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Chris Delaporte – Réalisateur de KAENA

 

 

 

Il aura fallu sept années d’acharnement et de très dur labeur à Chris Delaporte et son équipe pour venir à bout du premier long métrage francophone entièrement réalisé en images de synthèse. Voilà une initiative et une prouesse que l’on ne peut que féliciter, surtout quand on connaît un peu l’état du marché de la création numérique. Gaïna est l’une des premières pierres posée dans film d’animation 3d européen et francophone, et l’avenir de la 3d au grand écran dépendra beaucoup de son succès auprès du grand public. A quelques jours de sa sortie dans les salles, voici une interview de Chris Delaporte, réalisateur et initiateur de cette fantastique aventure.

 

 

 

 

3DVF : Chris, peux-tu nous parler de ton parcours, et de ce qui t’a amené à te lancer dans un projet de l’ampleur colossale de Kaena ?

 

Chris Delaporte : Mon parcours artistique a commencé en 1985. J’ai commencé par réaliser des graffitis sur les murs parisiens et ses banlieues où j’ai grandi, puis en Allemagne et aux Antilles dont je suis originaire. Un peu frustré par les règles trop strictes de ce mouvement je réduis mes activités d’artiste urbain pour m’exprimer sur de plus traditionnelles toiles. Là, depuis plusieurs années, je peins dans un style dit  » visionnaire  » dont Dimaccio est le chef de file.


 

 

1987, c’est le choc ; je découvre Akira et je comprends que c’est exactement ce que je veux faire : un film d’animation, parce qu’en tant que peintre je pouvais m’y exprimer pleinement. Et, surtout, un film d’animation fantastique avec un discours mature débarrassé de l’éternel manichéisme disneyien. Seul problème : l’animation traditionnelle 2D me paraît totalement inaccessible et terriblement laborieuse. 1988, deuxième choc, la 3D se démocratise et les premiers opus d’Imagina dévoilent  » Starwatcher « , premier projet de long-métrage 3D du monde. Ce projet de Moebius est une adaptation d’Arzach, une BD du même auteur. Ce projet qui ne verra jamais le jour correspond exactement à ce que je rêve de faire et ce nouvel outil est l’arme idéale pour y parvenir.

Je commence donc la 3D chez moi sur un Amiga et sur REAL3D, un vieux logiciel qui n’existe plus aujourd’hui.
Très vite je dois faire face à la réalité : deux jours pour calculer la moindre image en haute résolution, des outils lourds et inadaptés à la création d’images complexes. Il est encore trop tôt pour fabriquer un film full 3D.

 

 

 


1993 je suis embauché chez Amazing Studio. Là-bas je travaille comme infographiste pendant deux ans sur un jeu vidéo : « Heart of Darkness « . Ce fut une expérience unique. Nous travaillons sur 3ds2 et nous élaborons des scènes cinématiques avec une ambition de qualité hallucinante pour l’époque. Nos efforts sont récompensés fin 95 quand nous présentons à l’E3 à Los Angeles 20 minutes de notre travail.

Après c’est surréaliste : Le boss de Disney de l’époque, accompagné du boss d’Universal, assistent à une projection de la démo du jeu. Le premier dit : « Il faut faire un film « , le deuxième répond :  » On va faire un film « .Et puis la cerise sur le gâteau : Steven Spielberg voit à son tour la démo, il nous félicite et convoque les auteurs du projet dans son bureau.
Il leur dit : « Voilà, ce que vous faites, je ne sais pas le faire. Je veux travailler avec vous sur un jeu, un film, ce que vous voulez. Tout ce que je veux c’est ne pas être la cinquième roue du carrosse « . A ce moment précis aurait pu naître le premier studio 3D français associé à Dreamworks. Sauf qu’Eric Chahi, l’âme de ce projet, homme d’une intégrité irréprochable en décide autrement. Il dit  » non  » à Spielberg et préfère se concentrer sur la finition de son jeu.
Révélation hollywoodienne soldée par une déception.

 

 

3DVF : Comment est née Kaena ?


Chris Delaporte : En fait, c’est à la suite de cette aventure que je quitte Amazing Studio avec Patrick Daher .
Nous décidons alors de monter notre propre projet. C’est un jeu vidéo qui s’appelle à l’époque  » Gaïna  » du nom de l’héroïne.
En commençant cette aventure, j’espère fermement que l’histoire va se répéter et que ce projet nous propulsera de nouveau à Hollywood…Avec le pouvoir de dire oui.

 

 

 

3DVF : Peux-tu nous parler du monde d’Axis et de ton héroïne dont le film porte le nom ?

 

Chris Delaporte : Axis est un arbre gigantesque enraciné dans une planète au cœur de sève.
C’est sur cet arbre que vit Kaena, une jeune fille de 17 ans, membre d’une tribu d’humains, esclaves de leurs dieux.
La vie des hommes se résume à la récolte de la sève pour alimenter une offrande quotidienne à des dieux insatiables. Kaena est intelligente et intuitive au point d’être tourmentée par d’étranges visions d’un autre monde que le sien où brille un soleil bleu.

 


 

 

S’accrochant à ses rêves Kaena ne veut pas croire que le monde est confiné entre les deux couches de nuages qui limitent le territoire des hommes. C’est ce tempérament idéaliste d’adolescente qui l’amènera au-delà des frontières du connu où l’attend une créature étrange qui changera sa vie.

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