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Clinamen : Hugo Arcier mêle les techniques dans une danse poétique

Lors de la création de la chorégraphie on a fait plusieurs résidences au 104. Les danseurs utilisaient régulièrement des combinaisons portatives de motion capture. On a développé une application temps réel avec Unreal Engine pour visualiser en direct les danseurs sous la forme de sphères. Ça a beaucoup aidé la chorégraphe Christine Bastin et les danseurs à imaginer le résultat final.

Une fois la chorégraphie établie on a fait l’enregistrement chez Mocaplab qui est un studio avec qui j’avais déjà travaillé et que j’apprécie beaucoup. C’est des vrais passionnés du mouvement. Les données livrées par Mocaplab étaient directement utilisables, il y a eu des petites retouches par-ci par-là , mais c’était de l’ordre du détail.

3DVF : Alors que la danse se poursuit, un nuage de points surgit : la scène du Palais Garnier dans toute sa splendeur, puis les autres volumes de l’édifice. C’est sans doute ici que le LIDAR a été utilisé : au niveau matériel et prise de vue, peux-tu nous en dire plus ? Comment a été préparée et effectuée la capture ?

La captation a été faite par un prestataire Geosat, qui est en fait un cabinet de géomètres, ça les a beaucoup amusé de travailler sur un projet artistique. Ils ont utilisé un scan FARO.

La captation a durée toute une nuit. Cette nuit dans le Palais Garnier vide est un très beau souvenir, l’ambiance est étonnante et je comprends que certains pensent qu’il y a un fantôme 🙂

3DVF : Comme pour la danse, les données LIDAR sont présentées dans leur forme la plus épurée : celle d’un nuage de points et non d’une géométrie texturée. D’où vient ce choix artistique ?

De façon générale dans mon travail j’aime rester assez proche des formes brutes et créer une esthétique à partir de ça. Dans ce projet la représentation par sphères se justifiait d’autant plus que tout le film s’inspire de la physique atomiste de Lucrèce, tous les éléments sont donc représentés par des atomes. Le titre Clinamen désigne la déviation des atomes par rapport a leur chute dans le vide et cette déviation leur permet de s’entrechoquer. C’est ce phénomène qui explique par exemple le libre arbitre.

3DVF : Qui dit LIDAR dit évidemment une masse de données souvent importante… Comment gérez-vous ce genre de problématique ? Et au passage, peux-tu nous donner quelques informations sur les choix matériels du studio ?

Ça a été effectivement un problème sur ce projet. Quand en plus ces points sont animés comme pour la fin du film, ça fait des caches vraiment gigantesques de plusieurs téra (d’autant plus que tout le film est calculé en 50 images/seconde). Ça ralentit les temps de chargement des scènes et au final aussi les temps de calcul. Sur certains plans il y avait plus de temps de chargement que véritablement de temps de calcul de l’image. Malheureusement il n’y a pas de solution miracle.
Il y a peu de machines dans le studio mais elles sont relativement puissantes avec à chaque fois plusieurs GPU (des titan xp ou des RTX2080), c’est le gros avantage pour un petit studio du calcul en GPU c’est le fait d’avoir une sorte de « mini renderfarm » dans une station.

3DVF : En poursuivant le cours du film, place ensuite à une séquence mêlant FX (les sphères se dissolvent) et photogrammétrie (la vue en coupe est une maquette exposée au Musée d’Orsay). Que peux-tu nous dire sur ce passage ?

L’intérieur de Garnier est incroyable, c’est un vrai labyrinthe, on n’imagine pas ça quand on ne connait que la partie publique, c’était important pour moi de le montrer dans le film !
J’avais besoin que les sphères qui représentaient les danseurs disparaissent à ce moment du film, juste avant que l’on arrive aux plans extérieurs. Mihai Grecu qui est graphiste Houdini s’est occupé de ces effets, c’est lui qui a aussi mis en place les setups d’apparition du décor et les effets de particules de la fin du film.

3DVF : Enfin, le film nous présente une vision artistique les alentours du Palais Garnier, avant que l’ensemble ne s’éparpille comme des grains de sable au gré d’un courant tourbillonnant : Comment avez-vous mis en place cette séquence ?

Ce travail c’est fait en plusieurs étapes. Benjamin Bardou s’est chargé dans un premier temps de la modélisation du Paris futuriste et de son éclairage. L’éclairage a ensuite était baké dans des textures. A partir de cette base polygonale, Mihai a généré une simulation d’un lidar avec l’organisation si spécifique en cercle.

L’idée de cette séquence c’est que les danseurs ne soient plus là, qu’ils soient invisibles mais que leur mouvement soit encore là, une sorte de représentation d’un mouvement pur sans corps. On a donc calculé la vélocité des danseurs qu’il sert d’impulsion à l’effet. Voici un exemple sur le dernier plan en forme de vortex, des danseurs avant le calcul du FX :

3DVF : De quoi es-tu le plus fier sur ce projet, et que t’a-t-il appris ?

C’était un vrai plaisir de bénéficier d’une carte blanche et de pouvoir faire une création de A à Z, avec une chorégraphie originale, une musique originale. Ce projet est vraiment très complet que ça soit artistiquement et techniquement.

3DVF : Pour finir cette interview, une question d’actualité : tous les studios font face à des difficultés liées au coronavirus. Du côté de n°130, comment vous organisez-vous ? Etes-vous déjà opérationnels en télétravail et avez-vous des soucis pour gérer cette transition ? Quels ont été vos choix techniques pour l’accès distant et la communication ?

Une partie importante de Clinamen s’est fait justement en télétravail, à cause des grèves des transports, comme le studio est à Montreuil c’était plus confortable de fonctionner comme ça. Ça s’est bien passé. Un des outils clef pour tous les projets du studio c’est Slack qui sert à regrouper toutes les communications, les échanges d’éléments. Ensuite un simple VNC permettait à l’équipe d’accéder à une machine locale et au serveur local ce qui permettait que tous les calculs notamment de cache reste centralisés. Je pense que c’est une vraie solution viable en tout cas pour un petit studio.

Pour en savoir plus

– Le site de N°130 ;
– Celui de 3e Scène, avec d’autres projets à découvrir ;
Mocaplab, en charge de la motion capture sur ce film.

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