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Jean-Yves Arboit

Temps de lecture : 8 minutes


3DVF – Jean-Yves, peux-tu te présenter aux lecteurs de 3DVF qui ne te connaissent pas (s’il y en a), notamment nous parler de ton parcours et de ta découverte avec l’image numérique ?

OUPSSSS, il y a de quoi en faire un livre.

Commençons du début, je suis parti d’Afrique à l’âge de 8 ans et demi, et lorsque j’arrive en Belgique j’avais encore quelques soucis d’orthographe. Mais comme je passe mon temps à dessiner, je me suis focalisé sur d’autres médias.
Mon parcours chaotique ne s’arrête pas là. Ça se termine quand même par un diplôme d’enseignant en Arts plastiques. En parallèle, je l’enrichis d’autres diplômes issus de cours complémentaires (cours du soir) afin d’essayer de rattraper mon retard…

 

Ce qui fait qu’actuellement, je collectionne un titre d’enseignant, agrémenté de 5 ans de Métiers d’Art (dessin, peinture, modelage, céramique…), 2 ans de pédagogie spécifique à l’audiovisuel, ainsi qu’un graduat en infographie (bac +3), un passage spécialisant à Supinfocom (à l’époque ils proposaient ce type de formation), et d’autres spécialisations diverses…
Et tout cela en grande partie le soir…

Si je me suis penché sur l’infographie, c’est dû au fait que je travaillais comme illustrateur indépendant, en plus d’être enseignant, dans des tas de domaines autres que le dessin tels que la philosophie, peinture en bâtiment, décoration d’étalage, et j’en passe (il fallait bien manger… 🙂 ).

 

Mais, mon orthographe étant pire qu’actuellement…(il est impossible à imaginer maintenant), je me suis intéressé à l’outil informatique pour le traitement typographique, en effet, à l’époque je dessinais le texte, ou j’utilisais des transferts (souvenir….).


Jean-Yves Arboit

J’ai essayé d’aller plus loin avec un PC 286, en utilisant des logiciels 3D, basé sur des tas de ligne de commandes type POV (Persitence Of Vision), puis Artwork, etc. Jusqu’à la sortie de la version 1 de 3ds (Autodesk) sous Dos.

J’ai pris conscience, de plus en plus, de l’impact de la 3D, et surtout de l’inaccessibilité de cette technologie à l’époque (qui était cultivé par des utilisateurs perchés en haut de leur tour d’ivoire siliconesque, ainsi que  par des événements beaucoup trop onéreux). 

J’ai donc décidé, seul, de créer un évènement immersif dans la 3d et le RELIEF (en 1994), qui serait accessible…

 

La seconde édition fut parrainée par Autodesk et c’est à ce moment que je fis la rencontre de tas de gens, passionnés et passionnants (Nwave, Aartman, Ex-machina, Ilm, Pixar, WaltDisney, etc.)
Je garde d’ailleurs toujours contact avec certains, devenus connus & reconnus.

Cette aventure a duré 10 ans, qui au fort de sa réputation a réussi à canaliser plus de 8.000 spectateurs. C’est ce dernier, qui donna le nom à ma société actuelle « SYNTHESIS » dont dépend le groupe www.CGItrainer.com.

 

Elle s’est arrêtée avec l’arrivée en masse du web, et des extras sur les dvd, car à mon sens (si on s’organise bien), internet est un véritable festival en soi !

Pendant ce temps, dans une société dont j’étais actionnaire, « Orange Bleue » (société qui dormait, sans autre activité que d’avoir de simple statut, avant que j’arrive), j’ai commencé mes armes dans la production d’imagerie numérique, ce qui nous a valu un prix… l’entreprise la plus innovante !

Mais le relationnel client me déplait fortement, c’est ainsi que j’ai tout revendu pour me consacrer à la formation, et au fait de la rendre accessible à tous.

 

Depuis ce moment, tout ce que je sais, je l’enseigne.
Je ne garde rien pour moi… ça me ferait une épitaphe bien stupide… non ?
Et encore tout ceci n’est qu’un résumé de mon parcours.

 

3DVF – Nous te savons très impliqué chez Supinfocom d’une part, et d’un autre côté on sait que tu investis beaucoup d’énergie pour dynamiser la scène 3d en Belgique. Peux-tu nous en dire un peu plus sur ton historique professionnel là-dessus ?

Supinfocom, je les ai découverts lors d’un perfectionnement, cela fait déjà plus de 20 ans. Et je pense qu’ils m’ont découvert aussi… 🙂

 

L’année suivant ma formation au sein de leurs locaux, ils m’ont proposé d’enseigner l’animation 2D – l’école Supinfocom avait alors UN an d’existence – puis un peu de 3D (3ds).Dès lors, je me suis retrouvé à donner durant plusieurs années des cours sur la 3D et l’animation 2D, cette extraordinaire aventure, m’a complètement professionnalisé.

 

L’arrivée de Maya 1 m’avait quelque peu interpelé… J’ai donc décidé de me perfectionner en partant directement dans le centre de développement MAYA, à Santa Barbara (époque de « Bingo the Clown »).

 

J’ai ensuite donné cours, durant 3 ans, sur Maya et 3dsMAX, en parallèle. Mais il m’était complètement impossible d’assurer une pédagogie digne de ce nom, sur deux logiciels devenant de plus en plus monstrueux… Mon choix a été rapide, j’ai laissé tomber Maya, car très peu utilisé sur le territoire du Benelux (surtout à l’époque).

 

Je ne regrette pas ce choix, car 3ds MAX est beaucoup plus polyvalent. Dans tous mes centres actuels (en Europe et Afrique), il m’arrive souvent d’orienter ma pédagogie vers l’architecture, le jeu, etc.

 

Maintenant, à Supinfocom, je donne des cours de compositing (NUKE), de Mudbox, et toujours de 3ds MAX.


Bingo the clown, 1998

Concernant la Belgique, dès le début des années 1990, j’ai travaillé avec des acteurs de l’éducation nationale, afin de créer le premier programme pédagogique, relatif à l’imagerie numérique. C’est ainsi que LE PREMIER GRADUAT EN INFOGRAPHIE (de toute la province du Hainaut) voit le jour.

 

Je crée alors la première école de Belgique, en infographie, délivrant ce type de tire, à l’époque j’étais aussi le seul prof.
Mes préparations de cours étant déjà distribués… les prémisses de mes pdf.

 

Pour rester toujours à jour et offrir une formation à l’image de ce qui se fait de mieux, je me suis immergé dans les studios ILM (Georges Lucas), Pixar… Où j’ai rencontré des tas de passionnés passionnants, qui travaillent maintenant chez Weta, Sony, Dreamworks… et dont je garde les contacts et les échanges de savoir.

3DVF – Pour avoir suivi de très près l’évolution des techniques de production, quel est ton sentiment face aux récentes évolutions des outils et notamment la montée en puissance et en qualité des moteurs de rendu ?

Ben franchement, est-ce que les utilisateurs se rendent compte qu’il fallait une journée de calcul, pour avoir une image en 320/200 avec un raytracer (sous dos), et que beaucoup de gens regardent encore des images en 720/576.

 

La technologie m’amuse beaucoup, j’adore jouer avec elle sans être pris au piège, car c’est comme un train qui passe : soit, vous êtes dans le wagon, soit vous le regardez passer… mais, dans tous les cas il avance.

Les rendus et la qualité d’image sont de plus en plus bluffants, ce qui pousse encore plus l’utilisateur vers une immersion qui en plus peut être enrichie avec le relief.

 

Mais je déplore la perte de vue de certains (complètement aveuglés par cette course), concernant la recherche graphique et scénaristique.

 

Ça me fait penser aux débuts du synthétiseur, allez courage un peu de mélodie !

3DVF – On sait aussi que tu es impliqué dans le développement de 3dsMax depuis ses débuts…

 

Ben, j’ai envoyé mes supports de cours, ainsi que les réalisations de mes étudiants (mes victimes), depuis le début de 3ds (version sous dos) à Autodesk US (l’équipe de développement/recherche).
Le retour de l’entreprise étant toujours d’actualité depuis tant d’années.


Je travaille par passion (et gratuitement) sur les versions alpha / bêta / … en donnant de temps en temps quelques idées. Mais cette richesse que j’ai face à l’interface, ou les nouveaux outils, est due à l’observation de mes étudiants. Et surtout la manière dont ils évoluent et me posent des questions.Je prends note de tout… et je transmets, sous forme de pdf à Autodesk.

 

Donc, il est légitime que je distribue par la suite mon savoir, car c’est grâce à eux aussi.

3DVF – Tu avais d’ailleurs eu l’occasion de nous inviter en compagnie de Luke Login il y a déjà quelques années ; et même de nous faire intervenir en cours à Hornu ; plusieurs projets de développement étaient alors en gestation ; qu’en est-il aujourd’hui ?

Oui je me souviens, j’avais financé personnellement la venue de divers invités, pour enrichir le savoir de mes étudiants.

Mais tout cela n’existe plus, Hornu n’est plus, ça à changé, toute cette approche personnalisée Arboit’s touch n’a eu aucune retombée constructive auprès de l’institution et des « collègues » (anciens étudiants en majorité, s’ils s’en souviennent encore).

Mais rien n’est perdu… Car l’aventure belge, spécifique Arboit’touch, continue! L’origine des premiers cours reconnus et connus déménage à Mons (proche de la frontière française).

De plus, ils s’enrichissent des diverses spécialisations qui seront incluses dans la nouvelle orientation pédagogique ; plus pragmatique et dirigée type atelier, et tout ça pour moins de 200 €.

 

Formation belgique à 200€.

Ce n’est pas fini, car je vais proposer d’autres activités spécifiques à l’imagerie :).

 

C’est une affaire à suivre donc…

3DVF – Pour en venir au CGI Trainer que tu as créé il y a déjà quelques années, peux-tu présenter le projet et nous en dire plus sur sa vocation?

Au départ, le nom était Autodeskcenter, puis Discreetcenter…
Mais comme Autodesk n’arrêtait pas de changer de nom, et surtout que je ne donne pas cours exclusivement sur les logiciels d’Autodesk, je l’ai rebaptisé CGItrainer.

Ce fut un boulot de fou pour faire reconnaitre ce nom (qui est devenu une sorte de label, maintenant…). J’ai dû modifier les images de ma galerie (que d’autres utilisent sans aucun droit, d’ailleurs, mais eux ils enlèvent aussi le nom des étudiants …), rééditer mes pdf, etc.

Mais, j’ai été surpris du résultat, plus de 1.200.000 visites… en quelques années.

Sa vocation est d’offrir un forum d’échange, des supports de cours, des news (au sens large, orientées image), s’orchestrant toujours autour de l’accessibilité à l’imagerie de synthèse.




Exemple de tutoriel vidéo (en l’occurrence pour Nuke) de CGITrainer

3DVF – Peut-on déjà faire un petit bilan après plus de 2 ans d’existence ?

MAGIQUE !
CGITrainer a réussi à proposer des cours accessibles à tous, avec des approches très variées :

 

– Gratuit via mes PDF et vidéos.
– En ligne, pour 100€ par mois.
– En Belgique, pour MOINS de 200€ par an.
– Au soleil, en Tunisie, Maroc (7mois), et en France à Perpignan cycle complet (2 ans et bientôt 3 ans).
– Sans oublier, nos stages d’initiation au sein de Progiss (Paris)

De plus, cela a créé des envies chez certains de mes anciens étudiants, en effet eux aussi reprennent le flambeau de l’envie d’enseigner, un enseignement restant lui aussi accessible à tous. Tout en restant différent de ce que je propose, ce qui est particulièrement constructif, d’avoir l’intelligence de vouloir être complémentaire. C’est rare de faire avancer les neurones en commun dans le milieu de la formation.

Mais voici un bel exemple à Tunis : //www.sp3dschool.com/
sp3Dscool, c’est spécialisé dans la formation autour de l’architecture et des spots publicitaires.

 

Alors si CGItrainer, arrive à faire tout ça, en DEUX ans…, WHAOUUUU !
….Et comme toujours, ce n’est pas fini. J’ai des tas de projets… mais que 24h/j.

 

 

Merci à vous Jean-Yves Arboit pour cette interview fort intéressante, et on te souhaite bon courage pour la suite.

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