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ZED : Saschka Unseld (Pixar) revient sur Le Parapluie Bleu

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ZED : aperçu du studio éphémère

ZED, le studio éphémère HP, s’est ouvert hier à Paris. Cet évènement (dont 3DVF – Progiss est partenaire) propose pour rappel une série de conférences, ateliers et échanges tout au long de la semaine.

La première journée a été marquée par l’intervention de Saschka Unseld, réalisateur du court Le Parapluie Bleu des studios Pixar.
S’il avait déjà abordé le sujet lors du Festival d’Annecy, Saschka Unseld est ici allé plus loin, revenant en détail sur la genèse du projet.

Unseld
Saschka Unseld, après la conférence

Le Parapluie Bleu : naissance d’une histoire

Unseld a tout d’abord détaillé le processus de mise en place de l’histoire. Après être tombé un jour en arrêt devant un parapluie cassé, gisant sur le sol à San Francisco, l’idée d’un court célébrant la pluie avait germé : Unseld avait en effet réalisé que s’il aimait tant la pluie, et si ce parapluie l’avait marqué, c’était parce que ces éléments lui rappelaient Hambourg, sa ville natale.
Peu à peu, le concept d’une ville animée a pris forme, avec des parapluies vivants et un projet qui ferait passer l’idée d’une déclaration d’amour à la pluie elle-même.

Après avoir pitché avec succès son projet auprès des décideurs de Pixar, Unseld a pu mettre en place le « story process », qui a permis de passer du pitch verbal et de quelques croquis à la version définitive du court. En voici quelques étapes :
– « story bits » (sorte de storyboard simplifié du projet) ;
– story reel en animation 2D : dès cette étape, des projections test ont eu lieu auprès d’artistes Pixar. Un excellent moyen, selon Unseld, de mettre en avant ce qui est bon ou pas, compréhensible ou pas, et de tester des alternatives. Par exemple, il a été envisagé de faire du parapluie bleu le seul qui aimerait la pluie, les autres parapluies ayant des mines moins réjouies.
– animation 3D basique, là encore avec projections tests.

Le projet est passé par 5 ou 6 versions relativement différentes, et a été modifié jusqu’à la phase d’animation proprement dite, principalement sur l’editing. Un seconde de plus ou de moins, révéler un détail immédiatement ou faire attendre le spectateur (par exemple, lorsque le parapluie bleu découvre le rouge et que la caméra tarde à nous montrer ce dernier) peuvent avoir une influence énorme sur ce que perçoit le public, a indiqué Unseld.
Le réalisateur a par ailleurs souligné que l’animation travaille « à l’envers » par rapport au cinéma classique : plutôt que de se concentrer sur l’acting (animation) puis de faire le montage (editing), le processus d’animation fait l’inverse. Il le regrette d’ailleurs, puisqu’il est souvent délicat, à l’étape d’animation et non après le rendu final, de décider si un plan doit durer une seconde de plus pour s’attarder sur un détail. Stopper les modifications à l’étape d’animation est donc pour lui une contrainte, qu’il souhaiterait idéalement faire sauter.

Parapluie Bleu

La technique au service de l’art

Saschka Unseld est ensuite revenu sur ce qu’il nomme « technical artistry » : le coeur des choix techniques est et sera toujours l’art.
Ainsi, ce n’est pas un hasard si le rendu photoréaliste a été adopté pour Le Parapluie Bleu. Avant de pitcher le projet chez Pixar, Unseld avait tourné quelques plans en prises de vues réelles sur lesquels il avait animé quelques « visages » similaires à ceux que l’on retrouve dans la ville du court. Et il avait réalisé que si ces essais plaisaient, c’était précisément parce qu’ils étaient issus de prises de vues réelles, ce qui donnait un côté « magique » qui aurait été totalement absent en animation stylisée.

Parapluie Bleu

Il nous a présenté certains de ses outils de travail, comme un graphe sur lequel il avait mis en place l’évolution de la lumière/couleur et de la pluie tout au long du court. Ces éléments suivent en effet l’histoire : par exemple, une fois le parapluie rouge et bleu séparés, la pluie se fait battante, hostile, et la couleur d’ambiance a les teintes d’un néon verdâtre à la lumière désagréable.
Evidemment, l’éclairage est censé provenir des éclairages des façades de la ville. Durant la production, les équipes en charge des décors et de l’éclairage ont donc travaillé en lien étroit pour que l’endroit où se situe l’action à tel moment du film corresponde à l’éclairage voulu, et donc que les décors soient adaptés.

Unseld a également évoqué le principe du « rough assembly », une technique qu’il apprécie particulièrement : faire un rendu de tous les plans, quel que soit leur état, pour avoir un aperçu visuel complet du film et savoir précisément où il reste du travail.

Il a ensuite abordé des problématiques plus techniques, comme l’optimisation : les temps de rendu étant très longs, il a fallu ruser, par exemple en limitant la zone d’influence des sources lumineuses pour l’éclairage diffus (pour la composante spéculaire, une distance d’influence plus importante était nécessaire, le sol étant mouillé et réfléchissant).
De même, la gestion de la profondeur de champ en postproduction était une nécessité pour éviter de faire exploser les temps de calcul.

Pour simuler le rendu de la pluie, des primitives RiCurves en forme de rubans ont été utilisées, et pas des sphères. La raison : avoir un meilleur rendu de la pluie avec le motion blur. La forme exacte des primitives (longueur, épaisseur, largeur du ruban variable sur toute sa longueur) variait selon les plans pour donner une pluie classique, forte et hostile ou encore douce et romantique.

Il est enfin revenu sur la caméra. L’utilisation d’une caméra virtuelle, en montrant l’action d’un point de vue (hauteur, position, déplacements) qui correspondrait à celui d’un humain situé sur le trottoir de la ville, permet comme pour le rendu réaliste d’ancrer le court dans le réel, et donc d’accentuer l’effet « magique » de la ville et des parapluies vivants. La longue focale, elle, donne une certaine distance avec les personnages, et montre au spectateur qu’il observe de loin un moment intime.

De cette conférence, on retiendra surtout l’influence primordiale que peut avoir un test fait « pour le plaisir ». Ici, l’essai en live-action d’Unseld, qu’il a au départ mis en place sans même penser qu’il en sortirait un court-métrage, a eu une influence capitale sur tout le processus artistique et technique.
Saschka Unseld en a tiré une conclusion simple : « Do things for no reason at all », « faites des choses sans la moindre raison ».

Pour aller plus loin

Pour plus de détails sur Le Parapluie Bleu, nous vous invitons à redécouvrir deux interviews que nous avions publiées sur ce projet :
– une brève interview de Saschka Unseld et du producteur Marc Greenberg, réalisée au festival d’Annecy ;
– une interiew détaillée en compagnie de Mathieu Cassagne, lighter chez Pixar, qui a travaillé sur le court ainsi que sur Monstres Academy.

ZED, 2ème jour

L’évènement ZED se poursuit jusqu’à la fin de la semaine, avec d’autres conférences qui seront comme hier suivies d’échanges autour d’un verre.

Il n’est pas trop tard pour vous inscrire, des places (gratuites, mais avec réservation obligatoire) sont encore disponibles.

ZED

Ci-dessus et ci-dessous : ZED, après la conférence Pixar.

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