Crise, emploi, avenir : le point sur les VFX en France

Temps de lecture : 4 minutes

Les enregistrements vidéo du SATIS arrivent désormais en ligne, et nous allons en relayer les conférences les plus marquantes. Voici pour commencer un état des lieux du secteur VFX en France.

Autour de la table, de gauche à droite :

  • Emmanuel Pichereau, directeur créatif/superviseur VFX chez One of Us Paris ;
  • Emma Deleva – Journaliste, qui assure la modération ;
  • Olivier Emery, PDG et fondateur de Trimaran ;
  • Anouk Deiller – Cheffe du service des industries techniques et de l’innovation – Direction du numérique au Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC) ;
  • Laurens Ehrmann – CEO / Creative Director chez The Yard VFX.

Vous trouverez sous la vidéo notre compte-rendu de l’échange.

Pandémie, télétravail, sécurité

La table-ronde a évidemment débuté par un bilan de l’impact de la pandémie.

Côté Trimaran, après une phase de chômage technique liée au confinement, le travail a pu reprendre.
Même son de cloche chez The Yard ; Laurens Ehrmann souligne que le télétravail est désormais l’exception.
One of Us n’étant implanté à Paris que depuis juillet, l’antenne parisienne n’a donc pas vécu les débuts de la crise, mais Emmanuel Pichereau a indiqué qu’à Londres, le télétravail a été rapide (mise en place en 4 jours) et a duré bien plus longtemps qu’en France. Le but actuel de One of Us : la flexibilité et l’adaptation aux situations et demandes individuelles. En revanche le présentiel est imposé aux juniors.

En ce qui concerne les contraintes de sécurité, Laurens Ehrmann souligne que même les gros studios américains ont relâché leurs règles, tout simplement car ils n’avaient pas le choix. En pratique, la sécurité informatique a de toutes façons bien progressé ces dernières années, l’inconnue majeure étant la sécurité physique, l’humain.
Anecdote intéressante : au début de la mise en place du télétravail, Disney voulait imposer à ses sous-traitants une pièce dédiée fermée avec caméra… Avant d’assouplir les choses face aux réalités du terrain.
En revanche, un renforcement des règles est à prévoir selon les éventuelles fuites à venir.

Nouvelles plateformes, emploi

Le marché est actuellement bouleversé par l’arrivée de nouvelles plateformes qui créent un appel d’air : pour se démarquer, ces acteurs doivent créer du contenu, et donc faire appel aux studios VFX.

Laurens Ehrmann évoque un “Far West”, et souligne que le marché de l’emploi est déséquilibré, avec un manque d’artistes. The Yard signe déjà des projets prévus pour 2023, et doit même refuser des offres de projets, malgré une croissance de la taille du studio.

Anouk Deiller du CNC donne le même son de cloche d’une forte hausse de la demande par les plateformes. D’après les chiffres et remontées, le CNC voit également d’autres tendances, comme une démocratisation des VFX (qui sont accessibles à des projets à budget plus réduits), une hausse des budgets VFX pour les films français, ou encore l’émergence des séries “prestige” avec beaucoup d’effets visuels (Bazar de la Charité, Germinal). Enfin, la fameuse directive SMA a un impact encore difficile à mesurer.
Globalement, le CNC voit une hausse de la demande des VFX pour des projets français.

Concernant le marché de l’emploi, le panel souligne que le recrutement en France est rendu plus difficile du fait de projets moins attirants pour les artistes qu’une production Marvel. Le Tax Shelter en Belgique a par ailleurs tendance à attirer une partie des VFX de projets français.

Un peu plus loin dans l’échange, la table ronde souligne la difficulté de faire revenir des mid ou seniors partis à l’étranger au début de leur carrière. Ceci étant dit, la France est soudain devenue plus attractive pour ces personnes avec le Covid, la crise pouvant être plus facile à vivre dans l’hexagone en raison notamment du système social en place. D’autant plus avec le télétravail qui permet de ne pas forcément devoir vivre sur Paris.
Autre frein pour les studios français : les studios internationaux qui recrutent les élèves lors des jury de fin d’études, voire avant.

La conclusion ? Une nécessité pour les entités françaises de se positionner elles aussi très tôt auprès des élèves en fin de cursus, et d’arriver avec de beaux projets qui sauront les attirer face aux paillettes hollywoodiennes, canadiennes, anglaises.

One of Us à Paris : pourquoi ?

La table ronde a été l’occasion de revenir sur l’installation à Paris de One of Us : un choix qui peut interroger les studios déjà en place.

Pour Emmanuel Pichereau, les crédits d’impôt n’ont pas été la raison principale, même s’il avoue que cela a évidemment facilité les choses. L’objectif premier était d’avoir un pied sur le continent afin de garder un lien avec l’UE malgré le Brexit. Par ailleurs, il souligne la présence de talents en région parisienne : le but était donc aussi d’étendre l’équipe du studio au-delà de la sphère londonienne.

Excuse My French, French Keys, France VFX

Enfin, la table ronde a été l’occasion d’évoquer différentes initiatives, comme l’émergence de nouvelles structures. Excuse My French et French Keys, évoquées par Olivier Emery (lui-même lié à Excuse My French), se positionnent en structures indépendantes ou semi indépendantes avec de superviseurs qui pilotent des projets, sans forcément se rattacher toujours au même studio VFX.

France VFX (ex V2F), de son côté, est pour rappel une entité ayant pour but de fédérer le secteur et créer un dialogue, partant notamment du constat qu’en s’opposant, les studios ont surtout créé une baisse des prix. Une dizaine de studios membres veulent travailler à l’international, et cette volonté est un des axes de travail principaux de France VFX, qui avait déjà organisé un voyage aux USA afin de démarcher des clients locaux. L’entité projette d’ailleurs justement de renouveler l’opération en fonction des conditions sanitaires, tout en travaillant en France sur la mise aux normes (en particulier, de sécurité) des studios afin de pouvoir accueillir les productions internationales.

Bilan : un avenir radieux ?

Une forte demande, un recrutement intense, des initiatives pour se développer : en écoutant cette table ronde, l’avenir des VFX made in France semble en bonne voie.

Plusieurs inconnues ou défis restent cependant à garder en tête : l’évolution de la pandémie bien entendu, les adaptations indispensables pour pouvoir prétendre aux projets venus d’Outre-Atlantique, et enfin la concurrence des studios étrangers, qui imposent de bien planifier le recrutement.
On rappellera au passage aux studios qui nous lisent que nous disposons d’une plateforme emploi : si vous n’en avez pas déjà profité, n’hésitez pas à nous contacter sur contact@3dvf.com, nous pourrons vous donner tous les détails nécessaires, et surtout vous proposer une offre d’essai gratuit.
Enfin, il s’agit aussi de trouver les initiatives adaptées pour se démarquer : échanges entre studios, approches innovantes. On pensera également, même si ce n’était pas le coeur de la table ronde, à l’importance de bien suivre ou même anticiper les évolutions technologiques, à l’instar de Mac Guff qui a misé sur le deep learning.

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4 commentaires

A
araguaney 2 décembre 2021 at 14 h 05 min
L’avenir c’est aussi le plafonnement de l’extraction de tout un tas de ressources, un réchauffement climatique qui ne fait que commencer, une destruction des équilibres naturelles qui n’en finit plus.
Les VFX au final n’ont pas un avenir tres radieux je pense.
Shadows 2 décembre 2021 at 14 h 51 min
@araguaney Effectivement, c’est clairement un point majeur. Qui sera d’ailleurs évoqué dans le compte-rendu des RADI RAF : des studios ont déjà entamé une transition, avec même le cas d’un studio qui compte bientôt produire plus d’énergie qu’il en dépense.
Et les aides du CNC vont rapidement être conditionnées par des contraintes écologiques.
On peut aussi penser que des outils comme le deep learning, qui nécessitent des calculs en amont mais moins que du rendu classique lors de la génération des images, pourront aider à réduire l’impact écologique du secteur.

Après, est-il pertinent de pousser toujours plus les VFX, de produire toujours plus de divertissement qui par essence a forcément un impact à toutes les étapes (fabrication, diffusion, visionnage)…. C’est aussi une vraie question. Le même genre de débat est soulevé du côté jeux vidéo, certains prônant la fin de la course aux visuels justement à cause de l’impact associé (renouvellement du matériel, consommation énergétique).
Tout dépendra des choix politiques qui seront faits collectivement, à l’échelle du pays, de l’UE et au-delà. Pour le moment, (et je bascule ici dans l’observation personnelle au doigt mouillé) je ne suis pas sûr qu’on aille vers ce chemin : l’écologie ne semble pas être le sujet principal des débats politiques pour 2022, par exemple. Mais ça évoluera peut-être.

A
araguaney 5 décembre 2021 at 2 h 42 min
Merci @Shadows, belle réponse.
En effet je pense que la question écologique demande une reflexion systémique. C’est toute notre société qu’il faut questionner, autant au niveau culturelle, que phylosophique que matériel. De là découlera des conclusions pour chaque secteur spécifique comme les VFX. Prendre en compte sérieusement la question écologique est obligatoire, c’est une question de survie. La priorité c’est de stabiliser la production matériel, puis de la baisser. Les demandes de ressources augmentent et augmenteront toujours plus vite alors que notre capacité d’extraction et de produire n’augmente pas aussi vite voir se stabilise et auront tendance a baisser dans le futur. Cette décorellation entre l’offre et la demande va contraindre le matérialisme et contraindre la mondialisation a des choix de production essentielles pour maintenir la vie. Les VFX, le divertissement ne sera pas une priorité. Donc si on parle du futur il faut prendre en compte cette donnée qui du coup devient le principal objet du débat.
phicata 5 décembre 2021 at 18 h 40 min
Et bien voiçi ma minusculissime contribution à la fable du colibri:
Décochez ces deux cases dans votre profil 3dvf:
Afficher la pièce jointe 41498

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