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Iconem : la photogrammétrie au service du patrimoine

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3DVF : Outre ces fonctions de visualisation et de mise en ligne de données, sera-t-il possible pour les visiteurs de télécharger des données et modèles ?

Yves Ubelmann : Le déploiement se fera en plusieurs étapes ; la première version n’intègrera pas forcément immédiatement la visualisation 3D. Il s’agira d’abord d’une base de données spatialisée.

Par contre, la version 2 intègrera évidemment la visualisation 3D, mais aussi la possibilité d’uploader des données, et de télécharger images, modèles 3D.

 

3DVF : Quelles seront les conditions d’utilisation de ces données ?

Yves Ubelmann : L’idée est de proposer une plateforme neutre, qui se contente de connecter les données. Les contributeurs décideront de la façon dont ses propres données seront distribuées (open source, citation, etc).
Il sera aussi possible de ne pas rendre immédiatement publiques les données mises en ligne : je pense ici aux chercheurs qui attendent d’abord la publication de leurs travaux.

3DVF : Ces questions renvoient d’ailleurs aux débats liés au scan 3D, en particulier lorsqu’il s’agit d’objets anciens. La question de savoir si ce type de données numériques fait partie du domaine public, si l’on peut imposer un nouveau droit d’auteur lié au scan.
Quelle est votre position sur cette question ?

Yves Ubelmann : C’est effectivement un débat. De notre côté, nous travaillons souvent directement avec les états, et nous essayons d’évoquer cette question avec eux, d’autant qu’ils considèrent les sites anciens comme faisant partie du patrimoine national.
Par exemple, pour le travail que nous avons fait en Syrie, nous citons systématiquement nos partenaires syriens, d’autant qu’ils nous aident pour la prise de vue.
Il nous sera donc possible de diffuser ces données, mais la source (Iconem et la direction archéologique syrienne) devra être indiquée.
Sur cette question, nous travaillons donc au cas par cas. En Italie, par exemple, les choses sont bien plus délicates, nous avons même des difficultés à pouvoir montrer notre propre modèle de Pompéi.

Chaque pays a sa position spécifique, et nous essayons toujours de respecter la volonté des états. Ce n’est pas toujours facile, mais les mentalités évoluent plutôt dans le bon sens. D’autant que les autorités réalisent que la diffusion des données n’éloigne pas les touristes. Au contraire, elle incite plus de gens à visiter les sites réels.

3DVF : On imagine d’ailleurs que pour un pays comme la Syrie, qui était déjà touristique avant le conflit, les destructions ont sans doute sensibilisé davantage le grand public à l’existence de monuments et sites sur place…

Yves Ubelmann : Exactement. D’ailleurs, nos collègues syriens sont plutôt favorables au partage des données, d’autant que cela donne une autre image du pays, comme pour l’Afghanistan.
Ce sont des états souvent évoqués dans l’actualité, mais toujours sous le même angle. Il est donc aussi important d’évoquer l’existence de ce patrimoine, du fait qu’il existe toujours, doit être préservé ; il y a une vraie prise de conscience mondiale qui est nécessaire.

3D reconstitution of Pompeii from Iconem on Vimeo.

Villa of Diomedes – Pompeii from Iconem on Vimeo.

Modèle économique

3DVF : Vos données sont disponibles de façon assez libre, et le seront encore plus à l’avenir. Or, vous êtes une entreprise. Quel est votre modèle économique ?

Yves Ubelmann : Aujourd’hui, nous travaillons pour des grandes organisations comme l’UNESCO, la Banque Mondiale, pour faire des missions de terrain complexes. Aujourd’hui nous sommes la seule entreprise au monde qui intervient sur le créneau que nous nous sommes fixés, dans le domaine du patrimoine.
C’est notre source principale de revenus à l’heure actuelle.
A côté de celà, nous développons d’autres activités connexes qui sont plus autour de la valorisation des données. Par exemple pour des expositions, des dispositifs d’immersion, des documentaires.
Notre objectif étant ici de créer un second levier économique davantage centré sur les médias.
Cette double activité économique nous permet d’enchaîner assez régulièrement des grosses missions et de faire vivre notre équipe, qui compte une dizaine de personnes.

Il faut savoir également que nous avons levé des fonds l’an passé, auprès du constructeur français de drones Parrot : 1,4 million d’euros. Cette somme nous permet de développer la société, d’une part sur l’aspect technique, d’autre part pour la mise en place de projets “non profit”, comme par exemple l’ensemble du projet Syrien, qui a été entièrement financé par l’entreprise. C’est grâce à cette levée de fonds que l’on a pu intervenir sur place.
Notre philosophie n’est pas celle d’une entreprise privée classique qui souhaite une rentabilité la plus élevée possible, mais plutôt celle d’une ONG activiste : nous voulons continuer à faire ce type de projet non lucratif. Nous réfléchissons donc à un fonds, ou plutôt une association, qui nous permettrait de recevoir des aides extérieures pour continuer à monter ce type de projet.

 

3DVF : Avec du coup un modèle qui peut se rapprocher de celui de CyArk, par exemple…

Yves Ubelmann : Voilà, même si CyArk est une fondation, alors qu’Iconem conservera une antenne technologique, une start-up. Mais nous souhaitons effectivement nous appuyer sur un modèle associatif.
D’autant que si on fait le bilan de nos travaux ces dernières années, 40 à 50% est constitué de projets à but non lucratif. Il nous faut donc trouver un modèle pour intégrer cette approche de façon plus constante.

3DVF : Toujours sur le modèle économique, vous vous intéressez à des secteurs comme le cinéma ou le jeu vidéo… Quelques mots à ce sujet ?

Yves Ubelmann : Nous collaborons effectivement avec des sociétés de production : sur le terrain pour de l’acquisition d’images, mais aussi pour des restitutions (architecture, sites archéologiques).
Par exemple, nous préparons une exposition en collaboration avec le Grand Palais et le Louvre, où nous réalisons des séquences vidéo de nos modèles. Cette exposition sera gratuite, ouvrira le 14 décembre et présentera des projections vidéo monumentales immersives sur 4 sites Syriens et Irakiens de notre collection numérique.

3DVF : Est-ce que cela signifie que vous pouvez aussi intervenir “à la demande”, si un studio VFX a un besoin en lien avec un site situé par exemple en France ?

Yves Ubelmann : Tout à fait, nous l’avons d’ailleurs déjà fait par le passé dans le cadre de certains documentaires.

Avenir et actualité

3DVF : En termes de développement et sur la partie technique, quels sont les axes d’amélioration sur lesquels vous travaillez ?

Yves Ubelmann : Nous réfléchissons beaucoup aux problématiques d’automatisation, car nous avons des volumes de données de plus en plus grand. Idéalement, il nous faut automatiser l’ensemble du pipeline, quasiment de l’acquisition à la restitution 3D d’un modèle.

 

3DVF : Peut-être également sur les problématiques de colorimétrie, éclairage (avec les techniques de delighting qui commencent à apparaître) ?

Yves Ubelmann : Oui, tout à fait. Le delighting est clairement un domaine intéressant, en particulier dans un contexte archéologique puisque supprimer ou atténuer l’éclairage permet de mieux visualiser les textures.
De même, ré-éclairer une scène permet de donner une nouvelle visibilité, de remettre en lumière certaines caractéristiques du site. Je parle ici d’abord dans une démarche purement scientifique.
Après, on s’aperçoit également que pour une démarche visuelle, avoir un éclairage dynamique (pour de la vidéo ou de la 3D interactive) est évidemment intéressant aussi.

3DVF : En dehors de Syrian Heritage, quels sont vos projets en cours ?

Yves Ubelmann : Ce mois-ci, nous partons pour Bagdad pour un projet avec une approche similaire : un peu de formation, et de l’acquisition. Nous allons nous intéresser à quelques grands sites archéologiques de la ville, et en particulier aux monuments islamiques. C’est un programme piloté par l’UNESCO, calqué sur notre expérience en Syrie.
Le mois prochain, nous irons sans doute en Iran, et en Syrie pour décembre.

 

3DVF : A long terme, comment voyez-vous l’avenir d’Iconem d’ici 5 ans ?

Yves Ubelmann : Notre volonté sera, à travers la future plateforme, d’inciter les gens à contribuer et collaborer avec la mise en contexte des données. C’est un point important pour nous.
Nous souhaitons aussi développer le modèle économique de la diffusion des données, que nous évoquions plus haut, avec la muséographie, le temps réel. Avec comme objectif d’être en connexion avec des musées en France et à l’étranger. Nous avons aussi une perspective de création de musées numériques à l’étranger, notamment en Irak.

3DVF : Recrutez-vous actuellement ?

Yves Ubelmann : Oui, nous recherchons un stagiaire pour nous assister sur des réalisations de scènes Blender et sur des post-productions sur After Effects.
Le stage, d’une durée de trois mois, se déroulera dans nos locaux de Paris (6ème arrondissement). Il est à pourvoir dès que possible. Les candidatures (CV) sont à envoyer à et@iconem.com.

Plus largement, nous recherchons régulièrement sur Paris des stagiaires et des free-lances. N’hésitez pas à nous contacter si vous êtes interessés par cette aventure !

3DVF : Dernier point : vos modèles sur Sketchfab donnent un bon aperçu de vos modèles, mais restent contraints au temps réel. Certains souhaiteront sans doute avoir un aperçu plus concret du niveau de qualité que vous pouvez atteindre…

Yves Ubelmann : Justement, nous venons de mettre en ligne le modèle 3D d’un portrait de Palmyre, à télécharger librement sur notre site.
Le pack contient :
– un fichier Blender (.blend)
– un mesh décliné en trois versions au format FBX : 100 000, 600 000 et 3 millions de polygones ;
– des maps (diffuse, normal, displace) en 8 et 16k.

Le tout sous forme d’un zip de 720Mo environ.

Ci-dessous : aperçu du portrait et de son scan. Images Iconem/DGAM.

Pour en savoir plus

– le site d’Iconem ;

– le projet Syrian Heritage ;

– le profil Sketchfab d’Iconem, avec d’autres modèles à visionner en 3D temps réel ;

– la page consacrée à la future exposition au Grand Palais, qui se tiendra du 14 décembre au 9 janvier ; on y retrouvera toutes les informations pratiques.

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