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Programmes, coût des études, MOOC, international… Gobelins nous répond

3DVF : Le secteur de l’éducation en animation/3D/VFX est en pleine croissance et est très dynamique avec de nouvelles branches, nouvelles écoles et rachats. Les Gobelins ne sont pas sur ce type de stratégie : pourquoi, par exemple, ne pas avoir créé un second site en France ou à l’étranger ?

Notre stratégie n’est pas secrète, et nous avons beaucoup énormément de sollicitations de créations d’antennes à l’étranger. Mais nous savons très bien qu’une école Gobelins à l’étranger, ce n’est plus Gobelins.
Le fait même d’être en France, de faire venir les étrangers à nous, c’est une stratégie qui nous est chère : la France est un pays attaché à la diversité culturelle, faire 100km permet d’avoir un changement total de paysages et d’architecture, c’est un petit territoire très diversifié. Or la clé de la créativité c’est de cumuler les références : en étant en France, on va donc sans effort faire ce cumul et développer sa créativité. Sans compter la présence de nombreux musées, à Paris et partout en France.
Ce n’est pas que de la technique qu’on enseigne.

Crédit : GOBELINS, l’école de l’image

Tout ça est très important, et ces étudiants qui arrivent en France sont mélangés (on a 18 nationalités différentes dans nos cursus), c’est donc là encore un vecteur de créativité. Mais ces étudiants ont vocation à retourner travailler dans leur pays. Et quand ils vont retourner là-bas, ils auront cette expérience française, d’autant que beaucoup restent ici travailler un an ou deux dans les studios français, à la fois pour cette expérience et car nous avons des projets variés et attractifs.
Résultat, quand ils retourneront dans leur pays, quand ils commenceront à travailler, ils voudront collaborer soit avec des anciens camarades de classe, soit avec des personnes avec qui ils ont déjà travaillé en France.
La vocation de notre stratégie est donc aussi de consolider le modèle économique français et européen : faire de la coproduction, essentielle pour les budgets serrés. Cette stratégie est d’autant plus pertinente que ces étudiants viennent souvent de pays qui n’ont pas de gros marché de l’animation : ils ont autant besoin de nous que nous avons besoin d’eux. Pour ceux qui viennent de pays avec un gros marché local, comme les USA, notre approche reste pertinente car les apports culturels extérieurs peuvent nourrir la créativité de grands studios.

Tous ces éléments seraient absents d’une structure Gobelins créée à l’étranger, il n’y aurait pas d’avantages.

En revanche, nous proposons à l’étranger des programmes courts et masterclasses, par exemple dans des écoles partenaires. Mais ces partenariats sont toujours à plusieurs volets et peuvent permettre à des étudiants étrangers, encore une fois, de venir étudier sur des programmes longs, chez nous.

3DVF : Au niveau artistique, on constate ces dernières années un grand foisonnement côté 2D ou mixte avec des projets comme Klaus, Spider-Man : Into the Spider-Verse, J’ai Perdu mon corps. Quelle est votre vision du secteur de l’animation, de ces tendances 2D/3D/techniques mixtes ?

Ce sont des tendances que nous avons senti depuis longtemps, nous avons d’ailleurs depuis 6 ou 7 ans dans notre cursus des exercices d’animation qui combinent 2D et 3D, avec par exemple un personnage 2D et un personnage 3D qui interagissent. Nos étudiants, spontanément, travaillent sur des projets de films visant notamment le public adulte auquel ils sont très attachés, c’est aussi une tendance évidente du secteur.
On voit également des évolutions sur nos films : quand je suis arrivée à la tête du département il y a une dizaine d’années, les films Gobelins avaient la réputation de n’être que des courses-poursuites. Désormais, la dernière année est entièrement dédiée à la réalisation d’un film, ce qui laisse plus de temps pour faire le court, développer le storytelling. Avec là encore un apport fort lié à la mixité internationale.
Nous nous attachons, sur chaque promotion, à obtenir une diversité de productions qui puisse contenter la diversité du paysage de l’animation. On aura des films dans un style ou un genre qui se rapprocheront de la série, d’autre du long, des films intellectuels, d’autres légers… C’est cet ensemble qui va porter l’école vers les attentes de l’industrie.

3DVF : Effectivement, cette diversité se constate bien cette année. On note aussi des projets faits en équipe, d’autres en solo…

Les films solo restent toujours quelque chose à la marge, il s’agit de projets de nos étudiants qui partent en échange avec CalArts.
Cette année nous avons eu pour la première fois un film sélectionné en compétition à Clermont-Ferrand (Ostrich Politic) et donc éligible aux Oscars, et on sait déjà que deux films de la promotion de juin dernier sont en sélection sur la Berlinale : là encore une première.

Le fait d’avoir des sélections ou récompenses hors des festivals centrés sur l’animation est un autre signe de la diversification qui a lieu depuis quelques années.

3DVF : Avec, donc, une volonté de conquérir de nouveaux publics…

Oui, mais aussi d’accompagner le secteur professionnel. Marc du Pontavice, fondateur du studio Xilam qui a produit J’ai perdu mon corps, revendique de faire de l’animation pour adultes qui est du cinéma avant d’être de l’animation. On est dans cette mouvance-là, on travaille avec le milieu professionnel et dans le même sens.

Crédit : GOBELINS, l’école de l’image

3VDF : Une dernière question : le temps réel a le vent en poupe ces derniers temps, est-ce quelque chose qui est entré dans le cursus ?

Ca n’a pas encore beaucoup de sens pour nous, du fait que nous faisons beaucoup d’animation 2D ; pour l’animation 3D nous nous focalisons sur l’animation de personnages. Nous avons peu de films full 3D à l’école, et du fait de l’usage fréquent de techniques mixtes, la VR est peu adaptée. On fait cependant une veille.
Pour info, des étudiants ont commencé à faire du décor 2D mais pour du 360°, à l’aide de templates sous Photoshop. Je pense que les étudiants sont plutôt sur des expérimentations de ce genre, tout aussi intéressantes, d’autant que le secteur de la VR et de l’animation 3D ont encore beaucoup à explorer en termes de créativité. La 3D a encore tendance à être un style, dicté par les studios américains. Aux Gobelins, il se trouve que les films 3D ont souvent un style très « 2D » (par exemple avec Hedgehog). Je pense que c’est la manière dont nos étudiants s’approprient la 3D, ils essaient d’expérimenter, rester créatifs et ne pas rester dans une dictature du style imposée par une partie de l’industrie. Et puis on ne vient pas à Gobelins pour faire de la 3D réaliste, c’est la spécialité d’autres écoles !

Pour en savoir plus

Le site de l’école.

Crédit : GOBELINS, l’école de l’image

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