Linus & Boom



3DVF – Parlons mise en scène, Quelles en sont les grandes lignes ?


Hervé Trouillet : Pour moi, plusieurs choses me préoccupaient :
D’abord, il faut savoir que la 3D, contrairement à Natalys qui avait pas mal d’expérience, n’est pas forcément mon terrain de prédilection.
Cela dit, très vite nous nous sommes rendus compte que ce que nous ne voulions pas, c’est la mise en avant de la technique au détriment de la narration. C’est une tendance avec les nouveaux outils, la performance et l’originalité qu’ils représentent ne doivent pourtant en aucun cas devancer ce que nous racontons.
 
Pour nous, la caméra, le cadre, racontent quelque chose, nous avions très vite une approche cinématographique sur la mise en scène.
Nous avons opté pour une mise en scène plutôt classique et narrative mais en lui injectant du dynamisme dans les cadrages, du rythme dans le timing et surtout en aménageant du contraste.
Ce que j’appelle le contraste, c’est la courbe qui permet de passer de deux états en quelques secondes. Pour être clair, si vous voulez avoir beaucoup de dynamisme, il faut aménager auparavant un temps de « plat » aux antipodes du dynamisme, c’est parce que cet écart existe que vous ressentirez beaucoup plus d’impact.
 
Natalys Raut-Sieuzac : Pour résumer ce que dit Hervé : la forme est au service du fond !… encore une fois !
J’ajouterai également qu’il était fondamental pour nous de travailler à la fluidité dans le découpage.
 


3DVF – Combien de temps a t-il fallu pour que la production démarre ?


Hervé Trouillet : Les débuts furent bien difficiles, car tous les acteurs devaient se mettre d’accord sur la série à tous les niveaux. C’est le principal problème lorsqu’on opte pour une collaboration.
Cependant, si vous prenez le temps de bien vous mettre d’accord le plus en amont possible alors le reste suivra beaucoup plus facilement.
Une fois ce délicat passage obligatoire de mise au clair passé, alors la production a très bien roulé. Mais Natalys pourra davantage vous éclairer, son travail colossal sur ce point a été plus qu’admirable (vous ne voyez pas mais là elle ne sait plus où se mettre).
 
Natalys Raut-Sieuzac : Grrrr !
Bon… C’est-à-dire que… euh !… Je retrouve quelques moyens.
Il était important de bien mettre en place la production pour ne pas se laisser dépasser par les événements. Cela passe par un travail préparatoire qui peut paraître ingrat, mais terriblement nécessaire. C’est beaucoup d’organisation avant tout ! Il n’y a pas de règles absolues. A ce niveau, chaque production, chaque projet, que ce soit une série ou un film, possède ses exigences de fabrication et d’organisation. C’est cela qu’il faut penser et mettre en place dans un premier temps. Ensuite, il faut passer son temps à s’adapter et anticiper. On ne tombe pas sur la bonne formule du premier coup ! Il y a quelque chose qui se rapproche du travail de l’alchimiste dans tout cela ! Il n’y a rien de pire qu’un projet qui vous échappe. Je considère que l’on ne peut s’exprimer artistiquement qu’à partir du moment où l’on maîtrise la fabrication. Ce n’est pas un prix à payer mais la part d’un TOUT !
 
 


3DVF – Combien de temps à durée la fabrication ?


Hervé Trouillet : La fabrication a duré environ 18 mois. Nous faisions 1 épisode par semaine.
 
Natalys Raut-Sieuzac : La pré-prod, l’animation et la post-production se sont bien enchaînées. C’est ainsi que nous avons pu garder un rythme soutenu. Chacun à assurer dans son domaine. Et là où nous sommes fiers, ce n’est pas d’avoir respecté le planning, mais c’est d’avoir préservé (même amélioré) la qualité tout au long de la fabrication !
 


3DVF – Quel a été votre rôle respectif sur le projet ?


Hervé Trouillet : Comme nous sommes un redoutable duo je vais laisser la parole à Natalys pour bien comprendre comment s’articulaient nos différences et nos atouts :
 
Natalys Raut-Sieuzac : Philippe Mounier m’a engagée pour être la tour de contrôle de la série, ce que j’ai essayé modestement de faire. A partir de là, je me suis immiscée dans l’écriture, la réalisation et le montage avec cette fameuse règle en tête : la puissance n’est rien sans maîtrise. On ne peut faire une bonne série qu’avec une bonne animation. Tout doit concourir à la qualité de la série. Hervé m’a fait confiance et m’a laissé m’investir et occuper le terrain (je suis une hydre). Je lui dois une fière chandelle. Il m’a permis d’exprimer mes idées et d’accéder à la mise en scène.


Hervé Trouillet : Pour ma part, je dirais amener de la nouveauté à la série. J’ai beaucoup travaillé sur le design et les rendus, nous voulions des personnages le plus expressifs possibles, car c’est l’aspect le plus problématique de la 3D, sa froideur.
Il fallait casser le maximum cet aspect, d’ailleurs la musique du générique interprétée par Renan Luce était tournée dans ce sens, nous voulions de « l’organique » et non de l’électronique qui allait accentuer ce coté froid, nous voulions de la musique symphonique pour appuyer la narration. C’est une série qui s’y prêtait de par sa qualité.
Enfin, la mise en scène dont je vous ai déjà parlé.
 
 
 


 
3DVF – Quelles sont les aspects techniques ou artistiques qui ont été le plus difficile sur cette série?


Hervé Trouillet : Personnellement, je pense que c’est le format de 12 minutes.
Je pense que par rapport au nombre de personnages ce fut extrêmement compliqué d’aménager suffisamment de temps aux personnages et de pouvoir installer les intrigues…
Je penchais plus pour du 26. Cependant, je pense aussi que pour les réalisateurs le temps est souvent une frustration.
Au final, cela nous a obligé à faire des choix. Aujourd’hui, je ne conteste plus vraiment cet aspect car il a apporté beaucoup de rythme.
 
Natalys Raut-Sieuzac : Il a fallu effectivement se faire au format. Ce qui nous a pris quelques épisodes autant au niveau de l’écriture, du découpage que du montage. Nous y sommes finalement arrivés plutôt avec succès je pense. Finalement, pour moi ce qui a été le plus compliqué c’était de gérer la masse de travail liée au planning et au nombre de choses que j’avais en charge. C’était la seule façon pour que nous gardions la maîtrise artistique. Il était hors de question de se laisser engloutir par la production. Après, faire une série c’est passer son temps à faire des compromis et à se demander si on a fait les bons choix.
 


3DVF – Comment se composait l’équipe ? (En france, en Corée. En anim, modé, éclairage, etc… )


Hervé & Natalys : Comme c’est souvent le cas, en France nous avions la charge de la pré-production et la post-production alors qu’en Corée ils s’occupaient de l’animation. Plus précisément nous avions 5 storyboarders en France, nous étions 3 Designers, environ une dizaines d’auteurs sans compter l’encadrement de production.
Pour la post-production, 2 Studios : Elude, pour le son et les mixes, et RGB, pour la confo des images. Ensuite, il y avait un Musicien : Cyril de Turckem. Une personne pour la rytmo… Pour la Corée : 40 animateurs, 12 personnes au render, 2 personnes au compositing.
 

3DVF – Quelle plateforme a été choisie pour mener à bien le projet?


Hervé Trouillet : Nous avons travaillé avec 3Ds Max.
SamG travaille avec ce soft aujourd’hui encore.
 


3DVF – Pourriez-vous nous détailler un peu votre pipeline de fabrication ?


Pour résumer cela donnerait la chose suivante :
 
– Modeling 3D
– Rigging + Set up
– Animation :
Chaque plan passe par une etape de StoryBoard, de layout, de Rough Anim et d’animation, puis subit une étape de validation de chacun des responsables en les comparant.
 
Une fois que tout est validé du côté Français et Coréen

– Rendering + Lighting
– Compositing

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