Kaamelott : Premier Volet

Interview – Kaamelott : Premier Volet, les effets derrière le film !

Temps de lecture : 15 minutes

3DVF : Tourner les séquences avec les Burgondes n’a sans doute pas été une tâche facile, d’autant plus qu’il fallait anticiper la post-production. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Philippe : Les scènes des Burgondes ont été tournées à La Jasserie du Pilat, près de Saint-Étienne.
Notre présence à Pierre et moi était indispensable pour évaluer la faisabilité des FX.
Nous étions donc en haut de la colline, par 4°C, avec 70 figurants maquillés et costumés, 6 cascadeurs qui géraient la chorégraphie par mégaphone, une équipe technique conséquente…

Alexandre Astier sur le tournage. Crédit : Fullscreen

On n’a pas donné trop de contraintes à l’équipe de tournage, mais quelques recommandations, notamment de faire en sorte qu’on ait le moins de rotoscopie et de cleaning à faire : cela suppose de faire bouger l’équipe technique et les camions pour qu’ils ne soient pas trop dans le champ pour les pelures (prises de vue additionnelles pour les passes à vide et textures).

Le tournage est un moment à part, car on est dans l’instant présent total, qui demande une forte concentration et une anticipation de tous les problèmes qui pourraient survenir après le tournage au cas où on aurait oublié quelque chose.

[NDLR : la rotoscopie consiste à détourer des éléments tels que des figurants afin par exemple de faciliter l’ajout d’effets visuels. Le cleaning implique de nettoyer/supprimer des éléments comme des techniciens, éléments de tournage qui seraient visibles sur les plans tournés]

Crédit : Fullscreen
Crédit : Fullscreen

Pierre : Encore une fois, la méthode Astier » sous-entend une grande part d’improvisation sur certains aspects de la mise en scène, en ce qui nous concerne (les vfx) ce n’est souvent qu’une fois sur le tournage que nous découvrions réellement ce qui nous attendait.

Crédit : Fullscreen
Crédit : Fullscreen

Alexandre nous demandait systématiquement ce que nous pouvions alors nous autoriser ou pas. Il fallait alors arbitrer des choix et trouver les meilleurs compromis. C’est dans ces nombreux échanges que nous trouvions alors les solutions. 

Ci-dessus et ci-dessous : image filmée lors du tournage, et ajout des effets visuels.

3DVF : Sous les coups des machines de guerre, le château finit par céder : tours effondrées, murs qui s’affaissent… Que pouvez-vous nous dire sur cette séquence de destruction ?

Philippe : Au début du projet, nous devions faire s’effondrer la loge (suite à la destruction des souterrains) en plans rapprochés et détruire le château vu de loin.
On a trouvé ça dommage de ne le voir que de loin, donc on a proposé à Alexandre d’ajouter un plan de destruction de tour et un impact de catapulte sur un toit. Quand les simulations sont faites, il faut en profiter !

Les effets d’effondrement ont été faits sous Houdini par Jean Burtschell et Tom Delguste.
On a commencé très tôt les simulations, pour anticiper les problèmes que cela peut engendrer : raccord de textures, propriétés différentes des matériaux (briques, pierres, charpentes, fondations). On a modélisé aussi quelques pièces intérieures pour donner du réalisme à l’effondrement.

[NDLR : Houdini est un logiciel qui permet de créer de nombreux effets visuels physiques : simulation d’eau, de feu, destruction, etc]

Pierre : La destruction du château a été soumise à pas mal de discussions. Alexandre tenait à ce que cela soit, comme pour le reste de son film, filmé à hauteur d’homme, comme si nous assistions nous-mêmes à sa destruction, il tenait à éviter l’effet « plan FX » trop évident. J’ai fait pas mal de préviz dans c4d pour lui proposer tout un ensemble de points de vue et de timing de caméras pour qu’il les insère dans son ours.. C’est une fois le montage resserré qu’il a été décidé de rajouter des plans un peu plus « sophistiqués ».

[NDLR : la préviz, ou prévisualisation, consiste à créer une version simplifiée et en 3D de ce que l’on souhaite obtenir. Cela permet par exemple de tester les angles de vue, de prendre des décisions créatives plus tôt.]

Crédit : Fullscreen

3DVF : Vous avez aussi géré différentes extensions de décors sur fond vert : fenêtres, salles, bord de mer à rajouter derrière un personnage… Y a-t-il eu quelques surprises à ce niveau ?

Philippe : En ce qui concerne les fonds verts des fenêtres depuis le château, il n’y a pas eu de surprise particulière, mais le travail sur les cheveux en back light a dû être particulièrement soigné.
Le fond vert où Wulfstan avance sur l’île de Thanet a été plus complexe car la caméra bougeait beaucoup et le track avait du mal à suivre. Finalement le résultat est vraiment bien, et ce n’était pas gagné.

La vraie surprise a été le nombre de plans avec fond vert à truquer, on en a fait quand même environ 150.
J’en profite pour tirer mon chapeau à toute notre équipe qui a vraiment assuré.

Pierre : De même, bravo aux équipes ! 

Crédit : Fullscreen

3DVF : Enfin, il a fallu mettre en scène Excalibur avec un effet qui court le long de la lame. Quelle était l’intention, la vision d’Alexandre Astier à ce niveau, et comment l’avez-vous concrétisée ?

Philippe : Lorsque Arthur retire Excalibur du rocher, les flammes sont orangées, mais rapidement elles s’éteignent. Les Dieux avertissent Arthur qu’il doit accomplir sa mission.
Lorsqu’Arthur combat Lancelot, les Dieux ne l’abandonnent pas, ils se manifestent par la présence d’un orage surnaturel, et donnent à Excalibur un feu sombre qui annonce la vengeance..

Pour réaliser cet effet, nous avons créé des flammes 3d trackées sur la lame.
C’est un mélange de fumée, de tonnerre qui gronde et de flammes.
Il a fallu apporter un soin particulier au rendu et compositing pour ne pas suréclairer les plans et conserver toujours un contraste avec une partie de fumée.
Les éclairs autour de la lame ont été ajoutés par la CGEV.

Pierre : Pour les deux états de la lame j’ai proposé différents concepts jusqu’à ce qu’Alexandre les valide. Il était très ouvert à toutes mes propositions, il m’a juste demandé une chose, concernant Excalibur au moment de son retrait, de ne pas trop s’éloigner de la série, afin de ne pas briser une continuité visuelle.  

3DVF : Progiss, partenaire de 3DVF et revendeur de solutions logicielles, matérielles pour les studios, vous accompagne au niveau de vos outils logiciels : quelques mots sur cette collaboration ? Et pouvez-vous nous donner quelques infos sur votre pipeline, justement ?

Philippe : Progiss est notre interlocuteur depuis des années sur les logiciels comme Maya, Adobe et Nuke.
Merci à Yann et à toute l’équipe pour son soutien constant et leur aide quand ça bloque !

Notre pipeline s’articule autour de Maya + Redshift. Le compositing a été fait sous Nuke et quelques séquences sous After Effects.

[NDLR : Maya est un logiciel 3D généraliste, Nuke et After Effects permettent de faire le compositing déjà explicité plus haut, Redshift est un moteur de rendu : l’outil qui génère les images que l’on incrustera dans le film à l’étape du compositing]

3DVF : Pierre, un petit mot sur le fantôme ?

Pierre : J’ai réalisé toutes les Préviz du film sous c4d, qui est mon outil de prédilection. Le Spectre lui-même a été modélisé sous ZBrush par mon ami Guillaume Gaillard, qui a entre autres réalisé les simulations de fumées sur tous les plans que j’avais en charge, puis sous C4D, grâce aux outils volumétriques, j’ai pu lui donner son aspect spectral. L’animation du personnage à quant à elle a été réalisée par Patrice Vila et j’ai composité le tout sous Nuke.

[NDLR : ZBrush est un outil très utilisé pour sculpter des modèles numériques, en particulier pour les formes organiques et très détaillées.]

3DVF : La CGEV et BENUTS ont également travaillé sur le film : les studios ont complété une cinquantaine de plans, essentiellement du cleaning et compositing. Comment s’est passée cette collaboration ?

Philippe : Sur Kaamelott nous avons truqué 400 plans et défini la direction artistique des VFX, mais il était difficile de prendre en charge tous les plans, surtout dans la dernière ligne droite
On ne se rend pas compte mais il y a toujours des éléments à effacer sur les plans tournés, que ce soit un sac plastique qui vole dans le désert, un médaillon qui n’est pas du bon côté ou des abeilles qui manquent autour d’une ruche. La CGEV et Benuts s’en sont chargés.

La CGEV a également finalisé du compositing sur une dizaine de plans de désenchevêtrement.
J’en profite pour dire que c’est Nicolas Bonnet, directeur de post-production chez I-mediate qui a coordonné toute la post.

3DVF : Quel bilan gardez-vous de ce projet ?

Philippe : C’est une sacrée aventure, du tournage jusqu’à la livraison, et je remercie Pierre de nous y avoir emmenés et Alexandre de nous avoir fait confiance.
On a dû relever de nombreux défis techniques et artistiques et je pense qu’on s’en est bien sorti.
Notre but n’était pas seulement de faire de beaux plans, mais d’accompagner pleinement Alexandre dans son projet ambitieux.
C’est notre premier long métrage avec autant d’effets et autant d’enjeux.

Pierre : Oui le mot aventure correspond à ce que nous avons vécu Philippe et moi. Dans tous les sens du terme. Je tiens à saluer Denis Seiglan et son assistante Tania Rotbart, les responsables de toute la décoration sur ce film qui ont accompli un travail incroyable sur lequel nous avons pu nous appuyer. 

3DVF : Il est évidemment trop tôt pour parler des deux suites prévues du film, et donc de votre implication sur celles-ci. En revanche, quels sont vos projets en cours ?

Philippe : Nous réalisons des films dans de nombreux formats : des films pour de grandes marques de luxe, du motion et corporate (habillage des JO pour Eurosport en début d’année) avec Division, nous venons de finir avec Ekla Production un documentaire Bêtes de Guerre qui sera diffusé en début d’année, et nous allons enchaîner avec un film relief sur les bombardements de 1944 pour un musée en Angleterre produit par N3D.

Plein de belles choses en perspective, et nous gardons l’envie de poursuivre sur Kaamelott 2 et 3 aussi 🙂
Et merci 3DVF pour cette interview.

Pierre : Je viens de finir un clip pour la chanteuse Keren Ann et en parallèle je travaille pour différents studios étrangers sur des concepts-art de paysages.

Bande démo générale du studio Fullscreen, avec d’autres projets gérés par ses équipes.

Pour en savoir plus

  • Kaamelott : Premier Volet est dès à présent disponible en DVD et Blu-Ray.
  • Les sites de Fullscreen et de Pierre Magnol.

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2 commentaires

phicata 30 novembre 2021 at 14 h 32 min
Très bien les mentions NDLR, il faudrait systématisé cela, ou mieux avoir un index, qu’alimenteraient éventuellement les lecteurs 3dvf, car même en étant dans le "métier" il y à des fois ou certains termes ou concepts m’échappent complétement (et je ne pense pas être le seul). Ça accentuerait le coté pédagogique de 3dvf. Et bien les volets avant/après interactifs.
Shadows 30 novembre 2021 at 14 h 48 min
Merci ! Pour les volets, on a voulu changer un peu, c’est sans doute plus parlant que d’avoir les images l’une sous l’autre comme on le fait généralement.

Concernant les NDLR l’idée était surtout de permettre aux fans de comprendre de quoi on parle (vu les stats de lecture, manifestement l’article se répand au-delà de la sphère de l’imagerie numérique), mais en effet ça peut aussi servir dans le métier. Pour l’interview Nexus VI/Blender, j’avais utilisé une autre approche plutôt pensée pour les artistes 3D ne maîtrisant pas Blender, avec des liens sur certains termes/noms d’outils qui renvoyaient à l’aide officielle. Il y a peut-être un mix à trouver.

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