Le Tour du Monde en 80 Jours

Le tour du Monde en 80 Jours : les coulisses d’un film d’animation signé Circus/Mac Guff

Le 4 août est sorti dans les salles françaises Le tour du Monde en 80 Jours, adaptation libre du célèbre roman de Jules Verne.

À cette occasion, nous vous proposons de découvrir les coulisses de la fabrication du film d’animation en compagnie du studio Circus, qui a collaboré avec Mac Guff sur ce projet et assurait la supervision globale.

Voici le synopsis et la bande-annonce, suivis de l’interview :

Passepartout, un ouistiti naïf mais plein d’entrain, rêve de partir à l’aventure depuis toujours. L’occasion se présente sous la forme de Phileas Frog, un explorateur vanneur et arnaqueur, et d’un pari à plusieurs millions : établir le nouveau record du tour du monde en 80 jours. De déserts brûlants en jungles mystérieuses, de princesses intrépides en criquets adorateurs de volcans, Passepartout va découvrir à quel point le monde est vaste, merveilleux et dingo.

3DVF : Bonjour Circus ! Nous vous avons déjà interviewés récemment sur le studio dans sa globalité, nous vous retrouvons pour évoquer Le Tour du Monde en 80 Jours (Around The World dans les territoires anglophones), film d’animation réalisé par Samuel Tourneux, porté par Cottonwood Media et distribué par StudioCanal.
Au vu de la bande-annonce, le film n’est pas un décalque de l’oeuvre littéraire…

Circus : Le film est une adaptation très libre du roman de Jules Verne : le concept du pari qui était présent dans le roman est resté, mais les personnages ont profondément évolué, il n’y a par exemple plus la relation valet/serviteur de l’œuvre d’origine, les personnalités n’ont rien à voir.

« Vouloir concurrencer frontalement les productions américaines est une bêtise »

3DVF : Un film, ce sont aussi des contraintes, à commencer par le budget. Quelle vision avez-vous de cet aspect ?

Circus : Mis à part certains studios comme Illumination, les projets d’animation fabriqués en France ont des budgets bien plus réduits qu’aux USA. Or un budget se traduit directement en heures de travail : vouloir imiter visuellement les productions américaines est donc l’assurance de faire moins bien. Vouloir les concurrencer frontalement, sur leur terrain, est une bêtise.
On ne profite pas assez, en France, de ces petits budgets pour trouver de grosses solutions graphiques assumées.

C’est justement ce que nous avons voulu faire sur Le Tour du Monde en 80 Jours : ne pas aller copier le rendu qui sort des studios américains et développer un autre look. La direction artistique mêle 2D et 3D, nous avons utilisé des textures peintes, des FX 2D et fui le réalisme, le résultat nous semble réussi.

©2021 - Cottonwood Media - Studiocanal – France 3 Cinéma – Umedia

3DVF : Justement, ce mélange 2D/3D a-t-il été délicat à gérer ? Il n’est pas forcément évident de mêler les techniques harmonieusement…

Circus : C’était un des challenges, mais on a bien travaillé cette partie avec le directeur artistique du film, Mathieu Vavril.
En 2017 ou 2018, Cottonwood est venu nous voir pour la création d’un pilote. Déjà à l’époque nous avions cette problématique, et nous avons pu poser des éléments.
Ce pilote montrait les personnages principaux perdus dans la forêt, avec les prémices de la caractérisation de leurs personnalités (il y a eu beaucoup de réécriture en aval).

Ensuite, quand nous avons développé le lookdev du film, nous avons continué ces recherches visuelles. Des artistes créaient les effets 2D, et avec le lookdev, le lighting, le compo, on a tâtonné mais on a trouvé de bonnes solutions graphiques.

Il y avait une volonté de ne pas être trop réalistes, descriptifs. Nous avons géré la majorité des effets 2D (rappelons que le travail sur le film a été partagé avec Mac Guff), il a fallu mettre en place un pipeline spécifique.

Le résultat est très agréable et se mélange vraiment bien. Un pont est déjà franchi par la 3D, peinte et assez aplatie (pas trop de spéculaire ou de brillance à outrance). Au final nous sommes restés très proches des références du directeur artistique.
La 2D, elle, vient s’intégrer au compositing et se marie bien, en transparence ou non selon le contexte. Il y a toute une gamme de traitements dans les effets (poussière, eau, contacts, sable, gouttelettes 2D sur les personnages qui sortent de l’eau).

©2021 - Cottonwood Media - Studiocanal – France 3 Cinéma – Umedia

3DVF : Au niveau technique, s’agit-il de 2D créée séparément et combinée à la 3D au compositing, ou intégrée dans les scènes 3D directement?

Circus : Il y a de tout. Nous avons constitué une banque d’effets 2D types, que nous avons discutée avec le réalisateur Samuel Tourneux et le directeur artistique : quels besoins en effets 2D, à quels moments du film, etc.
Ces éléments étaient mis sur des plaques dans la 3D elle-même.

En parallèle il y a eu un travail au plan, après le travail d’animation 3D, par exemple lorsque Phileas surfe dans la mer : il fallait attendre d’avoir la fin de la trajectoire pour créer les traînées dans l’eau.
Ces éléments étaient intégrés au compositing.

Bien évidemment, selon le plan, les deux approches pouvaient être utilisées.

©2021 - Cottonwood Media - Studiocanal – France 3 Cinéma – Umedia

3DVF : On imagine que la banque d’effets a eu l’avantage de faire gagner du temps à l’équipe ?

Circus : Oui, même si ce gain est difficile à quantifier. Quand on fait un devis, cette zone « effets » est difficile à gérer : les besoins vont déborder, il y a de la recherche permanente…

Ici, comme nous connaissons bien le réalisateur Samuel Tourneux, nous nous attendions à ce qu’il ajoute des effets imprévus durant la production, ce qu’il a d’ailleurs fait : un élément en avant-plan, des papillons qui s’envolent ou des lucioles pour donner de la vie… Il aime rajouter des éléments de ce type, qui apportent plus de richesse.
Lui-même a d’ailleurs participé à la création de ces effets.

3DVF : Quelques mots sur l’origine de vos liens avec Samuel Tourneux ?

Circus : C’est un ami d’école, l’équipe dirigeante de Circus est comme lui issue de Supinfocom, désormais renommée Rubika. Nous avons depuis travaillé sur des projets ensemble, comme une partie de la série Lego saison 1. [NDLR : cette série est évoqué à la fin de notre précédente interview de Circus]

Comme on se connaît bien on a pu l’accompagner plus efficacement : par exemple, comme indiqué plus tôt, pour les FX nous avons volontairement laissé du temps au compositing pour des rajouts imprévus car nous savions que Samuel allait vouloir en rajouter. Nous avons juste fixé des limites pour respecter le planning : il n’y a pas eu de problème à ce niveau, Samuel savait que si l’on disait non, c’est qu’on ne pouvait raisonnablement pas le faire.
Le fait qu’il connaisse la 3D a été une aide, cela l’a aidé à quantifier ses demandes. Il était conscient que telle ou telle requête pouvait impacter un grand nombre de plans, avoir des implications sur le pipeline, que l’on ne peut pas faire du sur mesure sur chaque plan comme en pub.

En outre, la présence de Samuel Tourneux et de Mathieu Vavril au sein du studio (nous leur avions aménagé des bureaux) a permis d’avancer plus vite, ils pouvaient aussi travailler directement avec certains artistes, et plus généralement cela facilitait le déblocage de certaines situations.

©2021 - Cottonwood Media - Studiocanal – France 3 Cinéma – Umedia

3DVF : Est-ce qu’un réalisateur très proche de la fabrication peut avoir des inconvénients ?

Circus : Oui, si le réalisateur se mêle trop de la technique par exemple. Mais ça n’a pas été un problème ici. De même, pas de micro-management, il nous faisait confiance sans forcément aller directement voir les graphistes pour chaque problème.

Plus globalement, Samuel a beaucoup d’écoute, sait travailler en équipe, il a vraiment été un atout sur ce projet. Un très beau chef d’orchestre !

« Il y a eu deux pipelines, deux philosophies qui se sont rapprochées »

3DVF : Autre gros enjeu du film, le travail avec Mac Guff Ligne. Les deux studios n’ont pas la même échelle, pas forcément les mêmes méthodes de travail ou la même culture d’entreprise… Comment s’est mise en place la collaboration, sachant que vous étiez en charge de la supervision globale ?

Circus : Comme nous le disions plus haut, Cottonwood et Samuel sont venus nous voir très tôt pour faire le pilote. On l’a donc créé, et comme nous avions du coup déjà développé le lookdev, c’est tout naturellement qu’ils nous ont confié la supervision. D’autant plus que nous avions déjà une expérience sur d’autres projets comme le film Croc-Blanc, sur lequel nous avions chapeauté une dizaine de sociétés.

Mac Guff, à ne pas confondre avec Illumination Mac Guff [NDLR : pour rappel, Illumination Mac Guff est issue de Mac Guff Ligne et a été créée en 2011, les deux entités étant désormais totalement distinctes], est une entité qui reste à taille humaine, comme Circus, avec une branche en France et une en Belgique.

Nos enjeux étaient la mise en place d’une nomenclature commune, un espace commun d’échange d’assets. C’est un point particulièrement important car si les échanges ne sont pas bons, les différentes étapes de fabrication ne peuvent pas se dérouler correctement.
Nous avons fait un travail préparatoire avec Mac Guff pour partager tous les aspects techniques. L’idée était d’imaginer tout le parcours du film, se mettre d’accord sur le nommage des éléments.

Forcément, cela signifie qu’il y a eu deux pipelines, deux philosophies qui se sont rapprochées, et cela a été très riche. Les deux studios ont de l’expérience et de l’intelligence, les différences n’étaient donc pas insurmontables : on n’était pas dans la situation où une entité était très carrée et rangée et de l’autre un studio ne maîtrisait rien.

Un Slack a été ouvert pour que les équipes techniques des deux studios puissent échanger au quotidien, et il y avait des réunions hebdomadaires.

©2021 - Cottonwood Media - Studiocanal – France 3 Cinéma – Umedia

3DVF : Les liens ne passaient donc pas forcément par la tête des studios…

Circus : C’est passé par en haut au début, pour organiser la supervision, mais très vite les équipes de développement/R&D des deux studios se parlaient en direct pour répondre aux besoins du projet, et quand les deux studios avaient des différences les équipes techniques se mettaient d’accord. La supervision a de temps en temps tranché certains points, mais globalement ça s’est très bien passé et c’était très enrichissant.

Notre rôle était aussi de donner du rythme, par exemple en mettant en place une réunion le lundi matin avec les superviseurs des deux studios, une autre le mercredi, le tout à distance puisque c’est vraiment avec Mac Guff Belgium avec qui l’on a travaillé.

Élaborer des étapes de travail, des réunions, se parler et trouver des solutions, c’était donc notre travail sur la supervision.
Nous pensons que la collaboration a été enrichissante des deux côtés, chaque studio a ses qualités et défauts, comme partout. C’est une aventure, avec bien entendu parfois des tensions, des désaccords, mais on continue d’avancer avec le même but : le film.

Et nous sommes très contents de l’ensemble. La collaboration a de l’avenir sur des projets de ce type, d’autant que le système de financement français nous l’impose.

Pages suivantes : production sur plusieurs sites, échanges de données, personnages, foules, fourrures, décors, 2D/3D, pandémie, bilan.

A Lire également

Laissez un commentaire