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Rencontre avec Archeovision : des mégalithes de France aux églises d’Ethiopie, la 3D au service du patrimoine

Sur la question du partage des données, nous avons une politique très claire. Dans un cadre comme celui-ci nous travaillons sur des financements publics et il nous semble donc évident que le travail que nous produisons appartienne à la communauté scientifique. Quand nous avons quitté l’Ethiopie nous leur avons laissé la totalité de nos données brutes et nous leur donnerons également celles qui seront traitées quand elles le seront. Nous faisons de même du côté français en fournissant les données à chaque scientifique qui en exprime le besoin.
Et même si c’est loin d’être le cas, nous pensons qu’il devrait en être de même pour tous les projets qui ont trait au patrimoine.

3DVF : Quels outils utilisez-vous pour la numérisation 3D, la modélisation et le rendu (qu’il s’agisse de précalculé ou de temps réel) ? Quels critères guident vos choix ?

Pour la numérisation 3D, nous travaillons avec différents types de scanner laser de type Faro ou Leica, avec qui nous avons récemment mis en place un partenariat, de même que nous utilisons la photogrammétrie terrestre ou aérienne. Pour le terrestre, nous avons des appareils photo type Nikon D850 avec pas mal de jeux d’objectifs et des éclairages de toutes sortes et pour l’aérien, nous avons un drone Phantom IV pro et un Inspire 2. Nous faisons également beaucoup de R&D sur des systèmes d’acquisition spécifiques à nos problématiques.

Pour le traitement, nous avons également des solutions développées en interne, de même que des logiciels tels que Geomagic, Recap ou Photoscan.

La partie modélisation est principalement faite sous 3dsmax et Zbrush (accompagnés de Photoshop, Substance, Vray, After Effects, etc.) et nous utilisons Unity pour le temps réel. Derrière tout cela, nous avons quelques gros PC de prod et un petit cluster de calcul composé d’une trentaine de lames.

En fait, nous essayons beaucoup de solutions pour arriver à combiner l’ensemble des données que nous avons en input et les rendre les plus cohérentes possible entre elles.

3DVF : Archeovision travaille parfois sur des projets liés à des sites difficiles d’accès : prises de vue sous-marines, grottes comme dans le cas de Bruniquel. Comment se déroulent les captations de ce type ? Les réalisez-vous vous-même, ou passez-vous par de la sous-traitance ?

Effectivement, nous nous sommes fait une spécialité des sites complexes. De nos jours, tout le monde peut faire de la photogrammétrie low cost avec son téléphone portable, par contre peu sont capables de numériser un site de plusieurs hectares ou une grotte avec des critères de qualité extrêmement précis.

Pour cela, nous prenons beaucoup de temps pour étudier la problématique et répondre au besoin de notre client de la manière la plus pertinente possible. Nous essayons d’être le plus exhaustif possible tout en ne cachant pas les écueils qui ne manqueront pas d’arriver.

En tant que « petite » structure, nous avons créé tout un réseau de compétences qui nous permet de nous associer à des acteurs très spécialisés dans leur domaine. Tout en gardant la maîtrise d’œuvre, cela nous permet de mettre en place des forces plus conséquentes sur certains projets de grosse envergure.

3DVF : Archeovision a été impliqué dans un programme nommé Retro Color, dont le but est de rendre compte très fidèlement des couleurs d’origine des objets archéologiques (architecture, sculptures, etc). Quelles réflexions ont amené à mettre en place ce programme, et quels en sont les résultats ?

Le postulat de départ de Retro-Color 3D était de voir comment on pouvait réellement retranscrire en 3D la couleur et la vibration de la peinture au travers de méthodes d’analyses physico-chimiques et de l’expérimentation réelle. Nous avons tout d’abord mis en place des analyses comparatives en spectrocolorimétrie et en photo calibrées. A partir des résultats, nous avons travaillé avec Maud Mulliez qui est une spécialiste de la restauration de peinture pour qu’elle applique le geste physique au geste numérique tout en prenant en compte la multiplicité des couches que composent ce type de peinture.

Pour les résultats, je vous invite à aller voir sur le site //archeovision.cnrs.fr/retrocolor3d/ car cela serait un peu long de les décrire ici !

3DVF : Archeovision est une entité déjà relativement ancienne à l’échelle des techniques 3D : la structure a été mise en place au début des années 90 et a donc connu les multiples bouleversements techniques de ces 25 dernières années… Comment gérez-vous l’arrivée de nouvelles techniques, et par exemple l’essor récent dans le domaine du patrimoine de la réalité virtuelle et du temps réel ?

Effectivement, nos premières restitutions 3D datent du début des années 90 et étaient faites sur des stations Silicon Graphics, avec un logiciel (PDMS) où toute la modélisation était faite en lignes de code avec des opérations booléennes de primitives simples ! Autant dire que faire un chapiteau corinthien avec cette méthode nécessitait quelques aspirines…

Dès le début, nous avons compris qu’il fallait regarder autour de nous pour voir ce qu’il se passait dans les autres domaines, notamment l’industrie, et voir ainsi ce qu’il était pertinent ou non d’appliquer dans le domaine du patrimoine.

Grâce à un écosystème Aquitain extrêmement dynamique dans le domaine de la 3D, nous avons pu monter de très beaux partenariats qui nous ont permis de traverser ces années en proposant toujours des solutions pertinentes. Nous gardons toujours en tête que nous ne vendons pas une technologie mais que nous nous servons d’une technologie pour atteindre un but. Il est donc logique pour nous de nous appuyer sur les acteurs qui connaissent le mieux ces dernières pour nous les approprier.

Par exemple, nous travaillons et entretenons des liens étroits depuis plus de 20 ans avec la société Immersion qui est leader dans la commercialisation de produit immersif et collaboratif, et plus récemment nous avons monté de très beaux projets en R&D avec Holoforge Interactive (division B2B d’Asobo Studio), un des leaders dans la conception d’outils sur Hololens. C’est une vraie chance pour nous de pouvoir travailler avec des gens qui ont des compétences aussi poussées dans ces domaines et cela nous permet de rester au plus haut niveau dans la compréhension et l’utilisation de ces diverses technologies.

3DVF : Quelles sont vos attentes pour les années à venir, concernant les évolutions techniques/technologiques ?

A vrai dire je ne crois pas que nous ayons vraiment des attentes. Plus que technologiques, je dirais qu’elles sont plutôt de l’ordre philosophique. Nous espérons que la technologie ne se substituera pas au réel. Que le virtuel ne deviendra pas la norme et que l’émotion liée à la visite des vestiges de notre passé primera toujours. Notre travail est de participer à la connaissance de notre histoire et de notre passé et de la faire connaître à tous. La préservation du patrimoine de l’humanité ne passera cependant à notre sens que par une réelle éducation construite au travers d’expériences tangibles.

Pour en savoir plus

Le site d’Archéovision.

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2 commentaires

Cetras 14 février 2020 at 10 h 56 min

Super intéressant !!! Merci pour le partage 3dvf 🙂

Shadows 15 juin 2020 at 20 h 47 min

En complément sur le site de Lalibela, un documentaire Arte sur le sujet.
Toute leur série « Enquêtes archéologiques » est passionnante : en moins de 30 minutes, chaque épisode présente un site, les études archéologiques en cours et ce que ça nous en apprend, en n’oubliant pas d’insister sur le « comment on sait ça » : l’archéologue ne se contente pas de donner les résultats, les éléments qui ont permis de parvenir à la conclusion sont indiqués.
https://www.youtube.com/watch?v=ZbdAsorUo_o

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