Noel Hocquet, FX TD

Noel Hocquet

3DVF : Les VFX de Pacific Rim étaient supervisés par John Knoll, ceux de Star Trek :Into Darkness par Roger Guyett. Tu as aussi travaillé sur Battleship, dont Grady Cofer était VFX Supervisor.
Quelle est ta vision du travail avec chacun d’entre eux ? Dans quelle mesure impactent-ils la production de leur expérience et personnalité ? La façon d’aborder un projet change-t-elle selon le superviseur ?

Noel Hocquet : La methodologie ne change que tres peu d’un superviseur à l’autre. Quand cela varie, c’est principalement dû à des changements dans le pipeline.

En arrivant à ILM, je ne m’attendais pas à ce que les VFX superviseurs soient aussi accessibles ! Ils étaient là, dans un bureau près du mien, et je pouvais aller leur demander conseil quand je le souhaitais. Je n’étais pas qu’un simple exécutant, tous m’ont demandé mon avis, comment je voyais les effets à faire sur certains de mes plans. Dans certains cas, ils m’ont demandé de faire des tests et de leur proposer différentes versions. Par la suite mon setup fut réutilisé par d’autres FX TDs qui avaient à faire le même type de plans.


Cette liberté de pouvoir faire des tests, de les proposer et d’en discuter avec le VFX superviseur du film est l’étape que je préfère car cet échange d’idées, de suggestions, de références est très enrichissant.

Ci-dessous et ci-contre : photos prises par Noel Hocquet dans les locaux d’ILM.

Kerner Optical

ILM

3DVF : ILM vient d’annoncer la nomination de John Knoll au poste de Chief Creative Officer, que penses-tu de cette promotion ? Quel sera l’impact à ton niveau ?

N.J. : Je pense qu’avoir quelqu’un comme John, avec son immense talent, ses compétences et son savoir-faire, à ce niveau de décision dans la hiérarchie d’ILM (au niveau de Lynwen Brennan) est très rare. C’est un avantage indéniable pour l’avenir de la compagnie. Il m’est pour l’instant difficile de dire quel en sera l’impact à mon niveau, sa nomination est encore trop récente.


Kerner Optical

 

3DVF : Le milieu VFX est en pleine ébullition actuellement : débats sur la fermeture de studios, autour des incitations fiscales, mais aussi sur la question d’un syndicat ou d’une association commerciale de studios… Quelle vision as-tu de ce débat ? Comment vois-tu l’avenir de l’industrie ?

N.H. : La crise dans le milieu des VFX n’est pas nouvelle, les oscars ont fait rejaillir plusieurs problèmes déjà présents. Régulièrement un nouvel  » eldorado  » fiscal émerge mais pour combien de temps ? (en ce moment c’est Montréal). Il n’y a jamais eu autant de films à  » effets  » et pourtant la situation des studios VFX et des artistes n’a jamais était aussi précaire. DD ont des bureaux à Vancouver, ILM à Vancouver et Singapour (peut être bientôt Londres), MPC à Vancouver et bientôt Montréal si je ne me trompe pas, Framestore à Montréal,… La liste est longue et change constamment.

Soit on rentre dans ce système soit on périt. Je ne pense pas que les studios de VFX ont réellement le choix s’ils veulent survivre.
Je ne suis pas un expert, mais il me semble que l’idée d’une guilde, d’une association commerciale entre studios de VFX pourrait être une bonne idée. Les sociétés de production le font déjà au détriment des studios de VFX.

Pour ce qui est d’un syndicat, il existe déjà une  » Union  » aux usa par exemple. Mais l’entreprise se réserve le droit d’y adhérer ou pas. Je n’ai pas souvenir d’un syndicat lorsque je travaillais sur Londres… Défendre nos droits est très important mais je ne sais pas comment on peut y arriver, et je ne vois pas comment on peut mettre en place un syndicat international, la législation en la matière est trop différente d’un pays à un autre.

 

VFXProtest

 

3DVF : Comment veux-tu faire évoluer ta carrière dans les années à venir ?

N.H. : Ce métier est jeune, passionnant et en perpétuelle évolution. On ne peut pas rester sur ses acquis, il faut se remettre en question régulièrement pour rester  » dans le coup « . En même temps, on n’a pas encore assez de recul sur ce nouveau métier et la crise actuelle n’aide en rien pour se projeter dans l’avenir. En tous cas, j’espère pouvoir rester en Californie avec ma famille, y vivre de ma passion en travaillant sur des projets excitants et en ayant plus de responsabilités.

3DVF :  As-tu des conseils pour les artistes VFX débutants, et en particulier ceux qui souhaitent s’orienter vers une carrière de FX TD ?

N.H. : Mon parcours est un peu spécial, j’ai eu la chance de faire différents jobs et c’est peut-être pourquoi après 20 ans, j’ai toujours la passion de ce que je fais. Je pense qu’en plus du talent et des compétences techniques, l’esprit d’équipe est très important. Partager, écouter, demander conseil m’ont toujours fait progresser. C’est tout bénéfice pour tout le monde. Que ce soit à ILM, Dneg ou à PDI/DreamWorks, on m’a toujours incité à ne pas passer trop de temps sur un problème et de ne pas avoir peur d’aller demander conseil. Ça peut paraitre  » bateau  » comme conseil, mais ce n’est pas toujours évident d’aller demander conseil, surtout quand la langue peut être un frein en plus de sa fierté. Mon expérience en la matière a toujours été positive !

Pour en savoir plus

– Le site de Noel Hocquet ;
– Le profil LinkedIn de Noel Hocquet ;
– Sa page IMDB.

A Lire également