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Rencontre avec Archeovision : des mégalithes de France aux églises d’Ethiopie, la 3D au service du patrimoine

Nous avons déjà eu l’occasion de vous présenter plusieurs structures mêlant technologies 3D et sauvegarde du patrimoine. On pensera par exemple à nos interviews en compagnie d’Iconem ou Art Graphique & Patrimoine.

Nous vous proposons aujourd’hui d’en découvrir une autre : Archeovision, qui comme vous le verrez recouvre à la fois un laboratoire de recherche publique et une entité privée. Depuis les années 90, les équipes d’Archeovision utilisent les techniques les plus innovantes au service de sites archéologiques et historiques variés, en Europe mais aussi sur d’autres continents.

Dans cet article, Archéovision nous présente quelques projets marquants, son fonctionnement et son utilisation des technologies. Vous y découvrirez aussi plusieurs travaux surprenants impliquant photos relief vieilles de plus d’un siècle et restitution de la couleur réelle des artefacts du passé.

3DVF : Pour commencer, pouvez-vous nous présenter les activités d’Archeovision en quelques mots ?

Archeovision : Pour faire simple, notre spécialité est l’utilisation de la 3D sous toutes ses formes pour aider à la compréhension des sociétés du passé ainsi qu’à l’étude et à la préservation du patrimoine.

3DVF : Nous avons déjà eu l’occasion d’interviewer des entités spécialistes du patrimoine et des technologies 3D par le passé, mais Archeovision a un statut assez particulier, entre public et privé. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Nous avons effectivement une double structuration. D’un côté il y a Archeovision, un laboratoire sous tutelle du CNRS et des Universités de Bordeaux donc de statut public, et de l’autre il y a Archeovision Production (anciennement Archeotransfert) qui est ce que l’on appelle une structure de transfert technologique et qui elle est de statut privée.

Les deux entités sont très liées puisque nous travaillons tous dans les mêmes espaces dans un joyeux mélimélo, mais également parce qu’il y a des conventionnements très précis qui régissent nos liens.

D’un point de vue opérationnel, nous pourrions dire que la partie laboratoire travaille sur les aspects méthodologiques, R&D, conservation des données 3D, expertises et partenariats, tandis que la partie transfert est plutôt sur la partie acquisition 3D, restitution et valorisation.

Grâce à cette double structuration, nous nous différencions des autres acteurs qui travaillent dans ce domaine en offrant une réponse basée sur une éthique scientifique. Nous partons du principe que nos projets doivent pouvoir servir la communauté scientifique ou les experts du patrimoine avant tout. Cette philosophie entraîne un potentiel en communication et en valorisation auprès du grand public d’autant plus impactant et enrichissant pour les deux parties.

3DVF : Pour quels clients et entités travaillez-vous, et quelles sont vos spécialités ?

Nous avons trois gros pôles d’activités, la recherche, la valorisation et l’aide à la préservation du patrimoine.

Dans la recherche, nos clients sont principalement des laboratoires ou des universités qui souhaitent intégrer une composante 3D dans leur programme. Ce peut être une équipe qui souhaite travailler sur la restitution 3D d’un site archéologique, comme cela peut être un une expertise sur des données 3D ou sur les méthodologies à mettre en place dans le cadre d’un appel à projet. 

Pour la valorisation, nos clients peuvent être des sociétés de production, des musées, des laboratoires de recherche ou des collectivités locales qui souhaitent mettre en valeur leur patrimoine. Pour cela, nous pouvons réaliser des médias classiques type film ou interface interactive, tout comme nous pouvons mettre en place des solutions en Réalité Virtuelle, Augmentée ou Mixte.

Aperçu de la localisation des projets passés d’Archeovision

La dernière partie concerne l’aide à la préservation du patrimoine. J’insiste bien sur le terme d’aide à la préservation car contrairement à certaines idées propagées, les technologies 3D ne sauvent ni ne sauvegardent le patrimoine. Quand un monument disparait, il disparait. Que vous l’ayez numérisé ou non, il n’existe plus. La numérisation permet par contre de conserver des informations essentielles à une restauration ou des études futures. Pour cela, il est cependant nécessaire d’avoir une approche extrêmement précise de la numérisation et de ne pas « tricher » sur le modèle 3D. On doit par exemple être capable de donner la véritable résolution du modèle, la précision de mesure, ne pas combler en post-traitement les manques quand il y en a. En bref, voir la numérisation 3D comme un outil scientifique.

Nos clients peuvent être des Architectes des Monuments Historiques, les ministères (Culture, Affaires Etrangères), les DRAC, aussi bien que des entreprises spécialisées dans les monuments historiques. Dans ce cadre, le modèle 3D du bâtiment ou du site concerné n’est que très rarement la finalité, ce sont les documents que nous en extrayons (plans, coupes, orthoimages, etc) qui sont utilisés par nos clients.

Globalement, nous intervenons un peu partout dans le monde, sur une période qui va de la préhistoire à ce que l’on appelle l’archéologie industrielle !

3DVF : Revenons sur quelques-uns de vos projets passés. Archeovision avait travaillé en 2017 sur le documentaire Terres Mégalithes ; quel était le besoin initial, et quelles ont été les difficultés techniques/artistiques liées à la production du film ?

Terres Mégalithes est un des nombreux projets auxquels nous avons participé sur le thème des mégalithes du Néolithique, le littoral atlantique français étant particulièrement riche en vestiges, comme les dolmen ou les alignements de menhirs. Initialement sollicités pour des opérations de numérisation lors des fouilles archéologiques, nous avons rapidement accompagné les équipes de recherche pour la restitution de ces monuments funéraires. L’outil 3D a ainsi permis de proposer une visualisation de plusieurs hypothèses, valides ou non, du possible état original d’un cairn ou d’un tumulus (dolmen recouvert soit de pierres, soit de terre). Ces programmes de recherche axés sur l’étude d’un patrimoine très local se fait très souvent en lien avec les collectivités, communes ou communautés de communes concernées. Ces dernières étant désireuses de valoriser leur patrimoine et leur territoire, nous avons ainsi plusieurs fois conclu ces projets par des films comme Terres Mégalithes qui présentent le travail des archéologues, le patrimoine étudié et des séquences full-3d montrant, non pas comment était précisément le monument, mais un état concordant avec les connaissances scientifiques du moment.

A noter qu’au-delà d’une « simple » restitution d’un monument, l’étude de ces sites apporte énormément à la compréhension de nos ancêtres du néolithique et de leur rapport à la mort ou encore de leur appréhension de leurs territoires, ces monuments étant visibles sur de longues distances.

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2 commentaires

Cetras 14 février 2020 at 10 h 56 min

Super intéressant !!! Merci pour le partage 3dvf 🙂

Shadows 15 juin 2020 at 20 h 47 min

En complément sur le site de Lalibela, un documentaire Arte sur le sujet.
Toute leur série « Enquêtes archéologiques » est passionnante : en moins de 30 minutes, chaque épisode présente un site, les études archéologiques en cours et ce que ça nous en apprend, en n’oubliant pas d’insister sur le « comment on sait ça » : l’archéologue ne se contente pas de donner les résultats, les éléments qui ont permis de parvenir à la conclusion sont indiqués.
https://www.youtube.com/watch?v=ZbdAsorUo_o

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