Ex-ET – Court-métrage ESMA 2008

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3DVF – On soupçonne de nombreuses références en voyant le film. Parlez-nous de ce concept de société hypra-formatée, cher à de nombreux auteurs et réalisateurs de Science-Fiction ?


Benoît Barjeton : Effectivement on peut faire référence à de nombreux films tels que «The Truman show» «Equilibrium», « Pleasant Ville» «Bienvenue à Gattaca», le roman «Le meilleur des mondes», «Brave New World» ou encore le générique de la série « Weeds». Dans la même lignée philosophique, notre film est basé sur le conditionnement du comportement et sur l’aspiration de l’être humain à la liberté et à la fantaisie.

 

Nous voulions montrer que l’homme peut causer des troubles de l’ordre public mais lui laisser sa liberté peut lui permettre d’exprimer toute sa richesse et créer ainsi un monde plus vivant, plus Rock’n roll !! Il fallait donc injecter un grain de sable qui, dans une machine si bien réglée, produit des effets très perturbants, jugés intolérables et dangereux. Nous avons donc créé ce monde «réglé comme une horloge», où les véhicules se croisent sans se toucher et où les personnages sont rangés dans des catégories de couleurs.

 

3DVF – Parlez-nous de l’univers de Ex-ET. Comment s’organise cette civilisation ? Et quels ont été les enjeux techniques pour donner vie à un tel univers ?


Benoît Barjeton : Cette civilisation s’organise dans une société très conformiste où tout est rangé, minutieusement aligné, synchronisé et où le mélange des couleurs est interdit. Autant de contraintes qui nous ont bien sûr amenés à réfléchir méticuleusement sur l’organisation d’un tel monde.

 

Nous avons donc imaginé de multiples actions que l’on pouvait synchroniser telles que les mouvements de balançoire, de Tai chi, et les carrefours de scooters pour rendre cette impression de régularité. Au jeu des métronomes qui en est la manifestation extrême, le jeu des lumières, dans la scène des médecins, accentue l’effet de pression morale. Pour ce qui est des couleurs, l’organisation s’est révélée assez complexe : elles ne devaient pas se mélanger dans l’organisation des éléments, des personnages et dans les cadrages. Ainsi tous les plans de la première partie du film se déroulent dans des perspectives fermées (point de fuite au centre de l’image) ce qui donne un petit côté oppressant et nous a permis de souligner cet alignement ainsi que cette organisation des couleurs.

 

 

 

3DVF – Justement, pouvez-vous nous expliquer le parti pris esthétique du film ?


Benoît Bargeton : Le scénario nous a amené à créer un monde conformiste, où tout est rangé, synchronisé et ou le mélange des couleurs est interdit. Ces différents aspects du scénario ont orienté notre design vers des formes cubiques et minimalistes avec des surfaces planes et lisses.


Les personnages de ce film se distinguent par leurs vêtements en trois catégories de couleur : jaune, vert et bleu. Nous avons utilisés des couleurs primaires, qui n’impliquent donc pas de mélange, excepté le vert qui remplace le rouge. Assimilant le rouge au sang humain, nous l’avons conservé pour souligner les émotions et la surprise des parents en leur donnant les joues rouges. Tous ces personnages évoluent dans un environnement aux tons rose et violet, des couleurs douces qui créent un contraste entre l’aspect bonbon et enfantin de ce monde, et son mode de fonctionnement très strict et conformiste. C’était aussi un moyen de marquer une différence avec la nature terrestre.

 

3DVF – Que pouvez-vous nous dire concernant votre travail sur l’animation des personnages ?


Benoît Barjeton : Après la phase storyboard, nous avons commencé par élaborer une animatique 3D qui a évolué toute l’année jusqu’à ce que chaque pose soit validée et que le rythme soit fixé.

 

C’est ensuite, à la grande joie de tous, que l’on a vraiment commencé à animer, en ayant parfois recours à la caméra qui nous a notamment permis de nous filmer en train de mimer les actions.

 

En ce qui concerne les différentes actions cycliques que l’on peut rencontrer tout au long du film (marche des personnages, mouvement des balançoires, exercice de Tai chi…), elles ont été animées dans des scènes à part et importées ensuite dans les plans, selon les nécessités.

 

 

 

 

 



 

3DVF – Pouvez-vous nous en dire plus concernant la mise en place du montage, la réalisation et le rythme du film ?


Benoît Bargeton : Le montage évolue lui aussi avec l’animatique. Plus les plans sont animés, plus le montage doit être affiné. La plupart du temps, cela consiste à raccourcir les plans.

On enlève une image par-ci, deux images par-là… En ce qui concerne la course-poursuite vers la fin du film, séquence où le rythme est le plus soutenu, il nous est souvent arrivé d’inverser l’ordre de certains plans pour avoir un montage plus dynamique.

C’était l’occasion d’ajouter notre clin d’œil aux « choux », aux « roses » et aux « bébés-cigognes », donnant une nouvelle version de la naissance des bébés ! J’ai donc été ravi de voir le visage de mon petit frère s’éclairer en réalisant comment les bébés se faisaient !…

 

 

3DVF – Concernant la fin/chute, quel message souhaitez-vous faire passer ?

Benoît Bargeton : Chaque être humain est un déviant extraterrestre qui a été expulsé de sa planète quand son comportement « fantaisiste » n’a pu être ni compris ni toléré dans un monde aussi rigide dont l’ordre est l’élément fondateur.

 

 

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