The Animation Showcase : la clé pour que votre court-métrage décroche un Oscar ?

La promotion des courts-métrages est devenue de plus en plus complexe au fil des ans : entre les multiples festivals, la nécessité de montrer son film aux bonnes personnes et l’abondance de projets de qualité, cette mise en avant devient un métier à part entière.
C’est justement ici qu’intervient The Animation Showcase, qui propose d’épauler les projets prometteurs dans la course aux prix, au César ou même à l’Oscar.

L’entité a aussi d’autres activités : évènementiel, stratégie pour les studios, et même un service de streaming (Cliquez ici pour accéder au Portail d’inscription et bénéficier d’un accès gratuit ; il vous faudra donner votre mail et une preuve, par exemple un profil LinkedIn ou lien vimeo, de votre appartenance à l’industrie).

Bref : The Animation Showcase a de multiples activités. Son créateur Benoit Berthe Siward a accepté de nous en dire plus, et d’évoquer au passage des sujets comme les erreurs de stratégie dans la promotion de vos films, ou l’impact du COVID-19 sur la recherche et mise en avant des courts-métrages.

3DVF : Bonjour Benoit, tu es le créateur de The Animation Showcase, entité spécialisée entre autres dans la promotion des courts-métrages. En quelques mots, quels sont les grands axes des activités de  The Animation Showcase ? Pourquoi t’être lancé dans cette aventure ?

Benoit Berthe Siward : “The Animation Showcase” est parti d’une initiative que j’ai créée il y a plus de 5 ans qui à la base était juste un événement de projections de films dans des clubs privés & cercles créatifs de Londres pour partager les plus beaux courts d’animation avec des pros qui ne travaillent pas forcément dans l’animation. De ces projections est né un fort intérêt de la part de ces cercles créatifs mais aussi de sociétés d’animation qui m’ont conduit à repenser les initiatives pour les structurer et proposer des outils.

J’ai vu qu’il y avait un besoin énorme d’aide à trouver des solutions pour faire connaître des projets, que ce soit des films ou des structures, des jeunes talents. J’ai aussi découvert qu’il n’y avait que très peu de solutions spécialisées pour l’animation de ce type et pour l’univers du court métrage.

Benoit Berthe Siward

C’est donc naturellement que l’axe des projections et des événements sont restés, comme des piliers de mon activité. Le côté stratégie et conseil s’est structuré par la suite. Je me suis notamment spécialisé dans l’accompagnement de films éligibles aux Oscars et aux grandes Académies, la création de campagnes de communication dans ce cadre particulier.

Pépé le Morse de Lucrèce Andreae, un des projets ayant fait appel à The Animation Workshop (campagne Oscars, projections, stratégie numérique, médias)

3DVF : Revenons tout d’abord sur le volet évènementiel de The Animation Showcase. Quel est le contenu des projections, et comment sont-elles organisées ?

J’y diffuse ce que je considère être “la crême de la crême” de ce qui a été produit en format court chaque année. The Animation Showcase s’est fait remarquer à Hollywood pour avoir réussi, chaque année depuis sa création, à repérer et projeter chaque gagnant et la plupart des films nommés dans cette catégorie aux Oscars. Chaque année, les réalisateurs qui le souhaitent me suivent dans cette tournée pour participer à des séances de questions-réponses qui clôturent chaque projection et rencontrer les artistes des grands studios d’animation.

Ce “best of” est diffusé un peu partout autour du globe, je me déplace dans les grands studios d’animations comme Pixar, Netflix, Dreamworks, Laika, Sony, Blue Sky, Illumination, Disney, Aardman, et bien d’autres studios qui m’ouvrent leur portes chaque automne.

Hors Piste, par Leo Brunel, Loris Cavalier, Camille Jalabert & Oscar Malet. The Animation Showcase a géré campagne de prix, projections/évènementiel, stratégie numérique, médias.

3DVF : La promotion des films dans le cadre des campagnes de prix est un complément assez logique aux projections : quelques mots à ce sujet ? Comment se nouent ces partenariats avec les équipes des courts, et quelle est la valeur ajoutée de The Animation Showcase pour promouvoir les œuvres et les équipes qui sont derrière ?

Il y a deux réalités assez simples:

– La 1ère est la nécessité absolue de voir les films. Sans public et sans orchestre une symphonie composée qui reste sur du papier à musique n’a quasiment pas d’existence, c’est du gâchis, que de ne pas jouer la musique, d’autant plus  si c’est un chef d’œuvre ! C’est tout simplement la même chose pour les films et les courts métrages.

– Le 2ème, c’est que les courts métrages ne bénéficient pas de sorties cinéma de la même envergure que les long-métrages, et que tout le monde ne va pas en festival de courts ou de cinéma d’animation. C’est donc tout naturel qu’à un moment il faille apporter de bons films là où se trouvent les gens qui pourraient en bénéficier.

Ceci dit la projection des films n’existe pas par “simple nécessité de promotion” c’est un besoin vital pour le bien de notre communauté créative. C’est pour cela d’ailleurs que mes projections intègrent des films sur lesquels je ne travaille pas, des films que je trouve juste essentiel à projeter.

Evidemment les films qui se trouvent dans la projection bénéficient forcément d’une forte exposition dans les studios dans lesquels ils se retrouvent projetés et ce n’est que du bonus, surtout si le film a une carrière en festival ou considéré pour des prix prestigieux comme les Oscars, Bafta ou Annies.

Le réel travail qui est fait avec les équipes est plus global, on se demande ensemble quels sont les atouts du film à mettre en avant, quelles sont les coulisses de fabrications à partager, quelle est l’histoire des personnes derrière ces films. Les projections ne sont là que pour supporter ce travail fait au préalable.

Généralement j’approche moi-même les équipes qui me semblent avoir du potentiel, mais de plus en plus on me soumet des films et on m’approche. Comme je suis seul dans ma structure la plupart du temps, je suis obligé de me limiter aux projets qui me touchent le plus et avec les équipes avec lesquelles le feeling est excellent: La clé d’une bonne collaboration, efficace et agréable.

Garden Party, par Illogic. The Animation Showcase a géré campagne des Oscars, projections/évènementiel, stratégie numérique, médias.

3DVF : Cela implique donc, de ton côté, d’écumer les projections de films de fin d’études, festivals… Sur quels pays te concentres-tu ?

Je regarde beaucoup de court-métrages oui, jamais assez à mon goût, mais je sais faire le trie et m’assurer de voir les films qui me semblent importants. Je n’essaye pas de limiter en terme de pays mais plutôt en terme de contenu et de type de films. J’ai un intérêt particulier à regarder ce qui se fait chez les jeunes, étudiants, ou premiers films pro, à accompagner les jeunes talents.

Mes origines françaises et mon pays d’accueil le Royaume-Uni, fait que je regarde beaucoup ce qui se fait en Europe. Les liens que j’ai avec les grands studios d’animation me lient beaucoup aux Etats unis et au Canada également. Mais je regarde de plus en plus l’Amérique du Sud et l’Asie.

Hybrids, par Florian Brauch, Matthieu Pujol, Kim Tailhades, Yohan Thireau et Romain Thirion. 3DVF avait publié une interview de l’équipe.
The Animation Showcase a géré campagne des Oscars, projections/évènementiel, stratégie numérique, médias.

3DVF : Quels types de projets te semblent être les plus adaptés pour récolter des prix ? Et quels éléments analyses-tu pour savoir les films qui ont un potentiel ?

Les films qui ont le plus de chances ne sont pas nécessairement ceux que j’aime le plus personnellement. Souvent ça va de paire mais il faut aussi regarder les critères de chaque Académie, le corps votant, l’historique et les étapes de qualifications. Les VES (VFX) ne sont pas pareils que les OSCARS ou les ANNIE AWARDS. 

J’ai moi meme ete jury votant pour les BAFTA et les ANNIE AWARDS ainsi que plusieurs festivals d’animation comme Les Sommets du Cinéma d’animation (Montréal) récemment, j’ai aussi participé à la création de l’Académie des Europeenne de l’animation (Emile Awards), tout ceci m’a permis d’avoir une vision claire de l’intérieur pour comprendre le fonctionnement global de ces organisations.

Mais pour moi une bonne combinaison pour des films à potentiel, serait: 

  • Une Histoire forte qui déclenche des émotions (émouvante, drôle ou autres)
  • Univers visuel fort et unique
  • La maîtrise de la technique
  • Une authenticité dans le propos et la réalisation
  • Le sentiment d’un objet fini et complet une fois le film visionné.
Piper, des studios Pixar, réalisé par Alan Barillaro. The Animation Showcase a géré les projections pour la saison des remises de prix.

3DVF : Enfin, le troisième grand volet de ton service mêle consulting et stratégie. Peux-tu nous en dire plus sur le contenu de cette offre, et le public ciblé ?

Certaines entreprises ou organisations ont besoin parfois de conseils spécifiques sur certains sujets ou un besoin de communication pour mettre en valeur un projet, une annonce ou tout autre initiative. Cela m’amène à avoir des missions ponctuelles avec des sociétés pour essayer de les aider à trouver des solutions ou leur proposer des outils pour atteindre leurs objectifs.

Je travaille notamment beaucoup avec des écoles d’animation telles que les Gobelins, Supinfocom, l’ESMA ou l’ENSI mais aussi des studios qui ont besoin de conseils pour repérer des talents particuliers.

Sister, par Siqi Song. The Animation Showcase a géré campagne des Oscars, projections/évènementiel, stratégie numérique, médias.

3DVF : Peux-tu nous donner quelques exemples d’erreurs que tu vois régulièrement, en matière de communication chez les studios ou pour la promotion de films ?

Le premier souci que je note c’est qu’il n’y pas à pas fondamentalement “d’erreurs communes récurrentes” mais plus globalement un manque d’investissement et de temps ou de connaissance consacré à ses réseaux. J’adore mon héritage Français et Européen, j’en suis très fier, mais je dois dire qu’en termes de communication on a pas mal de choses à s’inspirer de nos voisins. Les méthodes américaines sont intéressantes même si parfois un peu hors norme, je pense qu’il y a de quoi s’inspirer pour se les réapproprier à l’européenne. En tout cas, ce serait une erreur de ne pas considérer l’aspect de la communication dans quelque projet que ce soit.

Le manque d’investissement et de temps pour ces questions est compréhensible dans le milieu du court-métrage (un format qui est rarement rentable) et encore moins quand ce sont des films étudiants, comparé aux grandes boites comme Netflix ou Disney-Pixar qui ont des moyens démesurés. Mais quand le court en question est de qualité et est dans des circuits de reconnaissances tels que les Oscars, il faut absolument trouver une manière de parler du film. Et même avec peu de moyens et même quand c’est un film étudiant, on peut trouver des manières de le faire. J’ai accompagné notamment Garden Party et Sister, deux films d’étudiants tous deux nommés aux Oscars en 2018 et 2020 aux côtés de films courts de Pixar.

L’équipe Garden Party aux Oscars

En revanche, un des discours erroné que j’entends souvent ici en Europe, c’est l’association du métier de communication avec un vision totalement péjorative et tordue d’un lobbying agressif et de réseaux d’influences nébuleux et malsains, de manipulation des personnes votantes… Ce n’est absolument pas le travail que nous effectuons: Ce serait totalement insultant de penser que les personnes de ces Académies n’aient pas assez de jugeote et de libre arbitre pour voter en âme et conscience pour les films qu’ils aiment. Les personnes qui votent ont une longue carrière dans le milieu et beaucoup d’expérience. Le travail qui est effectué a pour but de profiter de la plateforme que proposent les Oscars pour amener le film et les équipes du film  le plus loin possible et saisir cette occasion pour bénéficier de la visibilité qu’offre une nomination aux Oscars par exemple. Si le film gagne -ce que tout le monde espère évidemment- c’est que du Bonus !

3DVF : Quelle place ont, selon toi, des sites axés animation/3D/VFX comme 3DVF (ou ses équivalents dans d’autres pays) pour la promotion d’un film, d’un studio ?

Les médias spécialisés animation, CG, 3D VFX ont une place essentielle dans l’écosystème de nos métiers et nos communautés de création qui sont des métiers où beaucoup de choses se passent, où les technologies évoluent vite et qui manquent encore aujourd’hui de visibilité.  

Dans mon travail, collaborer avec la presse sur des sujets, des films, des personnes ou des technologies intéressantes, est un axe essentiel. Sans ce filtre et ce travail de partage d’information, nous serions constamment noyés dans une cascade d’information sans hiérarchie.  C’est donc une nécessité absolue que d’avoir des médias de qualité qui informent, inspirent et  enrichissent les professionnels (confirmés ou en devenir) de l’industrie. 

Mice, par Jade Baillargeault, Nazli Doale, Dimitri James, Quang Daniel La, Morgane Lau, Mélanie Pango et Manon Pringault.
The Animation Showcase a géré campagne des remise de prix, projections/évènementiel, stratégie numérique, médias.

3DVF : 2020 est évidemment l’année du Covid-19… Dans un contexte d’annulations en cascade d’événements physiques, comment as-tu adapté tes activités ?

Cette année a été particulièrement challengeante en effet. Pour moi qui voyage chaque année autour du globe dans les plus grands studios d’animation d’Amérique et d’Europe – étape essentielle de mon activité pour projeter ma sélection annuelle de courts métrages – j’ai dû tout repenser:

Je porte une grande attention à projeter ces courts sur grand écran dans des conditions optimum et réunir des gens autour de ses films, pour créer la discussion, permettre la rencontre avec les équipes de réalisation.

Comment réussir à reproduire toutes ces exigences en distanciel ? Pour moi le défi était énorme!

Après nombreuses recherches, je me suis arrêté sur la décision un peu folle de monter une plateforme de streaming sur le modèle de NETFLIX ou DISNEY + , incluant ma sélection de courts, d’animation et de prise de vue réelle, mais aussi avec une collection de Making Of inédit que j’ai demandé à chaque équipe des films de me fournir. Un plateforme qui peut aussi diffuser des Q&A (sessions de questions-réponses avec les équipes des films) en direct et en replay.

L’autre grande difficulté de ce projet était de conserver la gratuité absolue qui est la marque de fabrique des projections “The animation Showcase”. C’est quelque chose auquel je tiens beaucoup! Quand on veut partager sa passion et son amour pour le format court, c’est dur de faire payer les gens à l’entrée. Pour les projections habituellement en salle, je me débrouille: cela me demande juste des frais de déplacement et du temps, mais ma formation technique à Supinfocom et la confiance que les studios me portent me permet d’avoir des coûts très bas. 

Aperçu de la plateforme de streaming

Par contre pour la plateforme de streaming, du concept à la construction, en passant par le lancement, les coûts de serveurs et l’assistance technique, le défi était énorme. Je suis hyper fier aujourd’hui de réussir ce défi et de proposer un des seuls services de streaming d’un contenu de qualité, de courts inédits (non disponibles sur internet) totalement gratuitement pour les personnes du milieu de l’animation. Il y a bien sûr des limites à cette formule: La plateforme n’est accessible que par les personnes travaillant dans l’industrie du cinéma et l’industrie créative, et ne sera accessible que 6 mois fin 2020 et début 2021. Une version 2 de la plateforme est déjà prévue pour la saison prochaine.

Pour les lecteurs de 3DVF qui travaillent dans l’animation ou le cinéma, j’ai mis en place une plateforme d’inscription pour accéder à la plateforme, il suffit de remplir le formulaire avec votre mail, et une preuve (linked-in, lien vimeo ou autre) de votre travail dans le milieu de l’animation. Vous recevrez un lien avec votre mot de passe si l’inscription est validée: 

Cliquez ici pour accéder au Portail d’inscription de la plateforme de streaming

Si vous avez un studios d’animation et que vous souhaitez que je branche vos employé à la plateforme (en batch) envoyez moi un mail avec le logo de votre studio: benoit@animationshowcase.com  

Hors de l’eau, par Duong Van Huyen Simon, Durand Joël, Leclercq Thibault, Lucas Valentin, Sitari Andrei. The Animation Showcase a géré campagne des remise de prix, stratégie numérique, médias

3DVF : Enfin, comment vois-tu l’avenir de The Animation Showcase, d’ici quelques années ?

Cela va peut être vous surprendre, mais je n’ai pas – aujourd’hui – d’une vision sur le long terme d’évolution de The animation Showcase et je ne souhaite pas en avoir. Certaines personnes m’en ont fait le reproche, il serait nécessaire d’avoir une vision sur le long terme quand on est chef d’entreprise.

Mais je ne considère pas “The animation Showcase” comme une start-up avec une nécessité de grossir exponentiellement. Ce projet était une passion qui a évolué dans quelque chose de plus organisé en effet mais doit rester une passion quand même. J’ai des envies des lieux que je souhaite explorer mais rien de fixe et aucun “but ultime”.

J’aime beaucoup le concept d’agilité qu’on voit apparaître dans beaucoup d’entreprises en ce moment, la capacité à savoir s’adapter rapidement, savoir se remettre en question et se réinventer. Pour le moment c’est comme cela que je mène cette aventure, je fais du sur mesure et cela me va mieux ainsi. On verra ce que réserve l’avenir pour “The animation Showcase”.

Le Mans 1955, par Quentin Baillieux. The Animation Showcase a géré campagne de remise des prix, communication numérique, médias.

Pour en savoir plus

A Lire également

Laissez un commentaire