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The Stained Club : retour sur le court-métrage primé au SIGGRAPH 2019

Cette article est disponible en: Anglais

Mélanie Lopez, Simon Boucly, Marie Ciesielski, Alice Jaunet, Chan Stéphie Peang et Béatrice Viguier ont récemment mis en ligne leur court de fin d’études The Stained Club, qui a auparavant été très largement récompensé dans les festivals (et notamment au SIGGRAPH).
L’occasion pour nous de vous proposer une interview de cette équipe, qui a bien voulu revenir pour nous sur la genèse du projet et les choix artistiques derrière le film. Des éléments d’autant plus délicats que le thème central du film, à savoir les violences physiques et psychologiques, nécessitait évidemment un traitement adapté.

Finn a des taches sur son corps. Un jour, il rencontre un groupe d’enfants avec des taches différentes. Un jour, il comprend que ces taches ne sont pas juste jolies.

3DVF : Bonjour à toute l’équipe, et merci d’avoir accepté cette interview. Entrons dans le vif du sujet : comment est né le concept derrière votre court de fin d’études, The Stained Club ?

Mélanie Lopez : “The Stained Club” est né d’une idée inspirée par le travail photographique d’Angela Strassheim “Evidence” [NDLR : visible sur le site web de cette artiste], pour lequel elle a photographié les parfaits intérieurs de maisons américaines à l’aide d’une lampe UV, qui révélait les taches de sang de meurtres qui étaient arrivés précédemment. Ca m’a fait penser que ce serait fou de voir la souffrance psychologique de la même façon, sur nos corps, sans qu’on ne puisse jamais la retirer. J’ai ensuite écrit l’histoire de Finn.

3DVF : Quels ont été vos rôles respectifs sur ce projet ?

L’équipe : On a tous fait un peu de tout ! Mais si on devait résumer nos catégories “principales”: Mélanie était en charge de la réalisation, et a travaillé sur sa pré-production, son scénario, le layout et le texturing; Simon sur l’animation, le rig, la mise en scène, le montage; Marie sur le modeling des personnages, le texturing, le rendering; Alice sur le modeling, le texturing, le shading et l’animation; Stéphie sur l’animation, le modeling, les blendshapes; et enfin Béatrice sur le look dev, les effets spéciaux, le compositing et le côté production-management.

3DVF : Quels outils logiciels avez-vous utilisés ?

L’équipe : Nous avons employé Premiere pour le montage, Maya, Substance Painter, Houdini, Nuke.

3DVF : The Stained Club aborde la maltraitance physique et psychique, des thématiques pour le moins délicates à évoquer. Quel a été le processus d’écriture ? A-t-il été difficile de trouver la bonne tonalité, la bonne narration pour traiter avec justesse le concept tout en évitant les écueils potentiels tels que le voyeurisme, l’exploitation ? Avez-vous eu des doutes et revirements ?

Mélanie Lopez : Beaucoup! Il n’était pas dur de parler du sujet en lui-même pour nous: quand on est prêt, on est prêt. Mais trouver les moyens d’en parler de façon subtile, en 5min, tout en faisant passer les émotions qu’on voulait faire passer… ça c’était un vrai casse-tête. Ca devait être compréhensible, en 5min toujours, mais pas non plus trop “aisé” au niveau de la lecture, afin qu’il y ait matière à interpréter pour le spectateur. On ne voulait pas non plus qu’un faux message tel que “la souffrance physique ne fait pas de mal mentalement” soit compris comme tel, car c’est évidemment complètement faux. Ni mettre une souffrance plus haut qu’une autre. On voulait simplement mettre en lumière la souffrance invisible qu’est la souffrance mentale.
Au moment où tout le monde avait son animatique 3D prête pour enchaîner sur la production, on était en train de refaire tout le storyboard… A Supinfocom, on commence la pré-prod du film de fin d’études en 4e année, et la production en 5e. A la fin de la 4e, The Stained Club se passait dans une école, et c’était très ennuyant comme décor et comme situation. J’ai eu l’idée du “dépotoir sauvage” comme décor pour nos enfants pendant l’été, et j’ai tout refait avec Simon. Les profs nous ont détestés pour ça! Mais à la fin, ça a payé: les voir émus à la fin d’une des premières animatiques qui tenait enfin debout après avoir tout retapé plusieurs fois, c’était la meilleure récompense.

3DVF : The Stained Club, c’est avant tout quatre enfants aux caractères bien différents. Comment cette petite équipe a-t-elle été mise sur pied en termes de personnalités et designs, et quels critères, idées ont mené aux enfants finalement retenus dans le film ?

Mélanie Lopez : Honnêtement, ils ont tous été créés autour du personnage principal, Finn. Il a été le premier à être créé: il devait être l’enfant mignon et innocent qui ne réalise pas sa situation. On a très vite voulu qu’il soit créatif – l’histoire au départ était portée sur ce trait et les dessins qu’il faisait. C’était un truc un peu tragique comme : « il dessine toujours sa maman et ses taches mais à la fin il finit par détester ses dessins tout comme il déteste sa vie » mais c’était… beaucoup trop tragique ! On a gardé ce trait créatif quand-même, qu’on peut retrouver à travers sa chambre (beaucoup de dessins, de posters…), parce que c’était évident pour nous qu’un enfant qui se sent ignoré va avoir envie de se recréer son univers ailleurs. Visuellement, il a été inspiré de mon propre cousin qui fait la voix, et un mix de Courgette, Paranorman….
Après ça, Robbie, Connie et Joshua ont été créés afin d’être complémentaires, et que Finn puisse les admirer et grandir à leurs côtés. Robbie est courageux, il n’a pas peur d’exposer ses idées aux yeux de tous; Connie recycle des déchets et choses considérées inutilisables et en fait des choses jolies et utiles à nouveau; Joshua rend leurs rêves d’enfants réels, et leur donne de l’espoir et des solutions.
Ils ont tous les quatre des bouts de moi (Mélanie) je dois avouer, mais la plupart de leurs traits proviennent de choses que j’admire chez les autres.

3DVF : En termes de character design, vous avez opté pour des yeux ronds et noirs. Un choix qui peut s’avérer délicat pour faire passer les émotions des personnages. Quelques mots sur ce point, et la manière dont vous avez abordé l’animation faciale des protagonistes ?

Mélanie Lopez : C’est quelque chose que j’ai voulu dès le début et que j’ai refusé d’abandonner. J’ai toujours eu une préférence pour les yeux en forme de points noirs, mais j’avais surtout l’impression que ça transmettait un espèce de sentiment de “vide”, qui était en accord avec mes petits personnages torturés. Les profs étaient inquiets de ce choix, mais quand on a travaillé avec Erik Smitt, le directeur de la photographie à Pixar, il nous a bien fait comprendre que ce n’était aucunement un problème si les animateurs arrivaient à transmettre correctement toutes les émotions nécessaires à travers les corps et le reste des visages des personnages. On savait que ça allait être un challenge, mais c’était aussi un choix auquel je tenais, alors on a fait en sorte d’y arriver. Et on a pu compter sur nos deux animateurs géniaux (Simon et Stéphie), qui ont parfaitement su relever le défi !

Progression de la teinte de l’image tout au long du court.
Les frames du film ont été compressées horizontalement (1 pixel de largeur) puis fusionnées en les plaçant côte à côte, horizontalement. Le résultat est donc un aperçu de l’évolution temporelle des couleurs dominantes.

3DVF : Vous avez clairement cherché à soigner le travail sur la couleur, avec des ambiances spécifiques pour les différents lieux et une progression tout au long du court. Quelle a été votre approche sur cette partie du projet ?

Mélanie Lopez : On a effectivement essayé de tout choisir en cohérence avec ce que le spectateur est censé ressentir; et donc fatalement, de le lier aussi avec les émotions de Finn, et toujours avec l’aide de la météo. Ca sonne très basique écrit comme ça… ça l’est sûrement! Par exemple, quand il rencontre le groupe, on assiste à un chaleureux coucher de soleil; ça a toujours été mon moment de la journée préféré, et on a choisi cette lumière pour faire apparaître le club comme quelque chose de nouveau et génial. Une renaissance en somme! Pour les scènes avec la mère, les couleurs sont inspirées par des vieilles scènes comme celle de Minas Morgul dans Le seigneur des anneaux, toute verte et noire: ça m’avait vraiment marquée et terrifiée quand j’étais petite. Quand ils se disputent avec Connie, on a choisi pour cette scène un temps orageux, comme si quelque chose se préparait… Et quand Finn revient au club, c’était évident pour nous de choisir un temps “après la pluie”, comme si l’orage était passé, que le soleil serait bientôt de retour, et qu’on profite de ce retour au calme. Nous avions en références que des films en prise de vue réelle pour la lumière, comme ceux de Xavier Dolan ou Terrence Malick.

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