Grotte de Lascaux 1I1, le jumeau virtuel
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La grotte de Lascaux à découvrir en VR : une visite hors du commun

Au coeur de Paris, Cité de l’Architecture et du Patrimoine, une visite virtuelle permet d’explorer une copie numérique de la Grotte de Lascaux, chef-d’œuvre artistique et haut lieu de la préhistoire.
Nous avons pu tester cette expérience en compagnie d’une partie de l’équipe du projet : l’occasion d’en savoir plus sur les coulisses. Suivez le guide !

235 mètres d’art pariétal

La première étape de l’expérience La grotte de Lascaux 1/1, le jumeau virtuel consite à s’équiper : un casque VR sur la tête, un sac à dos contenant un ordinateur. La visite commence alors, par groupe de 6 au maximum et durant 45 minutes. La qualité du modèle 3D utilisé est indéniable, et permet d’observer en détail les peintures et gravures de la grotte : aurochs, chevaux, cerfs, rhinocéros… Mais aussi d’énigmatiques marques abstraites pour nos yeux modernes et dont le sens reste incertain, même si comme nous l’a indiquée notre guide les spécialistes ont quelques hypothèses.

Par rapport à de simples photos ou même une vue immersive à 360° sans relief, l’intérêt de la réalité virtuelle saute rapidement aux yeux dans tous les sens du terme : elle permet de mieux apprécier le travail de ces lointains artistes qui ont utilisé les irrégularités de la roche et les effets de perspective. Ici, un bovidé dont l’épaule a été peinte sur un élément proéminent, renforçant son côté massif. Là, les pattes élancées d’un cheval suivent le relief fin d’une paroi. Plus loin encore, on constate qu’un cheval a été représenté renversé sur une paroi courbe, dans une zone très étroite : il est impossible de le voir en entier en se trouvant dans la grotte.

C’est d’ailleurs ici qu’intervient une autre force de la VR : les parois n’étant pas un obstacle, on peut les traverser pour prendre du recul, admirer l’ensemble d’une série de peintures, ou encore se faufiler dans un passage exigu sans difficulté. Bien entendu, il reste possible de se prendre au jeu : une des extrémités de la grotte, un boyau d’une hauteur réduite (et non présent dans les copies physiques de la grotte) peut par exemple être visité à 4 pattes pour les plus téméraires, tandis que d’autres pourront simplement l’admirer depuis l’extérieur.

Les choix de scénographie

Bien évidemment, ce type de visite implique un processus de décision épineux : représenter la grotte actuelle, ou telle qu’elle était à sa découverte ? Comment gérer les déplacements dans des couloirs étroits et avec un relief important ? Comment faire interagir guide et public ?

Des parois que l’on peut (presque) toucher

Ici, une idée centrale a guidé le projet : celui de présenter la grotte telle que peuvent la découvrir les scientifiques actuellement, sans artifices. La numérisation utilisée conserve donc les modifications postérieures à la découverte (ajout de marches à l’entrée, par exemple), et refuse les effets tape à l’oeil tels que les animations superflues ou les effets sonores. En somme, une démarche de restitution scientifique, pas de reconstitution purement ludique.

Côté éclairage, il a un temps été envisagé de mettre en scène des lampes à suif (graisse animale) virtuelles que l’on pourrait manipuler via un marqueur physique. De telles lampes ont véritablement été utilisées par les artistes d’origine : on en a retrouvé de multiples exemplaires dans la grotte. L’équipe est revenue en arrière en raison notamment du COVID, passer un marqueur physique de mains en mains n’étant pas vraiment envisageable dans les circonstances actuelles.
Résultat, c’est finalement une lampe frontale qui est utilisée : parfait pour retranscrire l’atmosphère sombre de la grotte et avoir un peu de dynamisme, tout en ayant un impact réduit sur les performances. En prime, cela se rapproche davantage de la ligne directrice initialement choisie, celle de se mettre dans la peau des scientifiques travaillant dans la vraie grotte.

Les interactions sont simples mais efficaces : un capteur leap motion permet de détecter la main des touristes virtuels pour afficher un pointeur, parfait pour se montrer des détails. Si l’essentiel de déplacements se fait de façon naturelle, en marchant physiquement, des portails de téléportation, plateformes mobiles et ascenseurs permettent de gérer des déplacements plus délicats : descente au fond d’une section de grotte, passage d’une portion de Lascaux à une autre. Enfin, un sol semi-transparent évite d’avoir la sensation de flotter quand la visite nous emporte en hauteur : les adeptes du vertige se sentiront rassurés par ce « plancher » virtuel.
Pas de manette pour le grand public ni pour les guides, donc, un choix qui limite les contraintes : n’oublions pas qu’une part très importante de la population n’a encore jamais testé d’expérience VR.

Un trio de partenaires

Outre la Cité de l’Architecture et du Patrimoine, le projet implique deux autre partenaires. Il s’agit de la DRAC (Direction régionale des Affaires Culturelles) de Nouvelle-Aquitaine, qui dispose des données numériques de la grotte, et de Dassault Systèmes qui a apporté son expertise et ses outils. Si le groupe est surtout connu pour ses solutions logicielles Catia et Solidworks, il s’intéresse aussi aux usages VR. Dassault Systèmes avait par exemple déjà travaillé sur une visite virtuelle de la pyramide de Khéops aux côtés d’Emissive et de l’Institut HIP, suite à la mission ScanPyramids en Egypte (autour de laquelle nous vous avions proposé une interview).

Dassault Systèmes a même installé un laboratoire R&D à la Cité de l’Architecture et du Patrimoine : l’Exaltemps. Le groupe est aussi derrière l’outil utilisé pour créer l’expérience, que nous avons d’ailleurs pu tester en compagnie de Mehdi Tayoubi (Vice-Président Stratégie & Innovation chez Dassault Systèmes) et Nicolas Serikoff (Directeur de production et d’exploitation à l’Exaltemps). En bref, l’idée est de disposer d’une solution de créations d’expériences VR elle-même en VR, très simple d’emploi par rapport à des outils comme Unreal et Unity. Il est cependant encore trop tôt pour en parler en détail, ce futur outil étant encore en cours de développement : nous aurons l’occasion de vous en reparler ultérieurement.

La Cité de l’Architecture : une visite à faire en complément

Le billet de l’expérience VR donnant également droit à une visite des collections permanentes de la Cité de L’Architecture et du Patrimoine, nous en profitons pour vous recommander cette dernière. On y trouve notamment une impressionnante collection de moulages à l’échelle 1 (jusqu’à 10 mètres de haut) qui seront l’occasion de faire un tour de France historique, des maquettes, dessins, reproductions de vitraux et peintures murales… De l’architecture religieuse au Moyen Âge à l’architecture urbaine contemporaine, vous y trouverez sans doute quelques inspirations pour vos prochains projets créatifs.

La collection de moulages, comme l’a souligné notre guide, explique d’ailleurs pourquoi la Cité de l’Architecture s’intéresse à la VR : au fond, les scans 3D ne sont que le prolongement des méthodes traditionnelles de duplication et conservation.

Voici un aperçu du musée avec quelques numérisations que nous avons réalisés sur place (photogrammétrie):

Notez aussi qu’une exposition rend actuellement hommage à Notre-Dame de Paris. On pourra y découvrir plusieurs oeuvres originales de l’édifice qui poursuit sa restauration, dont le coq de la flèche (reproduit ci-dessous), des sculptures, mais aussi des informations sur le chantier en cours.

Informations pratiques

La grotte de Lascaux 1/1, le jumeau virtuel se visite sur réservation (créneaux le jeudi et le samedi habituellement, journées supplémentaires durant les vacances scolaires).
Le tarif est fixé à 32€ et le billet donne également droit à la visite des collections permanentes de la Cité de l’architecture & du patrimoine.
L’expérience est accessible aux personnes à mobilité réduite ; aucun système spécifique n’est en revanche prévu pour les personnes malvoyantes ou malentendantes. Accès à partir de 12 ans.
La visite dure 45 minutes environ.

Plus de détails, réservation et accès : voir le site de la Cité de l’Architecture.

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2 commentaires

E
Eric-SUD 16 février 2022 at 8 h 16 min
Voici un aperçu du musée avec quelques numérisations que nous avons réalisés sur place (photogrammétrie):
Bonjour,
Je les trouves superbes ! Il sont réalisés avec quel logiciel ??
Merci
Shadows 16 février 2022 at 10 h 00 min
@Eric-SUD RealityCapture pour les premiers (qui sont plus anciens) Metashape pour les deux derniers.
Le musée se prête assez bien à la photogrammétrie : la galerie des moulages dispose de grandes verrières, donc il y a beaucoup de lumière.

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