Interview : Eric Tranchefeux – Illustrateur numérique et traditionnel


3DVF – Ton souci du détail est particulièrement fascinant dans nombreuse de tes œuvres. Quelle est ton approche et ta volonté ?

 

Eric Tranchefeux : Pour le réalisme ou l’hyper, il s’agit de ma formation initiale et j’ai tout fait pour me perfectionner dans cette spécialité qui a toujours bien marché. Il n’y avait pas Photoshop ou Vray à l’époque, et la plupart des images spectaculaires étaient faites par des illustrateurs hyper. J’ai aussi toujours été fasciné par la possibilité d’imiter la réalité avec de la peinture. A mes débuts, je dévorais les artbooks des maitres de l’aéro des années 90 japonais, comme Masao Saito, Sorayama ou encore l’américain Chuck Close. J’ai été aussi fort impressionné par des peintres tels que Jacques Poirier, que j’ai eu la chance de rencontrer plusieurs fois dans son atelier et d’y récolter de précieux conseils. Il faisait des trompe-l’œil dotés d’un très grand réalisme,  fourmillant de détails, et d’une précision à tomber à la renverse.

 

Tout cela m’a conditionné à ce style qui fait maintenant partie de mon quotidien artistique, et qui répond à des commandes de clients qui veulent ce type d’images. Pour répondre à ta question et du point de vue artistique, la seule volonté qui m’anime actuellement quand je choisis ce traitement, c’est d’aller jusqu’au bout de la démarche de soumission du style hyperréaliste, c’est-à-dire d’effacer toutes traces de sentiment et de fabrication humaine, pour laisser apparaitre la froideur de la réalité brute du sujet et tenter de la sublimer. D’arriver aussi à surmonter les difficultés techniques, de patience et aussi d’engagement mental pour y parvenir.

 

 

L’hyperréalisme d’une manière générale étonne le spectateur avec son mimétisme avec la photo et c’est ce qui en fait son succès, mais souvent de manière trop primaire à mon gout. Il ne faut pas s’arrêter.

 

Je pense à cette simple considération technique, mais voir surtout comment chaque artiste hyper s’approprie la réalité et la retranscrit donnant pas ce biais une nouvelle réalité propre à eux même sur les sujets qu’ils abordent.

 

C’est ce qui m’intéresse encore aujourd’hui avec ce style.

 

 






The-Equaldivision (traditionnel peinture à l’huile)

3DVF – Il y a quelques années, tu t’étais « amusé » à imiter des peintres célèbres (notamment la Joconde de Vinci) à l’aide de Photoshop. Défis personnels ou tour de force visant à démontrer que les outils ne sont rien sans talent et labeur ?

 

 

Eric Tranchefeux : C’est un peu de tout ça. Et puis, essayer de reproduire des œuvres que l’on aime, c’est quelques parts une manière de rentrer dans le tableau et tenter de percer ses mystères ; on apprend énormément.

 

Il y à aussi la recherche de donner cette patine de vieux tableau que j’aime particulièrement, et chercher à la reproduire en numérique notamment sur les quelques Rembrandt que j’ai copié.

 

Pour la Mona Lisa, j’avais décidé de la faire à l’envers pour être un peu plus original ;  elle a été copiée tellement de fois…

 

 

La reproduire à l’envers n’est pas forcément un handicap, car on se concentre davantage sur le dessin et les formes, puisque l’on fait plus abstraction du sujet. N’oublions pas aussi que les apprentis peintres du passé faisaient beaucoup de copies.

Ils commençaient par 5 années de dessin où ils recopiaient des plâtres, puis des œuvres d’autres artistes avant de commencer leurs propres créations sous la direction de leurs maitres.

 

Si j’avais plus de temps, j’aimerais pouvoir rejoindre des copistes du Louvre pour faire quelques copies, mais à l’huile cette fois.




 


Mona-Lisa  (numérique)

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