Interview : Eric Tranchefeux – Illustrateur numérique et traditionnel


3DVF – Pour en venir à ton univers graphique, tu sembles avoir un fort penchant pour le fantastique, avec un souci du réalisme particulièrement poussé. Peux-tu nous parler de ta démarche quand tu commences une œuvre ?

 

Eric Tranchefeux : Oui le fantastique, le surréaliste et l’onirique sont des thèmes que j’affectionne tout particulièrement, car il n’y a aucune limite à l’imaginaire. Pour commencer, je pars généralement d’un thème qui me vient à l’esprit, un peu par hasard ou par le biais de supports culturels, ensuite je concrétise mes idées par un petit croquis qui sera plus tard étoffé, tout en cogitant sur les différents axes et possibilités de compositions. Pour la réalisation, je peins de deux manières différentes : soit à la manière dite “lisse”, pour tout ce qui s’approche de l’hyper, ou alors si je souhaite donner plus de sentiment, je marque davantage les coups de pinceau. Parfois, les deux traités se rejoignent aussi. Mais ce que j’affectionne beaucoup, c’est de créer ce sentiment de vécu et de traces du temps qui donne une impression de vieille peinture.

 

 


The Painter and his model (Numérique)

3DVF – Pour aller plus loin là-dessus, peux-tu nous parler de tes sources d’inspirations ?

 

Eric Tranchefeux : Cela peut venir d’une simple phrase dans un bouquin, ou tout simplement d’un brief client quand il s’agit d’une commande. J’aime aussi beaucoup détourner les images, en cherchant à en voir d’autres à l’intérieur. Il m’est arrivé plusieurs fois de peindre un sujet et de m’amuser à le flipper, le déformer, ajouter du chaos pour aboutir complètement à autre chose. Le numérique est un outil de prédilection pour ce genre d’expérience. J’aime cette part d’aventure dans une image qui se construit au hasard des formes. Parfois, il suffit aussi de percevoir autre chose que le sujet initial ; Léonard disait à ses élèves “regardez de la pierre et vous y verrez une bataille”.  


Pour mes sources d’inspirations, elles sont multiples et viennent de ma culture graphique. Je suis avant tout un grand amateur de peinture classique. Je ne me lasserais jamais de parcourir les salles du Louvre qui sont pour moi l’un des piliers de mon inspiration et de ma formation. Je vénère des peintres comme Jean Van Eyck, Bosh, Léonard, Gérard Dou, Rubens, Rembrandt, ou un peu plus loin, Gérôme, Meissonier, Alma Tadema, ainsi que des contemporains comme Dali, Frazetta, Giger ;  la liste serait trop longue, mais j’affectionne aussi d’autres disciplines comme l’architecture, la sculpture, la photo, la musique et ainsi que tout ce qui touche à l’étrange et qui procure de l’émotion est susceptible de m’inspirer. Tout cela me donne une irrésistible envie de créer et de m’exprimer !

 


TFood of the man (traditionnel peinture à l’huile)

 

3DVF – Peux-tu nous parler de tes outils quotidiens et des techniques que tu aimes utiliser ?

 

Eric Tranchefeux : Mes outils professionnels au quotidien sont bien sûr le numérique pour sa souplesse de travail, et qui correspond au marché actuel de l’imagerie commerciale, de l’édition et du jeu vidéo, etc. J’utilise principalement Photoshop, mais j’ai aussi Illustrator, Painter,ArtRage ou Alchemy pour la 2d. J’utilise aussi de plus en plus ZBrush. Je me suis aussi formé à la photo il y a quelques années, et je m’en sers beaucoup, ce qui me permet de vendre des prestations en tant que photographe ou retoucheur. Je dispose d’un studio équipé qui me permet de shooter des modèles ou des natures mortes pour le packaging alimentaire ou d’autres demandes de ce type.

 

Pour mes peintures personnelles, je travaille en deux temps. En premier lieu, je peins en numériques quand il s’agit de créations issues de mon imaginaire ; c’est en quelque sorte mes maquettes de recherche. Puis si l’image me plait, je la refais à la peinture à l’huile. J’utilise aussi des modèles que je photographie pour mes tableaux de nues ou d’autres sujets. La peinture à l’huile demeure le médium et la technique que je préfère parmi toute. Le touché, la matière et la création surtout d’œuvres originales uniques me parait aussi indispensable quand on aspire à être “Peintre”. J’adore le numérique pour ce qu’il m’apporte pour la création ou pour vendre des visuels pour les clients grâce à sa souplesse de travail, mais si je résonne en tant qu’artiste-peintre, cela reste du virtuel et rien ne pourra égaler une vrai peinture, quelques soit les techniques d’impressions actuelles ou à venir.

 

 


Lion (numérique)

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