Image default

Interview : Rupert, un court entre Urbex et VFX

Julian Dropsit, artiste mais aussi superviseur et enseignant au sein de l’école New3dge, s’est récemment lancé dans un projet atypique : la création d’un court-métrage mêlant prises de vue en urbex et effets visuels.

Dans cette interview, il revient sur cette aventure qui n’a pas été sans rebondissements…

S’il est encore trop tôt pour dévoiler le court complet, le teaser et le making-of vous donneront une bonne idée des enjeux : prises de vue en conditions difficiles, création d’un modèle de robot, intégration d’éléments 3D, workflow ACES.

3DVF : Bonjour Julian, pour commencer peux-tu nous présenter ton parcours en quelques lignes ?

Julian Dropsit : Bonjour l’équipe 3DVF ! Mon parcours a commencé à l’institut Saint-Luc (Tournai – Belgique) qui m’a initié au domaine artistique. J’ai ensuite quitté le Nord de la France pour descendre sur Paris à 20 ans.

Julian Dropsit

J’ai fait l’école New3Dge, puis j’ai travaillé dans plusieurs studios parisiens, j’ai donné des cours et quelques temps plus tard Michael le directeur de New3Dge m’a confié la supervision de la section Cinéma d’Animation, la même section qui m’avait diplômé quelques années plus tôt. A côté de ça j’exerce toujours en tant qu’Infographiste 3D spécialisé dans le lighting/rendu/compositing.

3DVF : Tu viens de réaliser Rupert, un projet atypique qui mêle effets visuels et… Urbex. Comment sont nés le concept et le scénario ?

Le concept m’est venu d’un simple constat lors d’une exploration, je crois que c’était dans un château, je me souviens m’être dit “cet endroit est complètement fou, je connais sa localisation, il faut que j’en fasse quelque chose.”. Quelques jours plus tard j’ai écrit une bribe de scénario dans lequel je voulais exprimer la déchéance de popularité d’un musicien reconnu. Cette idée ferait miroir aux spots d’urbex: des endroits remplis de vie qui petit à petit sont tombés dans l’oubli. J’appréciais également le contraste fort entre un robot et les lieux en décrépitude. Je voulais que l’audience ressente de la nostalgie.

3DVF : Pour les personnes ne connaissant pas l’Urbex, peux-tu nous décrire rapidement ce dont il s’agit ? Quid de l’aspect légal ?

L’Urbex c’est la contraction d’Urban Exploration. Grosso modo l’idée est de visiter des lieux laissés à l’abandon tout en respectant l’endroit: aucun vol ou dégradation. Beaucoup de monde ont déjà expérimenté cette activité en étant jeune sans vraiment le savoir: trouver une petite ruine et s’y introduire pour voir comment c’est à l’intérieur. Avec l’expérience on trouve des lieux bien plus sexy et encore dans de très bonnes conditions, comme des châteaux, des hôpitaux, des sanatoriums, ou encore des prisons…
Concernant l’aspect légal, on ne va pas y aller par 4 chemins: c’est totalement illégal, point. Peu importe ce que certains YouTubeur vous diront: un lieu abandonné appartient toujours à quelqu’un. Bref il ne faut pas en faire, c’est pas bien, voilà c’est dit ! Comme le disait si bien Jean-Jacques Rousseau: “Faites ce que je dis, pas ce que je fais.”. 😉

3DVF : On imagine que le repérage et la préparation du tournage ont été des éléments clés du projet. Quelques mots à ce sujet ? Avez-vous eu des surprises ?

Mise à part pour le théâtre où j’ai demandé une autorisation à la mairie, les autres lieux étaient beaucoup plus compliqués au niveau de l’accès. Il faut s’imaginer une équipe réduite (pour rester discret) de 4 personnes trimbalant sur leur dos pas moins de 35 000€ de matos (qui n’était pas à nous d’ailleurs), passant de clôtures en fenêtres pour entrer sans se faire repérer par le voisinage. Rien que cette partie-là c’était l’aventure ! D’autant qu’il y a souvent du passage et qu’on ne savait pas sur qui on pouvait tomber.. Donc oui on avait préparé ça comme il fallait, on a laissé peu de chance au hasard !
Pour se préparer au mieux j’avais assigné une à deux tâches par personnes durant une réunion préliminaire où j’exposais, pour chaque prise de chaque spot, les problématiques et les enjeux. J’avais segmenté le travail en 9 métiers, on retrouvait : le réalisateur, l’assistant-cam, le script, le géomètre, le hdri-boy, ou encore le scanneur. Tout le monde a sû trouver rapidement sa place, j’étais très content de cette petite équipe improvisée !

On a bien entendu eut des surprises et pas que des bonnes..
Mise à part une cheville foulée, en 10 ans d’urbex je n’ai jamais eu le moindre problème, et là par deux fois on s’est fait mettre en joue par des armes à feu. C’est arrivé une fois durant un repérage d’un lieu et quelques semaines plus tard durant le tournage d’un autre. La deuxième fois c’était d’ailleurs très chaud puisque les gens étaient très motivés à nous faire sortir de force (bien qu’ils n’avaient aucune raison officielle d’être là non plus d’ailleurs) et ça a eu raison du tournage: on a dû renoncer à tourner certaines scènes.

3DVF : Pour le tournage, tu as utilisé une RED Dragon. Pourquoi ce choix ? Avez-vous aussi envisagé des appareils type appareil photo hybride, qui malgré leurs limitations ont l’avantage d’être très compacts, ce qui est sans doute un atout sur ce type de lieu de tournage ?

J’avais clairement envie de tourner avec une caméra à gros budget et de monter une pipeline avec du matériel RED ou ARRI. Mais quand j’y repense il est vrai que le tournage aurait été beaucoup plus simple si j’avais pris un DSLR pour filmer ! haha !

3DVF : Plongeons dans la partie 3D. Rupert met en scène un robot, quelles ont été les inspirations pour son design ? (soulignons au passage que l’artiste Pierrick Le Texier était en charge du chara design, sculpting, texturing/shading)

Yes, c’est Pierrick Le Texier qui était en charge de Rupert. C’est un chara artist très talentueux et qui ne rechigne jamais même devant la plus petite des retakes ! Je profite de cet article pour le saluer !
Notre principale inspiration était clairement Chappie [NDLR : film sorti en 2015 et réalisé par Neill Blomkamp].

On s’est ensuite pas mal inspiré d’artist qui font du design d’hard surface comme Michael Andrew (Nash), et de la license Metal Gear Solid.

Page suivante : suite de l’interview avec entre autres rigging, animation, workflow ACES, bilan du projet.

A Lire également

Laissez un commentaire

Ce site utilise des cookies pour améliorer votre expérience. Nous supposerons que vous êtes d'accord avec cela, mais vous pouvez vous désinscrire si vous le souhaitez. Accepter Lire la suite