécessaires […] que la parole des femmes est totalement bridée”, avec des dérives “qui vont vers des choses qui sont de l’ordre de l’inacceptable”, qui peuvent “provoquer des réactions en chaîne qui sont d’une brutalité et d’une violence que, à titre personnel bien sûr, et au nom de Webedia, [elle] ne peut que condamner de la façon la plus ferme possible”.
Elle a poursuivi sur “ce forum dont on parle beaucoup depuis quelques jours, mais pas seulement depuis quelques jours à vrai dire” (une référence aux problèmes qui touchent le forum 18-25 ans de JeuxVideo.com au moins depuis 2013, avec dérives sexistes mais aussi racistes ou antisémites). Pour Véronique Morali, ces actes sont ceux d’une minorité et “une réalité à laquelle on doit faire face”.
Elle a précisé qu’une rencontre était prévue cette semaine avec Marlène Schiappa (Secrétaire d’Etat chargée de l’égalité entre les femmes & les hommes), que Webedia se met “à disposition de la police, de la justice” “pour remonter jusqu’aux personnes qui sont coupables d’avoir lancé toutes ces menaces”. Elle a également évoqué un renforcement de la modération, “à marche forcée, avec une cellule de crise”.

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Reste à voir dans quelle mesure ces annonces se traduiront dans les faits : ce n’est pas la première fois que de tels faits se produisent et que le site ou la maison mère Webedia annoncent des mesures.

Les propos de Véronique Morali ont été complétés ce week-end avec une annonce officielle de Webedia, et une intervention lundi matin sur Europe 1.

Véronique Morali est ensuite revenue sur le lancement de l’association, une “excellente nouvelle” pour un secteur “dont l’image est encore assez masculine”. Elle espère qu’elle permettra de “faire bouger les lignes”.

Marion Not, Gameplay Programmer chez Ubisoft Annecy

C’est ensuite Marion Not qui a pris la parole. Elle a évoqué son métier de gameplay programmer, une discipline technique qui demande beaucoup de communication et polyvalence, très peu féminisée. Un point étonnant alors que durant leurs études, les jeunes femmes sont statistiquement au moins aussi ou plus douées que les élèves masculins dans les matières scientifiques et techniques.

Elle est revenue sur sa propre expérience :  des études en physique puis un changement de voie vers la programmation, découverte durant ses études supérieures et devenue une passion. Marion Not a aussi souligné l’engagement d’Ubisoft Annecy concernant la mixité, avec l’organisation par la direction de réunions destinées aux employées du studio : Ubisoft les a invitées à ne surtout pas hésiter à faire remonter d’éventuels problèmes. Un signal fort alors que dans d’autres entreprises ou secteurs, les difficultés ou le harcèlement sont souvent étouffés, comme on a pu le voir dans l’animation.

Marion Not a souligné l’importance de sensibiliser les jeunes (et notamment les jeunes femmes) au code, de façon à éviter à d’autres de devoir comme elle se réorienter tardivement : beaucoup d’enfants et adolescents n’ont même pas conscience des métiers liés au développement.
Elle a enfin mis en avant la nécessité d’encourager les jeunes femmes, qui bien souvent n’osent pas et se ferment des portes.

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Lola Guildou, game designer indépendante et vidéaste

Vous la connaissez peut-être déjà via sa chaîne Youtube, où elle officie sous le pseudonyme Développeuse du Dimanche. Passionnée par les jeux vidéo, elle n’a durant longtemps absolument pas envisagé ce domaine comme une piste possible pour son futur travail. Le déclic surviendra au lycée, avec la découverte des écoles spécialisées dans ce domaine. Elle parviendra alors à dépasser ses propres peurs en se forçant à devenir la chef de projet sur un travail de fin d’études.
Résultat : Un premier emploi décroché en CDD, puis une offre de renouvellement en CDI. Elle refusera pour prendre un risque de taille. Face à un poste qui ne lui convient pas et où elle ne trouve pas les responsabilités qu’elle souhaiterait, elle hésite (encouragée notamment par l’initiative Les Internettes) à se lancer en tant que vidéaste, ou à opter pour le jeu indépendant.

Elle choisira finalement de… Ne pas choisir : sa chaîne, Développeuse du Dimanche, propose de suivre en vidéo son parcours en tant que créatrice de jeux indépendants.

Lola Guildou a évoqué au passage le sens de son pseudonyme, révélateur de sa peur de ne pas être légitime et qui minimise ses propres capacités. Si elle ne compte pas en changer, elle encourage les autres femmes à ne pas suivre ce schéma, et à oser se mettre en avant.

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Dipty Chander, Présidente de l’Association E-mma France

Dipty Chander a poursuivi le tour de table. Etudiante à l’Epitech, elle est également Technical Account Manager chez Microsoft.
Là encore, l’intervention a mis en avant les impacts de l’environnement, avec un rendez-vous d’orientation au lycée durant lequel on lui a affirmé que les métiers informatiques étaient “réservés aux garçons”. La même conseillère d’orientation, quatre ans plus tard, a demandé des preuves quand Dipty Chander lui a expliqué avoir intégré une école et rejoint Microsoft.

Son école, d’ailleurs, est à la mesure du chantier en termes de mixité : moins de 5% de femmes dans les rangs de l’Epitech. On est donc loin d’un cas comme le secteur de l’animation, où les écoles sont généralement paritaires.

Elle tente de lutter contre ce déséquilibre via l’association E-mma France, axée sur les nouvelles technologies (développement, web, IA, 3D). Différents modes d’action sont utilisés : ateliers de code “de 7 à 77 ans” (le but étant aussi de sensibiliser les familles), hackathons ou encore conférences et tables rondes pour les lycéennes et lycéens.
Lancée en 2013, l’association est dirigée par Dipty Chander depuis 2 ans et demi.

A la fin de son intervention, Dipty Chander a encouragé les femmes présentes à ne pas avoir peur de l’échec, au contraire : elle voit dans l’échec une opportunité d’apprendre, et donc de réussir par la suite.

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Pia Jacqmart, Lead Narrative Designer chez Cyanide Studio

Pia Jacqmart a terminé la table ronde avec un parcours atypique : ancienne journaliste, elle est devenue dialoguiste chez Cyanide puis Lead Narrative Designer. Son conseil : ne pas hésiter à évoquer tout haut ce que l’on souhaite, même si l’on ne s’en sent pas capable. C’est en effet en osant aborder avec humilité ses ambitions qu’elle a pu décrocher son poste.
Pour encourager d’autres femmes à suivre sa voie, elle a souligné que bien souvent, les hommes se survendent sur leur CV, tandis que les femmes minimisent leurs compétences. Résultat, lors des tests techniques, un décalage flagrant entre les promesses et capacités réelles.

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Etude décalée, intervention du Secrétaire d’État chargé du Numérique

L’étude qui devait être présentée lors de la soirée et intitulée “Freins à l’entrée des femmes dans l’industrie du jeu vidéo” n’a pas été présentée. Co-menée et co-financée par Ubisoft et Webedia, elle n’a pu être finalisée à temps et la décision a été prise de la repousser plutôt que de proposer un résultat inabouti.

En revanche, un intervenant non annoncé est passé en fin de soirée : Mounir Mahjoubi, Secrétaire d’État chargé du Numérique. Il est venu soutenir l’association, avant d’échanger avec les personnes présentes.

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Réussite pour les débuts de l’association

Nous l’évoquions en début d’article, Women In Games France a su faire preuve d’un lancement efficace. Le secteur a répondu présent, et les personnes avec qui nous avons échangé semblaient satisfaites de l’évènement.

Pour en savoir plus, on pourra consulter le site de l’association, qui permet de suivre son actualité et d’adhérer gratuitement (l’organisation est ouverte à toutes et tous, y compris aux personnes n’ayant pas encore rejoint la vie active).

Notez également que les interventions devraient bientôt être disponibles sur Twitch et que Women In Games France dispose de comptes Facebook/Twitter.

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