SIGGRAPH 2020 : Focus sur des studios et artistes africains

Les salons internationaux sont l’occasion de se plonger dans les projets d’autres continents, et l’édition 2020 du SIGGRAPH ne fait pas exception. La présentation Computer Graphics in the continent of Africa nous a permis de découvrir une partie de l’écosystème en place en Afrique du Nord et subsaharienne, qu’il s’agisse de studios ou d’artistes.

Tunisie : un écosystème réduit mais complet

Le premier volet de la présentation s’est concentré sur la Tunisie, qui avoisine pour rappel les 12 millions d’habitants. Au fil des années, le pays a su mettre en place un environnement complet :

  • Des incubateurs spécifiques existent : AFKAR Incubator, Creative Digital Lab, Minassa, TIC DCE. Comme leurs équivalents dans d’autres pays, ils ont pour objectif de soutenir l’industrie numérique et créative locale. En pratique, ce soutien se traduit aussi par des aides, comme le système Tunisia Games Factory financé et soutenu par le CNCI (Centre National du Cinéma et de l’Image), le Ministère des Affaires Culturelles et Creative Digital Labs. Jusqu’à 4 studios reçoivent chaque année une aide de 10 000$ pour développer des projets, mais aussi les mettre en avant, en Tunisie comme à l’étranger (par exemple via l’Africa Corner de la Paris Games Week).
  • Enfin, du côté évènementiel, on citera Carthage Digital, qui dans le cadre du Carthage Film Festival met en avant l’industrie numérique avec des zones B2B, B2C.

Au final, donc, la Tunisie a déjà su mettre sur pied une infrastructure relativement complète autour du numérique, qui semble surtout faire la part belle aux jeux vidéo pour le moment. Les multiples formations locales, le soutien des autorités et des systèmes d’incubation risquent fort de faire évoluer rapidement ce paysage numérique dans les années à venir.

Jamal Obi Sullivan : l’art au service de la mémoire

La présentation s’est poursuivie en compagnie de l’artiste Jamal Obi Sullivan, qui a travaillé chez Sony Pictures ImageWorks, Warner Bros, et est actuellement enseignant au BMCC (New York). Il nous a présenté plusieurs de ses projets artistiques.

Son « Yola Portraiture Project », par exemple, est une série de sculptures en impression 3D qui représentent le peuple de l’état d’Adamawa, au Nigeria. Une zone fortement touchée par la terreur semée par le groupe Boko Haram, dont une des conséquence est le déplacement de populations au sein de camps pour fuir les violences.

Crédit : Jamal Obi Sullivan

Pour ce projet, il a utilisé la photogrammétrie afin de numériser les visages de 21 personnes avec un matériel minimaliste (un seul appareil photo, quelques dizaines de clichés par visage). Les sculptures qui en résultent ont été présentées de façon numérique dans une galerie de New York, une exposition de modèles physiques étant aussi prévue.

Crédit : Jamal Obi Sullivan

En parallèle, l’artiste a aussi exploré la réalité virtuelle et la captation vidéo immersive. Outre une captation de tranches de vie et du quotidien, son projet le plus marquant est sans aucun doute celui centré sur Badagry et plus précisément le « Point de Non Retour », surnom donné à l’île de Gberefu car sa position stratégique en a fait entre 1518 et 1880 un lieu privilégié pour l’embarquement d’esclaves à destination des Amériques.
Jamal Obi Sullivan a tourné sur place un court-métrage permettant au spectateur de s’immerger dans ce lieu chargé de mémoire.

Dernier projet présenté, une série de portraits de personnes issues de la diaspora africaine, principalement dans les états du Sud des USA. Jamal Obi Sullivan compte en fait créer une série de sculptures, là encore par photogrammétrie, qui seront exposées aux côtés d’autres captures réalisées sur le continent africain.

On peut suivre les projets de l’artiste sur Instagram.

Hassan El Youbi, dirigeant de SandMan Pictures

Dernière intervention de ce tour d’horizon, celle de Hassan El Youbi. Passé par Animal Logic, Weta, Duboi Color, il a lancé il y a une dizaine d’années SandMan Pictures, studio basé à Marrakech qui travaille pour le cinéma, la publicité, les séries ou encore les documentaires. Nous avons pu découvrir plusieurs de ces projets, comme une baleine flottant dans les airs pour un spot automobile.

Au final, cette conférence aura permis de mettre en lumière des entités et artistes aux talents variés. La durée réduite de la table ronde (une petite heure seulement) a malheureusement eu un impact sur l’exhaustivité, et nous sommes restés sur notre faim. Néanmoins, la mise en avant de l’Afrique prévue pour le Festival d’Annecy 2021 devrait être l’occasion d’explorer davantage ce sujet et de pouvoir découvrir plus de projets locaux, studios et artistes.

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