Sonic 2
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Critique : Sonic 2, suite réussie ou film oubliable ?

Temps de lecture : 6 minutes

Sonic 2 sort demain dans les salles françaises : nous vous proposons donc une critique du film, confiée à Thomas « Gorkab » Martin qui l’a découvert pour nous en avant-première et dont nous avons déjà maintes fois relayé et soutenu le travail sur l’histoire des images de synthèse au cinéma.

Mise à jour : correctif sur les studios impliqués et ajout d’une précision sur la mention de Miami en VF.

Deux ans après un joli petit succès surprise pré-COVID, Sonic est de retour sur le grand écran en cette fin mars 2022, cette fois accompagné de deux nouveaux acolytes : Tails & Knuckles. Le réalisateur Jeff Fowler, officiant de nouveau sur cette suite, peut-il concrétiser le sympathique brouillon qu’était le premier film et continuer à enchanter petits et grands fans du célèbre hérisson des années 90, ou au contraire creuser les écueils que certains avaient pu reprocher en 2020 ? Malheureusement, c’est plus du côté de cette dernière option que le film semble se tourner !

Jim Carrey unchained, mais pas trop quand même

Choisir l’interprète de The Mask pour le rôle du Dr Robotnik avait été pour beaucoup le déclic qu’il avait fallu pour se laisser tenter par le visionnage du premier film. Voilà deux ans, le comédien avait ainsi largement rempli son rôle à la fois en version originale comme en français (grâce au talent de l’inénarrable Emmanuel Curtil notamment).

La barre était donc logiquement placée très haute pour cette suite, qui démarre moins d’un an après les événements du film original. On retrouve dès lors Robotnik sur la Planète Champignon, au design toujours aussi inspiré du premier niveau de Sonic & Knuckles, tentant désespérément de revenir sur Terre pour se venger de sa défaite contre Sonic. Armé de l’épine bleue de celui-ci, source inépuisable d’énergie, il réussit à envoyer un signal et se faire visiter par d’étranges hommes en costume (qu’on ne reverra plus jamais par la suite) et… Knuckles l’échidné. Celui-ci, en mode Rambo primaire, reconnait la fameuse pointe tout de bleu luisante, et conclut une alliance de circonstance avec Robotnik pour mettre hors d’état de nuire notre héros à baskets rouges.

Et c’est à partir de là que notre Jim Carrey préféré sera malheureusement relégué au second plan ! Là où ses pitreries avaient littéralement rythmé le film de 2020, il sera désormais coincé entre les interventions de Knuckles, Tails et surtout des autres faire-valoir humains.

Les humains ? Quels humains ?

Oui, vous savez, James Marsden, le jeune premier sheriff et sa clique de personnages unidimensionnels du premier film ? Eh bien ils sont de retour, et le réalisateur ne sait tout simplement pas quoi faire d’eux, prétextant au départ un mariage à Miami [NDLR : la VF parle de Miami, mais le tournage a été fait à Hawaï] pour s’en débarrasser !

De là, on aurait pu se concentrer sur Green Hill, la ville éponyme du premier film, où Sonic aurait pu affronter Knuckles à l’aide de Tails, comme dans les jeux vidéo de 1994, avec Robotnik se servant de lui pour voler les Émeraudes du Chaos… mais non.

Non, dans Sonic 2 Le Film, on nous balade entre cette confrontation tant attendue (et mise en avant dans les différentes bandes-annonces) et le mariage de la sœur de la femme de notre sheriff playboy du premier film (vraiment). Et qui va donc se marier, à Miami, avec ce personnage que l’on a entre-aperçu trois fois, majoritairement ligoté, avec un post-it de dialogues, dans le film de 2020 ? Shemar Moore, Monsieur Esprits Criminels et S.W.A.T., deux grosses séries policières diffusées de 2005 à aujourd’hui entre deux rediffs de New York : Unité Spéciale, New York : Police Judiciaire ou encore… Les Experts : Miami (sérieux, il est seulement casté dans le film pour ça, et je ne divulgâche même pas).

Nos personnages fonction vont donc meubler de sous-intrigues inutiles un film rallongé de 23 minutes par rapport au premier opus, et tenter de servir de liant à quelque chose qui n’en avait clairement pas besoin au départ. On est ici un peu dans le même dilemme que pour une autre suite de blockbuster à succès, à savoir Godzilla II : Roi des Monstres. D’un côté, on nous annonce un duel d’anthologie sur le grand écran, et de l’autre, on doit se farcir des personnages humains insipides, inutiles, voire carrément énervants.

Mais où tu vas comme ça, film ?

Que ce soit dit ici, le film excelle dans son hommage aux jeux vidéo d’origine, des opus Mega Drive à ceux de la Dreamcast, mais se ratatine complètement dès qu’il s’aventure à autre chose que son matériau de base. Pire encore, le réalisateur Jeff Fowler semble tout simplement ne pas savoir sur quel pied danser, tentant un grand écart incompréhensible entre film à morale pour enfants (en bas-âge), comédie adolescente décérébrée et film d’adulte « responsable ».

Les blagues ultra référencées font ici leur retour, allant d’une nouvelle vanne à la saga Fast & Furious qui va très mal vieillir (« comme The Rock et Vin Diésel » (prononcez bien le E accent aigu)), en passant par Marvel (Knuckles comparé au soldat de l’hiver) et même Robotnik citant un ancien président américain bien trop fan d’auto-bronzant (« des gens bien des deux côtés »). Lunaire.

La séance d’avant-première à laquelle nous avons été conviés pour voir le film étant d’ailleurs composée à plus de 50% d’enfants, il a été très révélateur de voir quels moments recevaient les louanges de ce jeune public et ceux qui les laissaient de marbre (spoiler alert, là encore, plus de la moitié du film). Mention spéciale à la chanson française promo choisir pour le film, « Speed Life », et ses paroles sorties d’un générateur aléatoire de paroles. Morceaux choisis :

J’suis dans une speed life, et j’peux pas ralentir. Tous les jours, je me remercie.

J’suis pas fiancé, la fille sait danser, j’vais financer. Salon privé, les salles sont prívées.

Collector, le chanteur s’est teint les cheveux en bleu rien que pour le film. On salue l’engagement.

So-So-So-Sonic !

Un autre interprète français d’anthologie n’est autre que le comédien Malik Bentalha, revenu ici donner de la voix à notre fameux hérisson bleu, après s’être illustré dans le premier film au point que des fans aient proposé une version dite « Bentalhess », remixant l’interprète québécois à sa place pour l’effacer complètement du doublage. Ambiance.

Deux ans après, Malik Bentalha a cependant fait quelques progrès dans son jeu et tire même son épingle du jeu dans les moments les plus épiques. Néanmoins, ses lacunes se font toujours ressentir dès qu’il s’agit de donner plus d’émotions à son personnage, se contentant de faire plus de la récitation de texte que de l’acting. Sa mue sera, on l’espère, complétée à temps pour le troisième opus, déjà en production, où Sonic rencontrera un autre adversaire autrement plus puissant (et non, ce n’est pas Metal Sonic).

MPC, le retour

Côté VFX, suite à la fermeture de MPC Vancouver, à qui l’on devait l’animation de Sonic dans le premier film, ce sont les studios MPC Montréal et MPC Bangalore qui se sont notamment partagé la tâche sur ce second opus, aux côtés de Marza Animation Planet au Japon ainsi que DNEG Montréal.

Évitant cette fois de devoir rendre le film deux fois, suite au premier design décrié par les fans sur les réseaux sociaux, on sent que les équipes ont eu clairement plus de temps pour peaufiner la fourrure de nos mascottes de SEGA. C’est simple : on a constamment l’impression d’avoir des peluches toutes douces à l’écran, encore plus avec Tails dont la première apparition a été re-rendue entre le premier et le second film, pour un résultat tellement fluffy qu’on a failli trépasser, bien que certains plans manquent parfois d’une passe d’anti-aliasing.

Les différents gadgets et autres inventions méchas de Robotnik sont quant à eux divinement retranscrits à l’écran (mention spéciale à la déconstruction de différents véhicules pour former le Giant Eggman Robot dans une tornade de pièces de métal), même si on sera peut-être tentés de pester un peu contre la neige intégrée dans le décor naturel où se déroule la scène du mariage, ou encore l’herbe grossièrement détourée pour intégrer les mascottes à la fin du film.

Le style graphique choisi ici, à l’instar de Détective Pikachu aussi animé chez MPC, se marie généralement plutôt bien dans l’ensemble avec les décors réels, mais on notera tout de même des interactions assez bancales avec les personnages humains par moments.

Cependant, pour une production réalisée en majeure partie dans les conditions du COVID, confinement oblige, on ne peut qu’applaudir le travail de toutes les équipes VFX derrière ce Sonic 2 Le Film.

Mes anneaux, y sont où mes anneaux ?

En définitive, à qui conseiller ce Sonic 2 Le Film ? En ces temps de disette en blockbusters bien dosés, face à un Morbius pire que Venom 2, le nouveau Dreamworks « Les Bad Guys » le 6 avril, et l’arrivée des Animaux Fantastiques 3 le 13 avril prochain, Sonic 2 Le Film pourrait bien arriver à se positionner pour un (très) jeune public traînant ses parents (de force ?) dans les salles obscures.

Pas sûr qu’au-delà de ce public cible, les fans de la franchise de SEGA y trouvent leur compte comme avec le premier film de 2020. Ils préfèreront peut-être tout simplement attendre une disponibilité SVOD comme film de seconde partie de soirée. Nous, en tout cas, on n’a pas trop été convaincus par ce second film de Jeff Fowler, et on craint tout logiquement pour le troisième opus déjà annoncé (et teasé) en scène post-générique.

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2 commentaires

phicata 29 mars 2022 at 18 h 07 min
"grâce au talent de l’inénarrable Emmanuel Curtil"
J’adore tellement cette voix que je preferes les VF de Jim Carrey.
Y à aussi Alexi Tomassian dans le genre.
Gorkab 29 mars 2022 at 18 h 30 min
Ah complètement, c’est lui aussi une grande voix du doublage français actuel !!

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