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RenderMan : arrivée du moteur RIS et bouleversement tarifaire

Temps de lecture : 7 minutes

RenderMan

Pixar avait prévenu : le 29 mai serait l’occasion pour le studio de faire de grosses annonces concernant son moteur de rendu RenderMan.
La société a tenu parole et annonce une version 19 qui s’accompagne de RIS, un nouveau moteur, ainsi qu’une baisse radicale de ses tarifs. Mieux encore, RenderMan devient gratuit pour un usage non commercial.

RIS : du raytracing sous le capot

En parallèle de son moteur REYES, Pixar a poursuivi son travail sur le raytracing. Le résultat : RIS, un moteur de rendu entièrement en raytracing que les utilisateurs pourront, selon leurs besoins, utiliser à la place du rendu REYES.

RIS est pensé pour le cinéma et les VFX ; il dispose également d’un framework qui permettra aux studios de développer leur propre plateforme. L’architecture est ouverte et propose un système poussé de gestion de la lumière.


Rendu d’une scène avec sphères et miroirs. 20 niveaux de réflexion. Les ampoules sont des géométries émissives, les lights du plafond des area lights géométriques.

La liste des fonctionnalités est longue : raytracing pur, rendu progressif, faible empreinte mémoire, échantillonnage adaptatif. D’entrée de jeu, l’utilisateur disposera d’uber-shaders plausibles, d’un système complet de lights, de rendu volumétrique (avec support OpenVDB), de motion blur, de profondeur de champ et de displacement.

 

rendu volumiqueRendu volumique avec RIS et le path tracer unidirectionnel (PxrPathTracer).

Pixar indique avoir voulu simplifier le travail des artistes avec du re-rendering interactif, aucun cache de radiosité, et un raytracing rapide (une profondeur de 10 suffit à obtenir de bons résultats).


Ci-dessus, démonstration du re-rendering interactif.

Entrons dans les détails :

– le support du rendu progressif permet à Pixar de proposer de nouveaux workflows.
Ainsi, il est possible de demander au moteur de ne rendre que 32 passes par frame, ou d’exiger un temps de rendu maximum de 10 minutes par frame.
L’objectif est de pouvoir disposer rapidement d’un aperçu, bruité, d’une séquence. Si l’utilisateur est satisfait, il peut poursuivre le rendu là où il était arrêté. Dans le cas contraire, il n’a pas perdu un temps précieux.

– RIS permet de gérer des Integrators sous forme de plugin. Un integrator sert à calculer le transport de lumière dans la scène, et utiliser différents integrators permettra à s’adapter à différents cas en production.
RIS propose plusieurs integrators :
– PxrPathTracer, un forward path tracer, particulièrement adapté aux environnements extérieurs avec grandes sources lumineuses et matériaux spéculaires (en revanche, il sera peu adapté pour les caustics).
– PxrVCM, un path tracer bidirectionnel avec photons. Il est prévu pour les intérieurs et gère très bien les caustics. Il peut gérer plusieurs modes (y compris un mode forward path tracing). L’algorithme utilisé est légèrement plus lent que les autres integrators, mais convergera parfois plus rapidement.
– Des integrators de débogage sont aussi fournis.
– Il est évidemment possible de développer ses propres integrators.

Crânes
Ci-dessus, rendu réalisé avec l’integrator PxrVCM, qui sait gérer les caustics et réfractions complexes.

Ci-dessous, test de rendu des caustics avec RIS et PxrVCM. Une seule source lumineuse éclaire la scène ; elle est située au-dessus et en retrait des statues.

– En ce qui concerne les matériaux, des BxDF définissent le modèle d’illumination utilisé. RIS en propose un certain nombre : PxrDisney, PxrGlass, PxrDiffuse, … Des BxDF sont proposés pour la peau, le hair et le rendu volumique.
Des « patterns » RIS permettent de gérer la texture d’un BxDF. OSL est notamment géré.

Alien
Le célèbre alien de Toy Story, rendu à l’aide de RIS et du shader de peau intégré. Le shader intègre trois profondeurs de subsurface scattering, et utilise l’illumination indirecte. La scène, avec éclaraige en trois points, est rendue en une seule passe.

Ci-dessous, démonstration de rendu interactif de subsurface scattering.

– Les sources de lumière géométriques introduites dans RenderMan Pro Server 18 sont reprises et améliorées dans RIS. Il est possible de gérer un grand nombre de lights, et d’attribuer un budget d’échantillonnage global pour les lights (avec possibilité d’ajuster le budget pour une light donnée). Diverses fonctionnalités sont proposées, comme le support de profils IES.

feuLes area lights géométriques permettent d’avoir des volumes émissifs. Ici, toute l’illumination provient du feu.

 


Ci-dessus, utilisation de metaballs en tant que source d’éclairage.

 

– Un ensemble de projections sont disponibles pour les caméras : fisheye, orthographique, sphérique, cylindrique, toroïdal, rolling shutter.

– Pour gérer des scènes massives, RIS dispose d’optimisations de gestion de la géométrie.

Géométrie

– Développement : RIS utilise C++. : Pixar indique que RSL est à considérer comme mort. De nouvelles APIs en C++ sont proposées, pour plus de rapidité. Des outils faciliteront la transition.
L’architecture est plus ouverte : Pixar met fin aux boîtes noires, et donne un accès total à l’API.


Ci-dessus, démonstration de re-rendering interactif sous RIS avec trois rebonds d’illumination globale (radiosité), pour le look/development de la scène.

RIS ou REYES ?

Puisque RenderMan propose désormais deux moteurs de rendu bien distincts, REYES et RIS, reste à savoir lequel utiliser dans un cas précis. Pixar a communiqué une liste de conseils :

– Projets avec voitures ou vaisseaux spatiaux : RIS.
– Projets avec beaucoup de fourrure, ou des contraintes mémoires importantes : REYES.
– Besoin de multipass, ou d’options de configuration en grand nombre ? Il faudra choisir REYES.
– Pour un lookdev et un feedback rapides : RIS.
– Pour une équipe de studio avec une expérience faible ou nulle sous RenderMan : RIS.
– Pour un contrôle poussé sur les pixels finaux, ou du rendu non physique : REYES.

RenderMan

Refonte du système de licences…

Outre un nouveau moteur, Pixar a également revu en profondeur son système de gestion des licences.
Exit la distinction entre RenderMan Studio (qui se compose d’outils de shading, lighting et rendu) et RenderMan Pro Server (le moteur de rendu proprement dit) : le système de licences unifie ces deux produits sous le nom RenderMan.

En revanche, l’outil Tractor (qui permet de gérer les tâches d’une renderfarm) est proposé séparément, avec des licences dédiées.

… Et fonte massive des prix

RenderMan Studio et RenderMan Pro Server étant respectivement vendus 1 240€ HT et 2 090€ HT (prix pratiqués avec souscription par Progiss, revendeur exclusif du moteur en France et partenaire de 3DVF), on pourrait s’attendre à ce que la combinaison des deux soit proposée aux alentours de 3 300€.

Or, Pixar a décidé de revoir entièrement sa politique tarifaire et les clients visés par son moteur, en baissant radicalement les prix. RenderMan sera proposé aux tarifs suivants (hors taxes) :

– 495$ par licence ;
– 200$ par an pour disposer de la maintenance (avec support et mises à jour pendant 12 mois);
– sans maintenance, un utilisateur ne disposera d’aucun support (en dehors du support durant l’installation, dans les 30 premiers jours de l’achat)
– la mise à jour depuis n’importe quelle version antérieure de RMS ou RPS sera facturée 450$, avec un an de maintenance incluse.

Autrement dit, une licence avec maintenance d’un an sera proposée 695$ HT pour un nouveau client.

Progiss nous a indiqué que le tarif français respecterait évidemment le taux de change :

RenderMan sera donc proposé aux alentours de 500 € HT avec souscription d’un an.
En clair, les tarifs sont divisés par 6 ou 7.

A noter également, un système « Peak Render Capacity » est mis en place. Concrètement, il s’agit de packs destinés aux studios qui désirent commander au moins 25 licences. Ils permettent d’obtenir des réductions en fonction du nombre total de licences commandées, avec devis personnalisé.

RenderMan


Rendu d’une scène avec surface émissive.

RenderMan gratuit pour un usage non commercial

Pixar ne s’arrête pas là. Le studio lance également une version entièrement gratuite de RenderMan, réservée à un usage non commercial.

Il s’agit bien d’une version complète du produit, sans limite de rendu, watermark ou autre. De même, l’API complète est présente. La licence est permanente, sans limitation dans le temps.

Certaines contraintes sont toutefois présentes :

– la licence est de type nodelocked ;
– une seule licence par utilisateur (« un utilisateur » étant un studio, freelance, amateur, étudiant);
– les conditions d’utilisation seront distinctes de celles du produit commercial ;
– l’accès au forum de support sera limité à la section « publique ».

Pour demander une licence gratuite, il suffit de remplir un formulaire sur le site de Progiss.

Pourquoi ce changement tarifaire ?

La baisse radicale des prix et le lancement d’une version gratuite reflètent un changement profond de la politique de Pixar concernant à la fois l’image de RenderMan et le public visé par son produit.

Bien évidemment, la concurrence a joué : l’arrivée de nouveaux moteurs avait d’ailleurs déjà incité le studio à baisser ses tarifs en 2012. Elle est sans nul doute un facteur majeur de cette nouvelle baisse, de même que de l’arrivée de RIS.

Pixar, de son côté, met en avant un faisceau de facteurs qui ont pesé dans la décision de casser les prix et de proposer une version gratuite :

– Faciliter le test du produit : jusqu’ici, beaucoup d’infographistes ne savaient même pas qu’une version démo existait.
– Favoriser l’adoption du produit : avec ces nouveaux tarifs, Pixar enfonce le clou et donne un signal fort en direction des petits studios, mais aussi des freelance. RenderMan devient enfin véritablement abordable, et le studio ne cache pas son ambition de faire de RenderMan un standard de l’industrie.
– Comme la version gratuite propose l’API complète, les développeurs pourront créer de nouveaux plugins et interfaces.
Mieux encore, il est possible de créer ponts logiciels et plugins payants y compris avec la version gratuite. Pour Pixar, l’intérêt est évidemment de favoriser la création de nombreux plugins.
– Lassé d’entendre dire que « RenderMan est difficile à utiliser », Pixar entend mettre un terme à ce qu’il qualifie de « mythe ».

RenderMan

Quand ces nouveautés seront-elles disponibles ?

La nouvelle version 19 de RenderMan, et sa déclinaison gratuite, seront lancées aux alentours du SIGGRAPH 2014, qui a lieu du 10 au 14 août prochain à Vancouver.

Les achats réalisés dès à présent donneront droit à une mise à jour gratuite vers la version 19, et le nouveau tarif est appliqué dès à présent.

Pour en savoir plus

– Le site officiel de RenderMan propose désormais une page dédiée au changement tarifaire et une seconde sur les nouveautés.

– Pixar sera présent au Festival d’Annecy ; trois conférences « Pixar’s RenderMan Pixel Party » sont organisées le mardi, mercredi et jeudi de la semaine du festival, à 14 heures. Elles se focaliseront sur RenderMan.

– Vous pouvez également contacter Progiss, revendeur officiel de RenderMan en France (et partenaire de 3DVF), par téléphone au 01 49 89 07 90 ou par e-mail : info@progiss.com.

Illustrations de l’article : Disney/Pixar

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