Circus

Croissance, série LEGO, futur long-métrage animé : les secrets du studio Circus

3DVF : Quel bilan tirez-vous de tout cela ? Quid du télétravail en post-Covid ?

On a réalisé que le télétravail était possible, même si la productivité a chuté. Cela nous a incité à discuter, entre permanents, de cette possibilité : c’est d’ailleurs un peu rentré dans les mœurs, certains prennent tel ou tel jour en télétravail. Nous allons nous concerter en interne, voir comment tout ça peut se pérenniser et notamment sur l’aspect communication.
Cette difficulté de communication peut d’ailleurs parfois être une vertu, à certains postes qui peuvent du coup se concentrer totalement sur la tâche en cours, sans être dérangés.

Il faut donc réfléchir, mais le télétravail pourrait même nous permettre de mieux nous organiser. Ca reste compliqué, tout dépend du poste, il faut vraiment penser cela en profondeur.
Pour un manager, un graphiste qui fait du compo, la communication est tellement importante que ça semble très difficile à envisager. A l’inverse une personne au pipeline sera ralentie si elle est dérangée en permanence et peut être plus efficace hors site.

Bref : le télétravail a des vertus mais doit s’organiser, se doser, s’ajuster selon le département. Ca ne s’improvise pas.

3DVF : Pandémie mise à part, votre évolution vers des projets qui se jouent sur des temps plus longs (film, série) a-t-elle eu un impact sur les horaires ?

Oui, contrairement à la pub il n’y a pas vraiment de notion d’heures supplémentaires, on n’a pas de client qui impose des changements le soir à 18h à appliquer pour le lendemain matin. Il y a moins de surprises, plus de validations étape par étape.
Résultat, un rythme s’est installé, on a demandé aux gens l’heure qui leur convient et le résultat  est qu’on commence à  9h du matin voire avant, bien plus tôt que ce qui se faisait avant en postprod. Il y a une vraie évolution, les personnes du studio peuvent avoir une vie en soirée.

En fait c’est une conséquence des canicules, vu les températures on s’était décalés (en venant parfois bien plus tôt, dès 7h ou 8h !) et les équipes ont conservé ce rythme.

Sur la question des heures supplémentaires, il faut bien voir aussi qu’en tant que dirigeants, faire travailler les graphistes à des horaires écrasants n’a pas de sens, on ne fait qu’épuiser les gens. Ca ne veut pas dire qu’on ne le fait jamais, mais ça n’a plus rien à voir avec l’organisation assez chaotique de nos débuts, qu’ont beaucoup de studios de post-production, avec de longues soirées et des week-end.
Il y a cette idée qu’en post-prod il faut toujours travailler comme des malades, c’est faux.

LEGO City : les coulisses de la série

3DVF : Revenons sur la série LEGO…

Ce fut une belle rencontre, nous sommes allés au siège situé à Billund au Danemark. On est accueillis dans un musée interne situé dans le département marketing/stratégie, on réalise à quel point l’entreprise est massive, a une éthique, des valeurs fortes.

C’est ce qui a été passionnant : développer le projet en comprenant leur ADN, leur philosophie. Outre la créativité, on sent dès le départ que la qualité est un point primordial pour eux. D’où une exigence très importante de leur part en termes de qualité de travail, d’image : beaucoup de contrôle qualité, ça nous a beaucoup fait progresser.

3DVF : Vous avez travaillé ici sur une marque établie, un univers très connu du public, déjà adapté en animation : aviez-vous du coup reçu des contraintes précises sur l’animation, le design des éléments, afin de rentrer dans le moule déjà en place ? Quelle était votre marge de manoeuvre ?

C’était justement l’objet de notre visite chez LEGO à Billund.

Nous avons été très libres, en fait ; nous étions force de proposition, ils nous écoutaient et nous discutions pour savoir si ça restait dans leur ADN ou non.

Ce que nous avons proposé, avec Passion Pictures qui est notre producteur, c’est de ne pas être en step comme le Lego Movie (une référence, certes, mais qui peut heurter le regard). A l’inverse, nous avons suggéré de ne pas nous aventurer dans le cartoon avec du squash and stretch. Notre idée était de proposer une animation dynamique, mais sans abuser sur les déformations.

Cette discussion a abouti à la règle suivante : nous pouvions stretcher les modèles sur une frame si besoin, pour donner plus de vivacité au résultat, mais pas plus. Le but étant d’éviter d’avoir le sentiment d’être face à des bonhommes en chewing-gum, de rester dans l’aspect « figurine en plastique ».

Cela nous a permis d’aboutir à une proposition d’animation dynamique, vive, mais qui respecte les codes de la marque.

Un point intéressant était la contrainte liée aux jouets. Sur ce type de projet, LEGO veut absolument éviter que le résultat final soit assimilé à une publicité. C’est pour cette raison que l’on ne voit aucun picot d’assemblage ou trou dans la série.

De même, ils ne nous ont pas dit « voilà telle boîte de jouets, on veut la voir dans la série », mais plutôt quelque chose comme « voici l’orientation de la collection de l’année prochaine, nous aimerions évoquer un aspect green city/écolo ».

Cette approche nous a permis d’avoir un aperçu des collections et concepts en avance, les designers de Passion Pictures retravaillaient ces éléments et se mettaient d’accord avec LEGO pour valider des concepts 2D, que nous interprétions à notre tour pour le passage en 3D. Avec bien entendu l’obligation que les nouveaux éléments soient cohérents avec la ville existante de la série, qui a des routes, trottoirs etc aux dimensions déjà définies.

Au final, la série vient donc effectivement des inspirations de l’équipe marketing LEGO, mais sans violence, c’est un partenariat tout en douceur.

Il faut aussi mentionner les scénaristes, basés en Californie, qui ont également une grande liberté de ton. C’est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles on adore travailler sur ce projet, on prend vraiment du plaisir à construire les épisodes, entre cette liberté, l’évolution des personnages, etc.

Au final, la série respecte quelques codes : par exemple les personnages ne s’embrassent pas, sans doute en raison de l’âge de la cible visée, mais les équipes de LEGO restent très ouvertes et s’appuient surtout sur un certain nombre de valeurs, dont la créativité.

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