Critique : Belle, le nouveau film foisonnant de Mamoru Hosoda

Temps de lecture : 5 minutes

Actuellement visible au cinéma, Belle est le nouveau film d’animation du réalisateur japonais Mamoru Hosoda, fabriqué au sein de son studio d’animation Studio Chizu.
Le réalisateur s’est notamment fait remarquer avec ses films La Traversée du temps, Summer Wars, Les Enfants loups, Le Garçon et la Bête, Miraï, ma petite soeur.

Ici, il choisit d’explorer un thème déjà abordé dans Summer Wars : les univers virtuels. On suit ainsi le parcours de Suzu, adolescente introvertie et complexée qui vit dans une petite ville japonaise avec son père. La découverte du monde virtuel “U” lui permettra de devenir Belle, une superstar de la chanson suivie par 5 milliards de personnes.
Bien entendu, tout ne se passera pas comme prévu : tandis que de de nombreuses personnes tentent de percer l’identité secrète de Belle, celle-ci fera la connaissance de la Bête, un personnage mystérieux de U…

Si le synopsis pourrait laisser penser que le film se concentre essentiellement sur le virtuel, ce n’est au final pas le cas ; sans dévoiler trop de détails, nous dirons juste que Mamoru Hosoda nous propose ici une version très libre de La Belle et la Bête, mêlée à plusieurs intrigues situées dans le monde réel comme dans le monde virtuel.

Un travail visuel poussé

La première chose qui frappe lors de la découverte du film, c’est avant tout son esthétique soignée, avec un mélange d’animation 2D et 3D. Mamoru Hosoda a opté pour un style différent selon que l’on se trouve dans le monde réel/virtuel, avec en prime quelques transitions confiées aux équipes de Cartoon Saloon.
Le réalisateur Tomm Moore avait d’ailleurs fait le déplacement au Forum des Images pour le Carrefour du Cinéma d’Animation, le festival qui nous a permis de découvrir le film en avant-première. Tomm Moore a introduit la séance et est revenu sur sa rencontre avec Mamoru Hosoda, leurs points communs tels qu’un fort intérêt pour les croyances animistes, le fait que Mamoru Hosoda a incité le studio à sortir de sa zone de confort pour ce film plutôt qu’à reproduire le “style Cartoon Saloon”.

Foisonnant, très riche en détails, le monde virtuel de U joue sur les effets de foule, les espaces gigantesques et les jeux d’échelle. De quoi créer un contraste avec le monde réel, sans pour autant perdre en cohérence artistique.

Les personnes connaissant déjà le travail de Mamoru Hosoda ne manqueront pas de faire quelques parallèles avec ses oeuvres passées, en particulier avec Summer Wars qui jouait lui aussi sur le contraste visuel.

En termes de chara design, le personnage de Belle vous semblera sans doute très “Disney”, et pour cause : Mamoru Hosoda a fait appel à Jin Kim, connu pour son travail sur La Reine des Neiges ou Les Nouveaux Héros. Un hommage clair aux travaux du studio, même si Belle manque du coup peut-être un peu d’originalité.

Concept art de Jin Kim

Le lien avec les studios Disney se poursuit avec l’exploration du conte La Belle et la Bête, tant il est évident que son adaptation animée est une influence visuelle majeure sur certains décors et certaines séquences (sans doute un peu trop au goût de certains spectateurs avec qui nous avons échangé).

Reste que dans l’ensemble, Belle est une oeuvre visuellement soignée, avec quelques moments de fulgurance comme la parade sonore de Belle sur une baleine volante ou certaines séquences vertigineuses se situant dans U.

Le monde virtuel, territoire neutre ?

Toujours en ce qui concerne l’univers virtuel, on pourra rapprocher U de la vision proposée par Mamoru Hosoda dans Summer Wars : celle d’un monde alternatif vu comme une évidence qui n’a pas besoin de remise en question, mais aussi un lieu neutre en soi, qui n’est pas “bon” ou “mauvais” par essence. On sent que pour Mamoru Hosoda, ce sont finalement nos actes individuels et collectifs qui détermineront le destin de ces univers.
Cette vision assez bienveillante ne l’empêche évidemment pas d’aborder les dérives que peut générer le virtuel, mais sans verser dans la technophobie ou le pessimisme. U et le numérique sont au fond des outils, et c’est leur usage qui est bénéfique ou négatif.

Une bande-son envoûtante

Puisque l’alter ego Belle de Suzu est une chanteuse virtuelle, Mamoru Hosoda n’a évidemment pas négligé cet aspect, et la voix de Kaho Nakamura apporte une performance mémorable.
D’une parade éclatante à des chansons plus intimistes, différents registres sont exploités avec succès : il s’agit clairement d’une des forces majeures du film. Les chansons permettent en prime d’offrir au spectateur des séquences oniriques et de renforcer certains tournants émotionnels.

Nous avons vu le film en VOST, mais notez que du côté francophone, c’est la chanteuse Louane qui prête sa voix à Belle et Suzu.

Un film (trop) foisonnant à ne pas manquer

Belle est un film beau, envoûtant mais qui n’est pas exempt de maladresses : face à l’abondance de personnages et d’intrigues secondaires, certains éléments nous ont semblé sous-exploités, tandis que d’autres auraient mérité plus de place pour respirer. Globalement, quelques coupes scénaristiques auraient permis une plus grande cohésion globale.

Malgré ces défauts, Belle reste pour nous une réussite.

Une oeuvre visuellement impressionnante, tout d’abord, qui réussit à marier efficacement les techniques de rendu et exploite pleinement le grand écran avec un fourmillement de détails.
Une oeuvre musicale réussie, ensuite, avec des chansons qui, plusieurs semaines après le visionnage en avant-première au Forum des Images, nous restent encore en tête.
Un scénario fort, enfin, qui malgré les défauts évoqués plus haut ainsi qu’un dénouement qui aurait peut-être mérité d’être amené plus progressivement, nous propose de découvrir une héroïne forte et complexe, des personnages secondaires attachants, et surtout une vision des univers virtuels assez rafraîchissante par sa bienveillance et sa neutralité, et un propos global qui passe du même coup bien mieux que dans d’autres films évoquant les univers virtuels (on peut penser à Ready Player One, qui avait généré des avis assez clivés).

Bref : Belle est une oeuvre forte, riche en émotions, imparfaite mais mémorable.
Nous vous recommandons donc de découvrir le film, si possible en salle de cinéma afin de profiter pleinement de son travail visuel.

Notez enfin, si vous souhaitez poursuivre l’exploration de l’univers de Belle, de Mamoru Hosoda et du Studio Chizu, qu’une exposition / pop-up store est en place à la galerie French Paper Art Club, du 6 au 12 janvier. Un site dédié vous donnera plus de détails.

A Lire également

5 commentaires

Merlinone 6 janvier 2022 at 11 h 13 min
La fin du teaser est nulle :) Fade de musique à l’ancienne.
Bien envie de voir le film cependant, par ce que contrairement au films ricains dont le teaser est toujours top et le film est nul, ici ça doit être le contraire.
Et "Aimer et être libre" sont deux mots qui commencent à sérieusement résonner dans la société dans laquelle on entre petit à petit :)
K
kin4n 9 janvier 2022 at 20 h 59 min
Nos enfants ne connaitront pas la liberte. Ils connaitront la liberte de consentir, ou la liberte de s opposer. Ils ne pourront pas etre libres. Je le vois, moi parisien qui vit en campagne depuis 4 ans, chez les plus ages, qui ne comprennent absoluement pas pourquoi on leur impose des tas de trucs qui ne leur servent a rien. Comme de mourrir en ehpad sans avoir le droit de voir leurs proches, meme a l article de la mort. A qui on refuse de vendre leurs produits sains dans les etales, qui doivent se soumettre a tout un tas de tests, de regulations, de verifications sur leurs droits, etc … tout ce qui nous parait raisonnable, voire necessaire, est une privation de liberte pour eux. Et je commence, a l age de raison, a me rendre compte que mes propres enfants entrent d eux meme dans ce monde surveille, code par des regles de masse qui les deshumanise et les transforme en valeurs.
Shadows 7 janvier 2022 at 16 h 07 min
Oui, la toute fin du teaser fait très "bon ben on ne sait pas où couper". :)

Une petite précision : le film n’est pas adapté au très jeune public (Allociné le suggère aux 8 ans et plus), du fait de certaines thématiques abordées.

Shadows 10 janvier 2022 at 10 h 22 min
@kin4n Je ne vois pas trop le rapport avec le film ? Ou alors c’est en réaction à ce que je disais juste avant ?
K
kin4n 10 janvier 2022 at 20 h 41 min
oui desole je repondais a Merlinoe

Laissez un commentaire