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Interview 3DVF : Neoset, spécialiste de la production virtuelle sur écrans LED

Alors que la seconde saison de la série The Mandalorian approche, les techniques de production virtuelle faisant appel aux écrans LED semblent décidément promises à un bel avenir. De multiples structures se mettent en place pour proposer ce service, tandis que les outils se perfectionnent.

Après vous avoir présenté BigSun et Plateau Virtuel, nous vous proposons de découvrir Neoset, autre offre française qui s’est lancée sur ce marché. Vous trouverez dans l’article de nombreuses informations techniques sur la mise en place d’un tel système, mais aussi un aperçu de ce qu’il est possible d’accomplir.
Voici d’ailleurs sans plus tarder la démo de Neoset, suivie de l’interview, parsemée d’images et vidéos des coulisses.

3DVF : Bonjour Neoset ! Vous proposez un studio de production virtuelle en région parisienne. Pourquoi vous êtes-vous lancés sur ce marché, et pouvez-vous nous présenter l’équipe ?

Neoset : Bonjour ! A l’origine, nous nous sommes lancés dans ce projet car nous sommes producteurs de films visuellement ambitieux. Avec notre société Parallell Cinéma, nous avons un solide projet de film historique, dans un moyen-âge épique et  halluciné… ce qui est presque impossible à financer à un niveau suffisant en France. En découvrant au PIDS [NDLR : le Paris Images Digital Summit, qui se tient chaque année en janvier près de Paris] la techno de The Mandalorian, en janvier dernier, nous nous sommes dit: voilà la solution concrète pour tourner de l’historique vraiment ambitieux! En me renseignant à droite à gauche dans les grandes maisons d’effets spéciaux, je me suis aperçu que personne ne savait faire, que cette tech était vraiment très, très à la pointe. Et j’ai fait le rapprochement avec la technologie temps réel de « chambre de réalité virtuelle sans casque » que je venais de développer depuis un an et demi pour le Commissariat à l’Énergie Atomique : en réalité, il s’agissait de la même tech  – sauf qu’au lieu d’être en 3D, en trackant les deux yeux… d’un seul spectateur à la fois, ici on est en en 2D, avec simplement un tracker sur une caméra… et des millions de spectateurs qui peuvent voir le résultat ! Au fond on avait la tech, mais on n’avait pas eu cette idée toute simple et complètement géniale : tracker une caméra plutôt que deux yeux. Ils sont forts, ces américains ! : )
Ensuite le confinement est arrivé, et pendant que Jérémie montait la société et faisait une solide étude de marché, je me suis occupé de la R&D et de l’aspect, disons, le plus geek de tout ça.

Jérémie Tondowski et Alexandre Saudinos

Nous sommes deux fondateurs, plus une dizaine de personnes qui sont impliquées dans le développement de la société à divers degrés.
Jérémie Tondowski a eu une très belle carrière comme chef machiniste pendant une quinzaine d’années, ce qui lui donne une grande expertise des plateaux de tournage ; puis il s’est tourné vers la production depuis cinq ans, en particulier au sein des sociétés Parallell Cinéma et Breakfast Productions. Et moi-même, Alexandre Saudinos, après des études de philosophie et de sciences politiques j’ai réalisé des documentaires et une trentaine de pubs avant de créer Parallell Cinéma en 2009, une société spécialisée dans les techniques avancées de prises de vues – en particulier en 3D-relief, très à la pointe à l’époque. Après avoir eu quelques succès dans la 3D, nous avons co-produit trois beaux longs-métrages avec les USA, avant de fonder Neoset avec Jérémie en début d’année.

3DVF : Vous évoquez le PIDS : le concept The Flying Rock que vous aviez présenté l’an passé nous semblait prometteur ! Avant de continuer sur la production virtuelle, avez-vous des nouvelles sur ce projet ?

Depuis la présentation de The Flying Rock au PIDS à laquelle 3DVF avait assisté, on s’est vraiment totalement consacrés à la maîtrise de la tech de The Mandalorian: Neoset nous prend 100% de notre temps – c’est passionnant mais du coup les projets de notre société de production Parallell Cinéma tournent forcément un peu au ralenti, c’est évident… Nous avions rencontré au PIDS plusieurs distributeurs qui ont montré de l’intérêt pour The Flying Rock ; avec une demande assez claire pour un retour au format court (des épisodes de 6 à 10min). C’était le format original du projet avant qu’il ne soit adapté en scénario de long-métrage ! C’est un projet qui bénéficie fortement du développement des plateformes de contenu type Netflix/Amazon, car son format original, qui était en dehors des standards de la télé (dix épisodes de dix minutes) est devenu totalement faisable sur les plate-formes. Affaire à suivre, mais pour l’instant nous sommes totalement impliqués dans Neoset. Mais de manière amusante, c’est ce soir-là, au PIDS, que nous avions entendu parler de cette tech pour la première fois, par l’équipe de The Third Floor !

3DVF : Concrètement, quelles sont les caractéristiques de votre système (espace, capacités d’affichage, lieu, etc) ?

Alors en fait, nous ce qui nous démarque c’est qu’on se présente plutôt comme un opérateur de studios virtuels, au pluriel.
L’idée est de vraiment adapter la solution au projet: nous travaillons par exemple dans le Studio C de Novelty à Longjumeau (qui vient d’être refait, encore plus grand : très bel outil, c’est toujours un plaisir d’utiliser cette structure !), mais aussi avec d’autres studios, plus ou moins grands, qui ont des caractéristiques différentes, plus adaptées à tel ou tel projet selon la demande : fiction, clip, pub…
A cause de certaines caractéristiques de la technologie LED, il nous semble vraiment nécessaire de proposer du sur-mesure ; d’ailleurs aucun grand studio LED dans le monde n’est vraiment fixe, tous sont « à géométrie variable ». Donc nous travaillons ou pouvons travailler avec tous les studios en place ; et nous pouvons aussi concevoir et construire une structure adaptée pour un projet précis.
Nous proposons à la fois la prestation technique pure, avec des outils qui nous sont propres et dont l’ergonomie a vraiment été pensé pour le tournage ; et une prestation de conseil et d’accompagnement des productions en profitant de nos vingt ans d’expérience des plateaux et/ou des nouvelles technos.

3DVF : Que recouvre votre offre ?  Avez-vous une fourchette à communiquer sur vos tarifs ?  Pouvez-vous si nécessaire gérer la création des décors virtuels ?

L’idée est d’utiliser notre expérience de la production et des plateaux de tournage pour rendre totalement fluide et ouvert l’accès à cette technologie, que ce soit pour un producteur, un directeur de production, un réalisateur ou un chef opérateur. Même s’il s’agit d’une technologie « premium », l’idée est de pouvoir s’adapter à environ 80% des projets, de la grande publicité de prestige au court-métrage subventionné (notre offre étant subventionnable par l’aide CVS du CNC), en passant par la fiction TV ou cinéma. C’est une des raisons pour laquelle être capables de s’adapter à différents studios, de différentes tailles, nous semble fondamental. Nous avons bien sûr la capacité de créer des décors virtuels en interne si nécessaire, mais notre offre peut aussi s’insérer dans un pipeline de production existant, quelque soit le prestataire VFX de la production et ses logiciels favoris (Maya, Blender, 3DS Max, etc). Enfin, nous avons l’habitude de travailler en partenariat avec MacGuff et sa division « temps réel » Small Studio – qui peut nous peut nous apporter son expérience et sa « patte » sur les projets les plus complexes.

3DVF : L’approche production virtuelle/murs de LEDs est en plein essor : 3DVF a d’ailleurs eu l’occasion d’interviewer BigSun, Plateau Virtuel qui ont lancé des offres sur le même segment. Quelle est votre vision du marché ? Y a-t-il de la place pour de multiples acteurs, faut-il déjà songer à se différencier face à ces concurrents ?
Quelle est votre stratégie commerciale, dans ce contexte ?

Il y a certainement la place pour plusieurs prestataires, qui ont tous des caractéristiques techniques et une « culture » différente. Certains, par exemple, sont très identifiés clip ou packshot, là où notre culture, notre réseau et notre parcours nous emmènent très clairement vers la fiction cinéma ou télé, ainsi que vers la publicité « de prestige ».
Nous avons eu une stratégie commerciale différente de nos concurrents dès l’origine : nous avons commencé très tôt, mais en communiquant peu ou pas du tout : nous avons privilégié, dans un premier temps, l’aspect recherche et développement, les levées de fonds et la recherche de partenaires. Avant de commencer à communiquer nous voulions créer une véritable start-up, avec des reins solides et un outil « production-ready »: solide, fiable, pratique… et même ludique ! Au fond, nous ne sommes entrés en « phase commerciale » que depuis début octobre. Nous avons d’abord reproduit tous les outils de The Mandalorian (appli Ipad de pilotage des décors ; multi-user ; gestion multi-caméra, etc.), puis nous avons confronté l’outil à des situations de tournage réelles et nous l’avons « poussé » dans ses retranchements pour en saisir les limites (moiré, temps de latence…) et pour pouvoir retourner au labo et adapter l’ergonomie des outils aux tournages réels. C’est là que nous avons développé des outils exclusifs – et extrêmement réactifs. 

3DVF : L’autre point majeur à prendre en compte pour les mois à venir, c’est évidemment la pandémie… Dans quelle mesure les consignes peuvent-elles être respectées sur un plateau virtuel ?

C’est l’un des intérêts évidents de cette technologie : fonctionner avec des équipes plus réduites, en studio, en respectant les protocoles sanitaires – et en même temps, donner l’illusion que le film a été tourné aux quatre coins du monde!

Page suivante : suite de l’interview avec choix techniques, R&D, développements à venir…

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