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Immersion dans l’univers de Fred Trétout, motion designer interactif

3DVF : Sur le plan technique, quels outils utilises-tu pour ce type de projet ?

Fred Trétout :Pour le film Aéro, on a utilisé Cinema 4D et le moteur de rendu Octane, nous avons rendu en format sphérique puis dans After Effect nous avons fait le compositing et la conversion en format Fisheye. Pour les résidences d’artistes et les soirées VJ, j’utilise une combinaison de TouchDesigner et Resolume.

3DVF : Tu sembles connaitre un panel assez large de logiciels 3D, quelle est ta manière de les appréhender ?

Je pense bien avoir essayé tous les logiciels de 3D. J’ai commencé avec Cinema 4D puis 3DS MAX, Zbrush et Maya à l’école. Quand je suis arrivée à Montréal j’ai découvert Softimage XSI, un logiciel développé dans cette ville. J’ai passé 3 ans à l’apprendre, le film Yakuru est le fruit de cet apprentissage pour la partie modeling, uv, rigging, et animation. Ensuite Autodesk à détruit le mon logiciel préféré (j’en pleure encore), je me suis juré de ne plus toucher à leur softs. J’ai continué Yakuru en impression 3D et stop motion, pour finir par me lancé dans Houdini. J’ai exporté un walk cycle et créé de multiples combinaisons, c’était un super apprentissage que je recommande à toute personne qui veut apprendre Houdini.

3DVF : Tu n’hésites pas à développer tes propres outils, avec notamment PICMA et INSIDE DOME, qui viennent étoffer les fonctions de TouchDesigner. Pour les personnes ne connaissant pas TouchDesigner, quelles sont ses possibilités et son positionnement ? Que permettent tes composants additionnels, et sont-ils disponibles publiquement ?

TouchDesigner a été un changement dans ma vie, c’est l’outil qui m’a lancé en tant que designer interactif freelance il y a 7 ans. Pour ceux qui ne connaissent pas, c’est vrai que je trouve qu’il manque de visibilité en France. C’est un merveilleux mélange entre un moteur de jeux, un media serveur et un logiciel de 3D. En fait pour la petite histoire, Greg Hermanovic a fondé SideFx Houdini et a décidé il y a 20 ans de partir du code source de Houdini 4.1 pour en faire Derivative TouchDesigner. J’étais très content parce que à l’époque je pouvais utiliser ce que j’avais appris dans les 2 softwares. Oui, j’ai développé INSIDE DOME pour aider les gens à visualiser leur contenu dans la Satosphère, il n’y avait alors qu’un software payant sur Mac.

PICMA m’aidé a faire le mapping de l’installation ASILE, je pensais au début le faire sous Resolume, mais j’avais un problème de manque de subdivisions sur mes faces, je n’avais pas de licence Madmapper alors j’ai développé PICMA.
Oui ! tout est disponible publiquement et gratuitement, c’est une façon de redonner à la communauté TouchDesigner et plus, j’ai appris tellement en regardant les patches des autres que c’est une façon de contribuer à mon tour.

3DVF : Enfin, évoquons Obji : un concept mêlant VR, capteur de profondeur et identité des personnes testant l’installation. Peux-tu nous présenter l’expérience ? Quels sentiments voulais-tu générer ?

A la base je voulais interviewer des gens et leur demander de me parler d’objets imaginaires, c’est le documentaire Clouds qui m’avait inspiré. Je savais déjà que je voulais mélanger deux devices que j’avais chez moi, la Kinect2 et un Vive pour la VR. Lorsque j’ai fini de programmer le shader et un système de playback, j’ai tellement été impressionné par la présence à la bonne échelle de mon double que j’ai réorienté le projet. J’ai voulu mettre les interactions humaines au centre de l’expérience, OBJI est découpé en 5 chapitres. Au début la personne est face à elle même, sans instructions, c’est un moment assez intime grâce au casque VR, certaines personnes se font des câlins, d’autres se provoquent ou sont au contraire timides. Ce moment je l’enregistre à leur insu pour le diffuser au chapitre 2 de la personne suivante. C’est là tout le coeur de l’expérience : On s’inflige ce qu’une autre personne se ferait à elle même. La suite des chapitres est orientée sur la visualisation du nuage de point, on peut se voir absorber par son nombril, il y des effets de feedback de mouvement et pour finir une accumulation de capture de silhouettes, ce qui permet une liberté de création humanoïde. Il est possible de filmer plusieurs personnes à la fois. J’aime l’idée d’inviter une personne du public, surtout si l’utilisateur la connaît, à venir devant la Kinect, l’utilisateur peut alors la voir en nuage de points et la toucher, C’est un peu la première application VR avec un vrai retour tactile hahaha.
L’installation a été diffusé pendant une semaine à l’exposition Chromatic j’ai enregistré 150 personnes et j’en ai fait un clip que voici :

3DVF : En pratique, quelles ont été les réactions ? Y a-t-il eu des échos auxquels tu ne t’attendais pas ?

Les réactions ont été super bonnes, le weekend de lancement a été très festif, ce qui a beaucoup aidé pour les enregistrements. Certaines personnes s’attendaient à avoir en face d’eux un jeux vidéo avec des instructions et un objectif clair, elles ont été un peu déçues. Mon coup de coeur va à un couple assez âgé qui pratiquait la danse contemporaine, une magnifique symbiose capturée.

FACETS, application inspirée du logiciel Alchemy et dont le but est de « trouver une nouvelle méthode de création par le dessin »

3DVF : Outre tes activités dans l’industrie, tu est enseignant et formateur : quelques mots à ce sujet ?

Oui. L’enseignement est venu à moi grâce à des opportunités que j’ai acceptées. Ma première expérience a été l’enseignement de l’art interactif avec TouchDesigner à L3Di par visioconférence, puis à l’université de Montréal (UQAM) où j’enseigne la création 3D sur Blender, et je donne aussi des formations à la Société des Arts et Technologie. C’est enrichissant d’enseigner, d’essayer de transmettre une passion, il faut aussi consolider ses connaissances, des fois on arrive à utiliser des outils sans vraiment comprendre les fondements, ça a été mon cas pour les shaders PBR. J’aime aussi revoir mes anciens l’élèves dans les studios, de suivre leurs évolutions.

3DVF : La crise du COVID-19 touche encore fortement le Canada et ta région, Montréal… Quelle est ta vision du marché actuel ?

Avant la crise du COVID-19 je faisais des visuels pour un groupe de K-Pop, donc tous les événements ont été annulés ou reportés. Je suis depuis à la maison, je m’occupe activement de mes 2 adorables enfants de 2 et 5 ans, mon plus grand s’est découvert une passion pour les maquettes et l’animation en stop motion. J’ai tout de même réussi à donner quelques heures de formations, le gouvernement a donné des subventions aux entreprises pour former leurs employés à de nouvelles compétences. De mon coté, je me mets à Unreal, on ne fait que me proposer des projets avec.

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