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Rencontre avec Strad : entre productions hollywoodiennes et sauvetage de projets, 30 ans de passion

3DVF : Toujours dans les projets français, tu avais fait de la supervision chez D-Seed pour le film Io de Netflix (que nous avions déjà eu l’occasion d’évoquer au travers d’une interview) ainsi que pour 1906, un film historique de Lettonie. Quelle a été ton expérience sur ces productions ?

[NDRL : voir notre interview sur Io]

Pour IO J’avais été appelé par Romain Bourzeix le patron du studio parisien D-seed un an plus tôt afin de résoudre un plan Test 4X4k, envoyé par BAKED studios.
Le plan séquence avait été tourné à la RED Dragon et monté sur un objectif anamorphique Vintage sans matte box. On y découvrait à l’avant scène sur un magnifique panoramique de 180° l’actrice Margaret Qualley (la danseuse déjantée de la pub Kenzo world). Elle surplombait derrière un énorme lensflare et devant une vallée qu’il fallait remplir d’un épais brouillard 3D.
J’ai fourni un tracking camera à l’infographiste 3D Peter Newman qui a simulé le nuage de particule en VDB sous Houdini, puis calculé le nuage avec 3dsMAX/Octane. Et pour finir le compositing sans glissement de tracking et de déformation optique, j’ai fini par remplacer toute la fin du plan par un matte painting complet de la montagne avec le nuage 3D stabilisé.
Cela nous a permis de remporter le test et récupérer 6 mois après les séquences de vallée brouillards.

Sur cette prod, J’ai pris le risque de travailler dans Nuke Studio les images au format 2,35. Et non format carré unsqueez 1.1 comme ils nous ont été livrées. Mes compeurs, la même équipe que Blood Machines, n’auraient pas eu de machines assez puissantes pour gérer du format 4000X4000 pixels.
De plus La charte Netflix assez stricte nous demandait de fournir de l’UHD, au format HDR. C’était donc bien inutile de livrer plus gros.

Et pour le long métrage d’époque 1906,Une Saga sur la révolution russe,  je suis parti à Riga avec Romain Bourzeix rejoindre l’équipe de tournage en Lettonie, où il fallait monter et superviser d’énormes toiles bleues pour effacer de l’image certains buildings modernes et les remplacer par des matte paintings d’époque préparés en 3D par la toujours brillante équipe 3D de D-seed.

3DVF : Entre les gros blockbusters américains et les projets français aux budgets plus modestes, as-tu une préférence ? Ces changements d’environnements et d’échelle sont-ils difficiles à gérer, que ce soit au niveau méthodes de travail ou d’un point de vue personnel ?

Je fais régulièrement des pèlerinages à l’étranger dans de gros studio VFX, afin d’aspirer un maximum d’infos techniques. Mon passage à MPC Montreal, m’a permis d’apprendre l’année dernière les techniques de deep compo.

J’appelle ça « ma veille techno ». J’ai insisté avec les gens qui m’ont embauché sur le fait de ne pas vouloir superviser ou leader comme en France. Mais de simplement retourner comme simple compositeur comme lorsque j’avais 25 ans.

A Plus de 50 ans, je suis un vétéran dans le métier.
Et j’aborde cette profession comme un artisan. A la différence près que mon rabot ou mon marteau changent de forme tous les 5 ans.

Je raconte souvent aux autres superviseurs de 30 ans que ma carrière est derrière moi, et que gravir les échelons de ce métier n’est plus un objectif pour moi.
Je veux simplement continuer à m’amuser dans une bonne ambiance de travail. Et si il faut passer 4 jours de rotoscopie sur un plan ou coincer sur un SOP solver dans Houdini, pour garder cette fraîcheur, je le fais sans aucune remise en question.

3DVF : Utilisateur de longue date des produits Nuke, tu as pu suivre les évolutions du produit. Quelle est ta vision globale sur Nuke/NukeX/Nuke Studio, et qu’attends-tu des prochaines versions ?

Alors bien sûr, Nuke est devenu un incontournable outil pour faire du cinéma. Le produit est a présent dans sa maturité maximale. Il est leader sur le marché.

Mais je vois beaucoup d’infographistes indépendants passer sur des logiciels gratuits et/ou open source comme Blender et DaVinci/Fusion. Ces nouveaux artisans du pixel actuellement en formation/confinement vont certainement quand le marché va reprendre se rallier et monter de nouvelles compagnies.

Vue d’ensemble de Nuke 12, dernière version majeure du produit (désormais passé en 12.1)

Et bien entendu avec la philosophie de la gratuité du soft, ils ne vont jamais revenir sur des softs payants. On en a l’illustration fracassante avec Ubisoft qui mise à fond sur Blender.

Foundry devrait comprendre, dès que leur courbe des ventes commencera à redescendre et avant qu’il ne soit trop tard, qu’un artiste indépendant qui a fait l’effort de se former sur ces logiciels gratuit, et l’on sait que c’est un investissement personnel bien plus difficile qu’un simple prêt bancaire, cet infographiste ne reviendra jamais plus en arrière sur des logiciels payants. Même si les prix sont bradés comme Autodesk a pu le faire avec Flame en 2015. On a constaté qu’il était bien trop tard, et que ce magnifique software plus vieux que Photoshop et encore présent sur le marché n’a pas su récupérer ses parts de marché avec de nouveaux utilisateurs.

C’est pour cela que Foundry doit anticiper au plus vite une nouvelle politique de prix. J’ai déjà pas mal débattu avec les commerciaux de Foundry qui sont des gens très à l’écoute. Ils m’ont annoncé hier en exclusivité sans trop en révéler que:
• les versions d’essai de 30 jours ont été remis à zéro pour la période COVID. Ce qui veut dire que tout le monde peut prendre une version d’essai même si l’essai avait déjà été utilisé (limité à 1 par personne normalement). De plus, l’offre de 1ère licence est toujours valable (20% de remise sur la licence OU un paiement en 12 mensualités sans frais) ;
• il y a du nouveau qui arrive et certains de ces changements risquent de faire de nombreux heureux.

Personnellement et ça n’engage que moi, je pense que Foundry devrait proposer Nuke Studio en Indie.

Beaucoup de graphistes qui ne s’amusent plus à craquer le soft s’accordent à dire que le prix est prohibitif. La compagnie récupérerait ainsi ce marché des petits utilisateurs louant des packs Adobe qui sont gentiment en train de passer sur DaVinci/Fusion. Ce serait par la même occasion une excellente raison pour les utilisateurs fidèles de rester sur NukeX !

En suivant l’exemple de Houdini Side Effect avec sa version Indie pour les particuliers à 269€/l’année, VS la version FX entreprise à 5000€/l’année.

3DVF : Une dernière question : avec The Mandalorian, on voit arriver de nouvelles méthodes de travail. Fond vert remplacé par des écrans, spécialistes du compositing qui interviennent dès le tournage comme a pu l’expliquer la Lead Compositor Chermaine Chan d’ILM… Que penses-tu de ces nouvelles approches ?

A première vue, les SUPVFX peuvent se dire qu’ils vont perdre un peu de business à ne plus postproduire de greenscreen, quand cette technologie sera vraiment au point. Ce n’est pas complètement vrai. Le gros avantage est dans la manière d’éclairer les personnages de manière interactive avec leur environnements. Je pense aux réflexions d’éléments métalliques mais aussi les réfractions par exemple.

Il me semble que c’est aussi une excellente méthode pour les scènes de comédie en voiture embarquée ! Sony a une très belle démo de cette technologie à ce propos.
Et rien n’empêche de projeter des écrans bleus ou verts avec des croix de tracking, qui seraient projetés et cadrés en direct derrière les acteurs sur les écrans LED. Un mix des 2 méthodes en quelque sorte. Voici pour les avantages.

Mais pour les inconvénients les producteurs préfèreront garder la old school greenscreen méthode pour des raisons évidentes de coût et de rapidité de mise en place. On garde de la sorte la possibilité de changer de décor jusqu’à la dernière minute.
Un autre problème est aussi le contact des personnages + leurs ombres au sol sur des vues plongeantes. On pourra résoudre ce dernier en installant un vrai sol, comme du sable ou du faux bitume. Ce qui force finalement à fabriquer un vrai décor. J’ai du mal a imaginer qu’un sol dur équipé en LED puisse être une solution durable…

Pour les producteurs français, je vous invite à rencontrer mon ami Gaston Marcotti qui fait le même job que moi, et qui vient de mettre au point cette techno dans son propre studio à Paris. [NDRL : voir notre article sur le sujet]

Pour en savoir plus

Le site de Strad, et son profil LinkedIn. Rappelons, comme indiqué plus haut, que Strad est actuellement disponible et en recherche de projets.

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