Sous la Glace

Interview 3DVF : « Sous la glace », un court-métrage poétique et hivernal

3DVF : Revenons sur certains plans marquants du projet. Le film comporte notamment une vue de dessous du héron, à travers la glace : sous les pattes de l’oiseau dont la silhouette est visible de manière quasi fantomatique, la glace craque et se fissure. Que pouvez-vous nous dire sur ce plan ?

L’équipe Sous la Glace : Pour ces plans, une fois la mise en place de la texture de glace faite par Quentin, la majorité du travail était déjà fait. La plus grosse difficulté a été de réussir à sortir un ID de l’alpha du héron déformé à travers la glace pour le compositing, ce qui nous aété rendu possible grâce à nos discussion avec Philippe Llerena, un de nos intervenants Guerilla Render à l’école. Concernant les fissures sur la glace, il s’agit de simple planes dont nous avons animé la visibilité en fonction de l’animation du héron !

3DVF : Un plan récurrent permet de signifier le temps qui passe, avec trois arbres et un ponton, un paysage qui finit peu à peu par se recouvrir de neige. A-t-il été difficile de créer les différentes ambiances ?

C’était en effet un des enjeux importants dans le sens ou on savait que les paysages jouaient un rôle crucial dans notre récit : l’hiver devait être un personnage évoluant. Pour maîtriser cet aspect, comme dit plus tôt, le colorscript a été une étape clé. Nous voulions des atmosphères complexes et des compositions minimalistes, et c’était l’occasion d’essayer de faire un hiver coloré. Cette idée nous est venue après le visionnage du film Dersou Ouzala de Kurosawa en début de production, et les peintures de paysagistes comme Alexander Jacob ont été une influence importante.
Ensuite on a pu appuyer certains aspect par un long travail de son et de compositing.

3DVF : Le plan final est saisissant… Il comporte de la réfraction mais reste très lisible. Comment avez-vous abordé cette scène ?

Concernant ce plan, au vu de sa longueur -plus de 800 frames, il s’agissait de notre shot le plus long- et de nos ambitions, nous avons dû ruser pour pouvoir le rendre à temps. Avec notre renderfarm et le temps qui nous était imparti, il était impossible de rendre directement à travers un shader de glace, dont la réfraction et les déformations auraient allongé les rendus à des durées astronomiques.

Nous avons donc rendu une seule frame de BG, sans déformation aucune, en double résolution, puis recomposé le mouvement de caméra directement dans Nuke, à l’aide d’un export alembic de notre caméra.

Pour simuler l’effet de déformation de la glace, nous avons simplement posé des planes dans la scène, sur lesquels on a utilisé en opacité les textures de fissure de glace que Quentin avait utilisées pour réaliser son shader de glace. Ensuite, au compositing, il était possible d’isoler ces fissures et de s’en servir sur des noeuds de distort, qui nous ont permis de simuler un effet de réfraction.

Cette approche où le look final de l’image ne se révélait qu’au compositing nous a permis d’économiser énormément de temps de rendu.

Layout Maya
Beauty sans compositing
Après compositing

3DVF : Quel bilan tirez-vous de ce projet, quel a été le plus gros défi ?

Nous avons appris énormément de chose durant cette année de production. Le travail en équipe : comment se répartir les tâches ? On apprend par exemple que faire la conception du film à 6 c’est mission impossible… Personne n’est d’accord ! On était très inquiets de voir que le film ne marchait pas a son premier stade (avec les différents animaux), c’était une décision assez pénible que de dire qu’on allait tout recommencer depuis le début, alors qu’on était à un moment avancé sur notre temps de production total. Mais il faut parfois prendre des risques et savoir se montrer radical… Il a aussi fallu beaucoup de recherches pour trouver la patte artistique du film, qui se veut en 3D avec une inspiration 2D, avec un style très simple, très épuré.

Réaliser un film poétique était tout simplement une découverte aussi, et c’était l’occasion de composer avec d’autres possibilités et d’apprendre à concentrer nos efforts sur des aspects très précis (ce qui est selon nous nécessaire pour ce type de format).

La musique aussi était un enjeu important mais notre compositeur a su trouver l’équilibre que nous souhaitions pour ce film. Il était important pour nous que ce film soit, à l’image de la nature, l’expression d’une force légère et pure, mais aussi effrayante et destructrice.

Artbook du court-métrage

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1 commentaire

phicata 4 octobre 2021 at 18 h 15 min
Remarquable! Les cadrages sont ma-gni-fiques.
ça change tellement de toutes les cameras épileptiques qu’on trouve en 3d. Du beau cinéma! (et le choix du format cinémascope tellement judicieux!)

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