Interview de Jean Giraud, mieux connu sour le pseudonyme Moëbius

 

 

 

3DVF : Moebius, merci au nom de tous les lecteurs de 3DVF de nous accorder ce moment en votre compagnie.  Pouvez-vous tout d’abord nous parler de votre rencontre avec l’art numérique et l’animation ?


Moëbius : Vous savez, tous les professionnels du graphisme ont été à un moment donné ou à un autre, confrontés aux choix et aux contraintes des évolutions technologiques. Un dessinateur se doit d’avoir un certain rapport avec la technique ne serait-ce que vis-à-vis des imprimeurs et des éditeurs avec qui il travaille.

Pour ma part, j’ai été un peu au-delà. Depuis les débuts de l’arrivée de l’informatique, j’ai toujours eu un ordinateur à la maison. Ca a commencé avec un Amiga, mais j’ai toujours eu un rapport très simple avec cet outil. Sans pour autant avoir la prétention d’être un infographiste, j’ai commencé à faire des images à l’aide de l’ordinateur dès le début des années 80 puis, la montée en puissance des machines, l’arrivée des tablettes graphiques et des applications qui en découlent, toute une partie de ma production a été progressivement reliée aux technologies; je ne me suis cependant jamais lancé dans la conception d’images 3d. Cela me demanderait une initiation beaucoup plus poussée, et un temps et une envie que je n’ai pas forcément.

 

 

3DVF : Justement, êtes-vous un peu au courant de ce qui se fait en 3d aujourd’hui ?


Moëbius : J’ai pu découvrir le travail de Sébastien Haure et ses confrères, et j’ai tout de suite été emballé. Je n’ai malheureusement pas eu beaucoup de temps pour visiter en profondeur 3DVF. Il me manque encore certains réflexes qu’auraient d’autres professionnels, d’autant que mon travail actuel ne me permet pas de m’y pencher davantage. Je ne pensais même pas qu’il y avait un véritable public pour ces disciplines. Mais c’est vrai que l’on peut sentir quelque chose autour de ces nouvelles techniques, une sorte de discipline à part entière. Cela me fait penser à l’apparition d’un nouveau sport comme le Snowboard par exemple, et tout à coup , on se rend compte qu’il y a des compétitions, de véritables champions… etc. C’est l’impression que cela donne, un monde en mouvement perpétuel.



3DVF : Effectivement, on constate aujourd’hui que toutes les industries relatives aux arts graphiques, illustrations, Bd, films, animations, chacune d’elles est remise en cause par ces nouvelles approches créatives et ces nouveux outils.


Moëbius : Je me souviens que ce fut Beltran, le premier en France, à s’y être frotté; beaucoup d’Américains dans les comics et de dessinateurs asiatiques s’en servent aussi depuis longtemps. Cela fait longtemps que j’utilise les outils numériques pour mes mises en couleur, mais cela reste pourtant très différent de la 3d à proprement parler. Mapper ses objets, appliquer ses textures, ses matériaux, me semble être encore un processus différent, c’est vraiment extraordinaire. Peut-être qu’un jour je finirai par m’y pencher sérieusement, mais ce n’est pas encore d’actualité.

 

 

3DVF : On imagine bien qu’avec toutes les recherches que vous avez pu faire tout au long de ces années, il vous reste encore bien des choses à explorer avant de vous lancer dans la 3d.


Moëbius : Et bien ça dépend; c’est quand même très excitant. Souvent j’essaye de faire des choses à la peinture, et j’éprouve les limites de ma technique, du maniement de la gouache ou de l’aérographe. En utilisant la palette graphique, il y a des possibilités nouvelles, mais cela n’a rien à voir avec ce que fait Beltran. Il y a véritablement un autre monde. Ca a l’air d’être un boulot énorme. J’ai souvent travaillé avec des infographistes dans le cinéma, je lesi ai vus en action, mais cela m’a toujours paru très difficile, très ésotérique. Il faut connaître des techniques, des procédures qui m’ont souvent paru relativement complexes.

 

 

3DVF : Ce n’est pas votre univers originel, cela peut sembler légitime ?


Moëbius : Je vous avoue qu’au début, j’ai eu du mal même avec Photoshop. Maintenant j’utilise couramment Photoshop, mais peut-être qu’à 30% ou 40% de ses possibilités. Même les plus grands pros confient qu’ils ne l’utilisent qu’à 80 ou 90% de son potentiel. Quand je manipule Photoshop devant des amis néophytes, ils s’étonnent et trouvent ça incroyable, certains me disent même “Mais, Moëbius, tu fais du moderne!”. Parfois je me mets à rêver et je me dis que si j’arrivais à maîtriser les outils 3D, peut-être que j’arriverais à des choses formidables, je ne sais pas.



3DVF : Justement, ne pourriez-vous pas vous entourer de quelques amis spécialistes de la 3d et vous lancer dans un projet qui décuplerait votre potentiel créatif ?


Moëbius : Si j’avais un minimum de techniques, je pourrais effectivement m’articuler avec d’autres personnes. Cependant, j’en suis vraiment incapable aujourd’hui. Parfois chez DHX Prod, je reste presque à la porte car j’ai l’impression qu’ils sont dans une pratique dans laquelle je ne peux pas rentrer. Si je faisais un petit bout de chemin dans ce sens, peut-être que je réussirais à m’articuler autour, mais ce n’est pas d’actualité pour le moment.

 

 

 

A Lire également

Ce site utilise des cookies pour améliorer votre expérience. Nous supposerons que vous êtes d'accord avec cela, mais vous pouvez vous désinscrire si vous le souhaitez. Accepter Lire la suite

X