Greg Jennings, Lead Lighter chez DreamWorks Animation

Greg Jennings

3DVF : Scared Shrekless est aussi un projet court destiné à la télévision. On note là aussi un gros travail sur l’éclairage qui participe beaucoup à l’ambiance.
Tu as travaillé sur « The Bride of Gingy », un des courts du projet. Le personnage en pain d’épice demande à un pâtissier de lui créer une nouvelle petite amie… Une idée qui tournera très mal.
Peux-tu revenir sur les plans de la première partie, lorsque tout semble bien se passer ? On note l’utilisation de halos, effets de scintillement… Comment as-tu abordé ces plans ?

Greg Jennings : Sur cette séquence j’ai travaillé en temps que CG Supervisor et dès le début j’ai pris énormément de plaisir à mettre en place les ambiances, sous la tutelle de l’Art Director Michael Isaak. L’idée était évidemment de créer des contrastes tout au long de la séquence.
On débute avec une ambiance de conte d’Halloween, avec un boulanger un peu machiavélique et un hommage assumé pour Frankenstein. Nous avons volontairement joué avec les éclairs du tonnerre et la lumière du four pour créer des effets dramatiques, et accentuer la tension. Beaucoup de plans du boulanger sont chaleureux et placent le spectateur dans le confort de cette petite maison mais lorsqu’il parle de sa création, l’éclairage change complètement ; il est éclairé par en dessous de manière théâtrale. Par la suite Gingy vit un rêve éveillé, tout se transforme en univers de sucre et de couleurs vives et les scintillements sont un moyen en plus de rendre le moment magique.

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The Bride of Gingy

The Bride of Gingy

The Bride of Gingy
The Bride of Gingy
The Bride of Gingy
Scared Shrekless -DreamWorks Animation

3DVF : Dans la seconde partie du court, la fiancée se révèle diabolique.

Comment as-tu géré ces plans, et en particulier les gros plans sur les  » fiancées zombies  » ainsi que la vue globale de la maison assiégée ?

Greg jennings : Sur ces plans nous avons utilisé un grand nombre de projections car nous voulions pouvoir contrôler les placements des ombres et leur forme au maximum.

 Soit des maps peintes ou bien des rendus de zombie animés sont re-projetés dans des spots que nous dupliquons et plaçons selon notre envie. Cela nous a également permis de renforcer l’ambiance oppressante sans pour autant avoir beaucoup de zombies présents dans les plans.

Pour le plan final nous voulions mettre en valeur les foules de zombies. La lumière éblouissante émanant de la maison est un choix artistique que nous avons fait dans cette optique.

The Bride of Gingy
The Bride of Gingy
Scared Shrekless – DreamWorks Animation
Les Cinq Légendes

Les Cinq Légendes -DreamWorks Animation

 

3DVF : Enfin, tu as travaillé sur Les Cinq Légendes (Rise of The Guardians). Une première séquence est située dans la chambre d’un enfant, avec une atmosphère chaleureuse.
Peux-tu revenir sur la réalisation de ce plan et la démarche artistique, en particulier lors du face à face entre le Lapin de Pâques et North ?

Greg Jennings : Les plans de la chambre d’enfant devaient être intimistes et le directeur artistique a insisté pour que l’unique source de lumière soit la lampe sur la table de chevet. Pas de lune donc, ni de lumière provenant du couloir. Sur Rise Of The Guardians nous avons utilise énormément de PBGI (point based global illumination) et de IBL (Image Based Lighting), associes a des shaders MetaSL mais nous avions également pour consigne de toujours interpréter la réalité et ne pas faire du réalisme pur et dur.

Dans le plan du face à face, nous avons tout de même rajoute une espèce de vivarium qui à défaut d’émettre de la lumière nous a permis d’équilibrer l’image et de rajouter un peu de richesse. L’action se situe essentiellement entre le lapin et North (Sandman et la fille sont vraiment secondaires dans ce plan) et j’ai accentué volontairement les rims lights pour lire les oreilles du lapin, ainsi que la contribution de bounce de la barbe sur le lapin, qui était à l’origine très sombre.

Ensuite, j’ai rajouté plusieurs gradients pour diminuer la lumière sur la couverture et les murs du fond, retire quelques jouets distrayants au premier plan, et équilibre les différentes intensités pour attirer l’œil sur le centre de l’action.

 

Les Cinq Légendes
Les Cinq Légendes
Les Cinq Légendes -DreamWorks Animation

3DVF : Un peu plus tard dans le film, les œufs du Lapin de Pâques sont détruits, et les enfants cessent de croire en lui. La scène est donc tragique pour lui ; pour autant, l’éclairage reste assez neutre, sans effet dramatique trop poussé. Pourquoi ce choix ?

Greg Jennings : Je me suis posé cette question également mais malgré le moment mélancolique, le directeur artistique a choisi de garder le cadre enfantin du jardin et de garder une note d’espoir.
Les seuls indices sont une désaturation et une baisse d’intensité de la key vers la fin de la séquence, mais c’est un effet très léger. Cette séquence a beaucoup changé au fil du temps et on est passé d’une forêt de séquoias géants avec des lumières cramées, au résultat du film qui, il est vrai, est moins graphique et moins dramatique.

Les Cinq Légendes
Les Cinq Légendes -DreamWorks Animation

3DVF : Comment vois-tu ton évolution dans les années à venir, que ce soit en compétences ou en termes d’emploi ?

Greg Jennings : Le métier de Lead lighter me correspond bien. J’aimerai cependant progressivement avoir plus de responsabilités artistiques et je travaille en ce sens. Se spécialiser est passionnant pendant un temps mais je commence à ressentir le besoin d’avoir une approche plus globale de mon travail et faire de la supervision est un de mes objectifs pour les années à venir.

3DVF : De nouveaux outils et technologies font régulièrement leur apparition : Disney et ses shaders physiques dans Les Mondes de Ralph qui réagissent de façon prévisible quel que soit l’éclairage pour faciliter le travail des artistes, Katana et ses outils de lighting & look dev chez The Foundry, l’utilisation du GPU, les recherches toujours plus poussées dévoilées au SIGGRAPH… Est-ce que tu suis de près ces avancées ?
Y a-t-il des outils ou technologies que tu as repérés ou que tu espères voir arriver pour travailler mieux, plus vite et avec de meilleurs résultats ?

Greg Jennings : Je suis ces avancées mais avec un regard un peu détaché. Tout cela m’intéresse énormément mais je ne suis pas un fanatique de technique et je privilégie une approche artistique de nos métiers. Ceci dit, depuis que Nuke et Mari font partie intégrante de notre pipeline, je suis impatient de pouvoir essayer Katana et j’attends surtout avec impatience que DreamWorks passe à un moteur de rendu en raytracing comme Arnold.

3DVF : Aurais-tu des conseils à donner aux lighters débutants qui nous lisent ?

Greg Jennings : Soyez curieux et ouverts d’esprit, créez des contacts, renseignez-vous et profitez de vos années d’études au maximum. Une fois dans le monde du travail il est beaucoup plus difficile d’entreprendre des projets personnels et d’expérimenter. J’encourage aussi les lighters débutants à étudier d’autres formes d’art et à ne pas se limiter au lighting. Comprendre le modeling, le surfacing et, dans une moindre mesure, le layout, ont tout autant d’importance dans la réussite d’un plan car le lighting est une composante de la narration avant tout.

3DVF : DreamWorks a récemment réduit ses effectifs. Vos méthodes de travail en ont-elles été affectées ? Comment vous êtes-vous organisés pour conserver une bonne productivité ?

Greg Jennings : Les films Mr Peabody and Sherman et Me and My Shadow ont tous les deux étés repoussés donc nous n’avons, jusqu’ici, pas ressenti de répercussions sur notre rythme de travail, du moins pas au sein du studio Indien. Par contre il y a une nette sensation de changement dans l’organisation qui cherche à rendre les productions plus efficaces, mais ce n’est pas, comme on pourrait le penser, aux dépens de la qualité de vie des employés. Il y a moins de meetings, plus de communication et une plus grande ouverture aux idées extérieures qui, je pense, seront extrêmement bénéfiques pour la boite.

Les Cinq Légendes
Les Cinq Légendes -DreamWorks Animation


3DVF : Que penses-tu du niveau des étudiants sortant des écoles d’infographie françaises ?
Sont-ils prêts à répondre aux demandes du marché ? Y a-t-il des points à améliorer ?

Greg Jennings : Je pense que les étudiants sortant d’écoles Françaises ont un niveau excellent mais avec un peu de recul je constate qu’il y a peu d’information en amont sur les spécificités de chaque métier, ainsi que les boites.

Le VFX, l’animation, le jeu vidéo, sont autant de domaines différents et avoir des ambitions précises est bénéfique aux étudiants. L’autre nuance qui n’est jamais abordée dans les écoles concerne les différences culturelles en entreprise et je recommande chaudement aux futurs artistes de créer des contacts, de se renseigner, et de partir faire leurs stages à l’étranger autant que possible, si la vie d’expatrié les tente par la suite.
À côté de ça, l’approche plus artistique et généraliste de nos formations est un véritable atout qu’il faut apprendre à cultiver par la suite.

3DVF : Y a-t-il des films que tu as vus récemment et qui t’ont marqué au niveau de la qualité de la gestion de l’éclairage ?

Greg Jennings : J’ai beaucoup aimé certains plans de The Adventures Of Tintin et Life Of Pi. J’attends surtout avec impatience de pouvoir voir le court métrage The Blue Umbrella de Pixar.


Pour en savoir plus

– Le site de Greg Jennings

 

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