Rencontre avec Ivan Rose, de Versailles au Bureau des Légendes

Vous avez déjà forcément vu ses créations : publicités pour des séries Canal+, campagnes de sensibilisation RATP, Puy du Fou, grandes marques variées… Ivan Rose, qui officie au sein du studio Asile, a travaillé sur de nombreux visuels que vous avez croisés ces dernières années.
Nous vous proposons de découvrir son univers et son parcours atypique (il est autodidacte), mais aussi ses méthodes de travail et influences.

3DVF : Bonjour Ivan, et merci d’avoir accepté cette interview ! Pour commencer, peux-tu nous présenter ton parcours ?

C’est avant tout à moi de vous remercier pour cette opportunité.

Adolescent, je dessinais beaucoup et j’avais la chance de posséder un Amiga 500 sur lequel j’ai expérimenté l’animation 2D… et mes premières nuits blanches !

Après un bac littéraire, je me suis logiquement dirigé vers des études d’illustration à l’école Etic à Blois, ma ville natale. Or, pendant ma dernière année en 1997, on m’a prêté une démo de Lightwave sur cd rom :

LA REVELATION ! Une petite révolution dans ma jeune cervelle d’étudiant paumé. C’était juste magique !

Par la suite j’ai tenté de comprendre quelques softs par moi-même, sans internet à l’époque et donc sans tuto, mais toujours avec passion et une envie irrépressible de mettre en image mon univers.

30 millions d’amis
Full 3D (hors personnages)
3D/retouche : Asile
Agence : Altmann + Pacreau
Photographe : Cedric Delsaux

De fil en aiguille, je me suis rapidement retrouvé dans une boîte qui produisait des cd-rom publicitaires. Mon aventure parisienne commençait, alors que je ne savais à peine animer plus de 3 polygones. On me demandait vraiment tout et n’importe quoi mais cela s’est avéré vraiment formateur avec le recul. Je devais régulièrement répondre à des demandes de vidéos sonorisées souvent peu raisonnables, que se soit graphiquement ou techniquement, avec pour seul matos un pauvre pentium agonisant (paix à son âme).

Bref je me débrouillais, j’apprenais sur le tas.

De là, j’ai enchainé différents jobs, pubs, événementiel, vidéos ludo-éducatives, fx, etc… Essentiellement des animations accompagnées d’une création musicale (j’adore faire mumuse avec Reason de Propellerhead).

En somme, j’ai appris ce métier au fil du temps, des demandes professionnelles, et surtout des personnes avec qui j’ai eu la chance de travailler.

Finalement et pour le meilleur, j’ai intégré l’équipe 3D du studio Asile par le biais d’un ancien collègue et ami, Benjamin Barois.

Versailles – Canal+
2017
3D, retouches : Asile
Agence BETC
Photographie rené & radka

3DVF : Tu fais partie de l’équipe du studio Asile depuis une dizaine d’années : quelques mots sur cette entité et son positionnement ?

Asile a été un tournant dans ma carrière. Je découvrais d’une part l’exigence du print hyper réaliste qui ne pardonne aucun détail, au vu des résolutions nécessaires et le monde particulier des grandes agences de com.

Asile a été fondée par le retoucheur Christophe Huet, il y a 15 ans.

Notre studio de retouche/cgi a pour but de répondre de manière qualitative aux demandes des agences et de les accompagner au mieux en trouvant les solutions les plus adaptées aux différents projets.

Notre force première est la parfaite fusion entre la 3D et le travail des excellents retoucheurs de l’équipe comme Pierrick Legros, pour ne citer que lui. Nous avons assez d’expérience pour faire face aux différentes demandes, même les montages les plus titanesques.

Avant tout spécialisés dans le print, nous nous sommes progressivement diversifié avec l’animation 3D et la vidéo.

Client : Burger King
2016, motion design compositing
Agence Buzzman
Photographe Jeremy Bouchet
3D/retouches : Asile

Je crois que ce qui me plait le plus, au-delà de l’aventure humaine extraordinaire que je vis quotidiennement avec cette petite famille, c’est vraiment la grande diversité des projets, les différents défi à relever, etc.

On peut me demander le lundi de faire un appétissant scorpion grillé en brochette à intégrer dans  une image Rayban, le mercredi je me retrouve sous l’océan dans une pub RATP, et je finis la semaine dans l’espace aux commandes d’un vaisseau Renault. Bref, même si je me réveille souvent la boule au ventre devant un défi de taille à relever, je ne m’ennuie jamais!

Canal+
3D/retouches : Asile
Agence BETC
Photographe Dorian Prost

3DVF : Tu as récemment travaillé sur un poster d’annonce de La guerre des mondes, série proposée par Canal+. Un projet qui mêle photo d’acteurs et décor entièrement 3D. Quelle était la demande du client, et comment as-tu mis en place cette scène ? Au niveau technique et artistique, quels étaient les plus gros enjeux ?

J’ai réellement adoré ce projet. La maquette de l’agence BETC était très claire et bien réfléchie dès le départ ; pour moi, ces bases solides font les belles réalisations.

Comme toujours, pour ce genre de projets qui nécessitent un mix décor 3D et photo réelles, j’ai rapidement mis en place la scène, les textures, posé l’ambiance générale ainsi que des personnages 3d fictifs, afin  d’échanger au mieux avec le directeur artistique et le photographe, avant le shooting. Nous avons pu tester longuement ensemble la lumière, l’angle de caméra, la composition de l’image pour répondre aux différents formats demandés, données essentielles pour que le shoot soit parfaitement raccord avec le décor. Les photos étaient très réussies, donc tout s’est bien passé coté intégration, surtout avec les talentueux retoucheurs de l’équipe (encore eux !).

La difficulté majeure a été d’avoir les autorisations nécessaires pour pouvoir brûler quatre hectares de forêt. Plus sérieusement, le travail du sol a été le plus complexe au vu la résolution finale. Mais tout s’est passé de façon très fluide. Au final, que du plaisir à peaufiner ce décor ; l’agence nous faisait entièrement confiance et cette belle image est sortie, flirtant avec ce style affiche des année 80 auquel je ne suis pas du tout insensible.

Note pour plus tard : Il faudrait quand même que je pense à regarder cette série…

3DVF : Dans un style très différent, le visuel Miss Dior met en scène l’eau de parfum dans un décor rose bonbon et apétissant. Le macaron aux framboises est très réussi : as-tu employé de la photogrammétrie ? Quel a été ton workflow ? Quelques mots également sur le flacon, qui avec ses reflets et sa transparence peut être difficile à éclairer ?

C’est un projet perso en fait, initié et dirigé artistiquement par Graziella Vermeil, une autre talentueuse retoucheuse  de l’équipe. Un casting de gâteaux a été fait en amont bien sûr, pendant que je mettais en place le décor avec des assets provisoires.

Miss Dior – 2019
Full 3D – Asile

Effectivement, la photogrammétrie a été utilisée, grâce à notre collaborateur extérieur et ami Richard Tatessian, pour le biscuit des macarons et la plupart des gâteaux de l’étage du dessous, comme le Saint-Honoré par exemple.

Nous nous sommes retrouvé avec une dizaine de gâteaux et avons fait de nombreux tests de composition pour arriver à celle-ci.

Les défis étaient évidemment les shaders, toujours délicats pour tout ce qui concerne la nourriture. Deuxième défi,  faire vivre le flacon dans un seul et même éclairage. L’exercice du verre/liquide n’est pas toujours simple, et il est fréquent de faire un rendu de l’ensemble, plus un rendu du flacon seul avec un éclairage plus optimisé, mais ce n’est pas le cas sur cette image. C’est certainement pour cette raison que le tout cohabite si bien.

Enfin, le plus gros défi était de ne pas manger les pâtisseries avant le scan… J’en profite d’ailleurs  pour m’excuser auprès de l’équipe pour avoir englouti le Paris-Brest 30 minutes avant la séance photo.

Page suivante : série Versailles, techniques, Corona, inspirations…

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1 commentaire

phicata 31 mars 2021 at 18 h 55 min
Excellent!
The Third & The Seventh: 11 ans déja!!! :eek:

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