Reflexion

Court-métrage : Réflexion (Planktoon / Cosmo Studio)

3DVF : Comment en êtes-vous venus à utiliser Mode of Expression ?


Planktoon :  Ce sont Les Films du Poisson Rouge, l’éditeur, qui a développé le logiciel ; nous en avions entendu parler et avions déjà Réflexion en tête, la rencontre s’est faite, et nous avons beta-testé leur logiciel sur Réflexion ! Il y a eu de nombreux tests pour savoir ce qui était nécessaire en entrée afin d’obtenir  un bon résultat. C’est ce qui nous a amenés à utiliser une illumination globale et le plus souvent un, voir deux spots dans Renderman. Dans Mode of Expression, le rendu est quasi instantané (même sur du full HD), faire des essais se révèle donc très rapide. Si un projet équivalent se représente, nous n’hésiterons pas à faire de nouveau appel à cet outil.

3DVF : Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur le fonctionnement de ce logiciel ?


Planktoon :  Mode of Expression prenait en entrée les couches RGB, un masque (pour accentuer davantage tel ou tel élément), et une couche qui permet à Mode of Expression d’avoir des informations sur le sens d’application des brosses. Il y a ensuite des paramètres numériques qui permettent d’ajuster et d’affiner le résultat (longueur de la brosse et épaisseur, par exemple). Nous disposions de presets spécifiques au projet comme base, créés à partir d’une sélection de brosses.

3DVF : Pourquoi RenderMan avant Mode of Expression ?

Planktoon :  Il s’agit de notre moteur historique, et il fallait une bonne précision dans l’image, une bonne gestion de l’illumination globale et des dégradés. Honnêtement, le rendu de base sous Renderman fonctionne déjà très bien : le but était de pouvoir sortir le court même si Mode of Expression ne fonctionnait pas au final. Nous voulions aussi tester des outils de pipeline susceptibles d’être utilisés ensuite en production de type série, avec un gros volume.

3DVF : Y a-t-il d’autres moteurs de rendu utilisés ?

Planktoon :  Nous avons un pipeline double moteur : Renderman historiquement, et V-Ray pour certains usages précis comme le photoréalisme ; notre récente pub M&M’s a justement été rendue sous V-Ray. Ce double pipeline nous permet aujourd’hui une plus grande souplesse.

3DVF : Pourquoi le choix historique de Renderman ?

Planktoon :  Vraiment pour la qualité du rendu, et encore une fois pour la finesse du rendu et de la gestion de la globale quand elle est maîtrisée.

3DVF : Pouvez-vous nous dire quelques mots sur le rig du personnage et la gestion des tissus dans Réflexion?

Planktoon : Nous avons conçu un rig relativement poussé, mais dans une optique réaliste ou semi réaliste. Avec uniquement de la dynamique de base, pas de simulation de cloth : il y a eu beaucoup de gestion à la main. La technique, c’est bien, mais s’il est plus simple de le faire à la main plutôt qu’en simulation. D’ailleurs, la simulation 100% physique aurait pu « casser » le posing, et nous aurait fait un peu perdre  la patte d’animation.

3DVF : Quels plans ont été les plus délicats à gérer ?

Planktoon :  Pour le plan où le personnage passe derrière un verre, on passe d’une animation 3D à 2D ; la réfraction en 2D a été très dure à gérer ! Une réfraction 3D était inenvisageable, cela aurait trop déformé le personnage et cela aurait dénaturé le côté 2D. C’est un plan sur lequel le personnage 2D passe en 3D, puis repasse en 2D quand elle arrive dans la douche… Au final la réfraction est une texture animée : la séquence animée a été retournée et projetée sur le verre ; il a fallu beaucoup tricher. Quand elle enlève sa serviette ou le pull, c’est en 2D ; la gestion des raccords a été très délicate, notamment pour le turban. En fait, il  y a une transition qui doit durer une frame entre 2D et 3D, l’important est de respecter les couleurs pour que ça « passe ». Les cheveux ont aussi été complexes à gérer, le choix artistique final a nécessité un certain cheminement.

3DVF : Justement, les cheveux sont stylisés, élastiques, dynamiques. Comment avez-vous travaillé cet effet ?


Planktoon/Cosmo :  Il y a de la dynamique sur les grosses mèches, sachant qu’il y a une deuxième coiffe spécifique pour la scène où elle est décoiffée. Lorsqu’elle se dispute s’arrache les cheveux, c’est tout en 2D.
Les cheveux ont parfois été délicats : cheveux en 3D, une mèche arrachée en 2D… Là encore il a fallu travailler à la frame, un gros travail d’étalonnage.


3DVF : Comment avez-vous abordé la couleur sur Réflexion ?


Planktoon :  En amont, Yoshi avait  travaillé avec une visual development artist de Disney, Lorelay Bove, qui avait créé un début de color board. Le travail a été poursuivi et finalisé grâce à Floriane Marchix ( //floony.blogspot.fr/ ), color designer / directrice artistique en poste chez DreamWorks et issue des Gobelins, qui connaissait Yoshi. Nous voulions avoir des palettes spécifiques selon que l’on soit dans le monde réel et la version fantastique, Floriane a travaillé à partir de cette idée.
Pour la suite, comme nous avions un color script très développé, le but était de le respecter au maximum. On a donc demandé aux graphistes de rester proches des références.Nous avons travaillé par séquences, avec des dominantes de couleurs, une direction artistique précise : les 3-4 mois de préprod ont permis de tout caler en animatique 2D (très poussée par rapport à d’habitude), et les lighters avaient le color board comme référence ultime. Le très gros travail de préproduction qui a permis de travailler vite en fabrication, sans trop improviser, sans avoir à tester des dizaines de variations.

3DVF : Comment est venu le succès, lors du lancement du court finalisé ?

Planktoon :  Il n’a pas été immédiat mais progressif, notamment grâce aux festivals. En fait nous avons fait des festivals assez variés, dont des festivals de mode, et finalement c’est plus par ces festivals que par les festivals axés 3D que le court a rencontré le succès. Le thème du court fait que Reflexion a suivi un parcours atypique.

3DVF : Le court a ensuite été très remarqué lors des festivals…

Planktoon :  La reconnaissance a été énorme : victoire au SIGGRAPH à LA, présélection aux Oscars, prix à Stuttgart…
Pour les Oscars, nous étions évidemment déçus de ne pas être allés plus loin que les présélections, mais avec le recul c’est tout de même énorme, pour un projet qui ne visait pas du tout ce type de prix !

3DVF : Qu’est-ce qui vous rend le plus fier sur ce projet ? Inversement, y a-t-il des points sur lesquels vous seriez revenus avec un peu de temps supplémentaire ?

Planktoon : Evidemment, avec le recul on a toujours des idées supplémentaires, mais honnêtement on est très fiers du résultat et du court dans son ensemble. Le résultat final est très proche de ce que nous avions en tête, au niveau du color board en particulier : nous avons donc vraiment fidèlement pu mettre en images la vision initiale. D’un point de vue réalisation comme technique nous sommes très satisfaits, cela montre notre savoir-faire.

Pour en savoir plus :
//www.planktoon.com
https://www.facebook.com/pages/PlanKtoon/111081833885
//www.cosmostudio.fr/

A Lire également