L'avenir du programme MEDIA en question

Un grand nombre de professionnels s’inquiètent actuellement de l’évolution du programme MEDIA de l’Union Européenne, qui apporte un soutien à l’ensemble de la production audiovisuelle en Europe, et, par extension, à l’animation 2D/3D européenne.

 

Doté de plus de 250 millions d’euros de budget, ce dernier étant établi tous les 5 ans, MEDIA partage sa manne entre l’aide à la distribution plus de la moitié du budget), au développement de projets (20%), à la promotion de films (9%) ou encore au financement de projets pilotes.
Enfin, une centaine de festivals sont activement soutenus par MEDIA, comme par exemple le festival d’Annecy.

En bref, donc, un acteur majeur du paysage audiovisuel européen.

Le problème c’est que depuis le début de l’année, des informations peu rassurantes avaient été données. Comme l’indique cet article de l’Express, le programme MEDIA risque d’être fusionné avec d’autres programmes communautaires. La crainte étant que la conséquence ne soit une réduction des budgets alloués spécifiquement pour l’audiovisuel.

Les professionnels du cinéma d’animation n’ont donc pas tardé à réagir, lançant une pétition qui a rapidement rassemblé plusieurs milliers de signatures, comme l’indique le communiqué de presse qui suit (à lire aussi en ligne, sur le site du soutien au programme MEDIA : savemedia.eu ) :

 

 

Plus de 6.500 professionnels du cinéma d’animation
ont signé la pétition pour conserver le Programme MEDIA en l’état

A l’issue de la dernière édition de CARTOON MOVIE à Lyon, l’industrie du film d’animation européen s’est largement mobilisée pour exprimer avec vigueur son soutien au Programme MEDIA de l’Union européenne et pour le conserver tel qu’il existe actuellement.

Plus de 6.500 professionnels de 35 pays européens, soutenus par des professionnels non européens (venant de 20 pays dont les USA, la Chine, l’Inde, l’Australie, le Brésil, le Japon, …) ont signé une pétition envoyée à M. Barroso, Président de la Commission européenne, pour lui exprimer leur très vive crainte que le Programme MEDIA voit ses moyens spécifiques diminuer dans le futur et soit dilué au sein d’un programme culturel au périmètre plus vaste.

Les professionnels européens disent unanimement que le Programme MEDIA est un programme exemplaire de la Commission européenne, que cette dernière devrait en être fière et veiller à son essor plutôt que de tenter de le modifier de façon arbitraire. Ce programme a été construit, depuis son lancement il y a vingt ans, en collaboration avec le milieu professionnel et il suit au plus près les évolutions du marché, celle des technologies et des besoins des professionnels européens.

Son efficacité est d’ores et déjà prouvée par la multitude des coproductions cinématographiques et audiovisuelles paneuropéennes, par l’accélération constante de la circulation des oeuvres au sein du grand marché européen et par la progression spectaculaire des ventes dans le reste du monde.

Les professionnels de l’animation souhaitent ardemment que la spécificité et la cohérence du Programme MEDIA soient maintenues en l’état. Ils clament la nécessité de prolonger le Programme MEDIA et de lui donner davantage de moyens.
Ils ne peuvent pas accepter que la croissance de leur industrie soit ainsi remise en question par une éventuelle dilution dans un programme plus vaste, qui imposerait une refonte inutile du Programme. Les professionnels préfèrent mettre leur énergie et leur temps à coproduire et réaliser des films et des séries ambitieuses et à les distribuer à travers le monde plutôt qu’à convaincre la Commission européenne de ne pas changer un Programme unanimement reconnu et apprécié par l’industrie audiovisuelle.

Les plus grands réalisateurs de films d’animation européens ont signé cette pétition : Luc Besson (Arthur et les Minimoys), Nick Park (Wallace & Gromit), Marjane Strapi (Persépolis), Sylvain Chomet (L’Illusioniste), Jacques-Remy Girerd (Mia et la Migou), Pierre Coffin (Moi, Moche et Méchant), Patrice Leconte (Le Magasin des Suicides), Michel Ocelot (Kirikou), Ben Stassen (Les aventures de Sammy).
Ils s’associent à tous les diffuseurs européens (TF1, ZDF, BBC, France Télévisions, M6, Super RTL-Disney, RAI, WDR, Canal+, RTL, ITV, RTVE,…) et aux principaux distributeurs européens (Gaumont, Hit Entertainment, EuropaCorp, Moonscoop, Vivendi, Marathon Media, Filmax, Cake, Telescreen, Universal, UGC …), ainsi qu’à l’ensemble de la production européenne (UFA, Lagardère, Aardman, Bavaria Film, Studio 100 Media, et plusieurs milliers de producteurs, réalisateurs et artistes travaillant dans ce secteur).

Voici le texte de la lettre envoyée à M. Manuel Barroso, Président de la Commission européenne.

Monsieur le Président,

Au plus grand effroi des professionnels européens du film d’animation pour la télévision et pour le cinéma, la Commission européenne envisage la suppression, la réduction et la dilution du Programme Media, dont les actions sont pourtant essentielles à la pérennité et à la compétitivité des industries culturelles au sein et à l’extérieur de l’Union.

Nous sommes extrêmement préoccupés par les conséquences désastreuses au plan économique et culturel que provoquerait dans notre secteur la remise en cause du Programme MEDIA, tel qu’il existe actuellement.

Depuis vingt ans, le soutien renouvelé du Programme MEDIA a directement contribué à la croissance économique et à la compétitivité intra et extra européenne de l’industrie de l’animation. Notamment, grâce à l’action de MEDIA sur le plan de la promotion, de la production et de la circulation des oeuvres, ainsi que sur celui de la formation, nos entreprises et créateurs sont passés du stade d’un artisanat morcelé à celui d’une industrie globalisée, diversifiée, à la pointe des technologies les plus avancées. C’est une réussite incontestable dont une part certaine est à mettre à l’actif de la Commission Européenne et de son Programme MEDIA.

Ainsi, en vingt ans, plus de 6000 heures d’animation pour la télévision et de 150 longs métrages d’animation ont été produits au sein de l’Union, pour un total d’investissements représentant plus de 3 milliards d’euros, accompagnés de la création de plus de 10.000 emplois. Les formations déployées pour les professionnels du film d’animation connaissent un succès croissant tant auprès des élèves, des professionnels que des enseignants. L’ensemble de ces actions contribue à une synergie renforcée entre producteurs, acheteurs, diffuseurs et distributeurs en Europe et dans le monde.

La formidable créativité européenne transparait sans ambages des multiples marchés, festivals et forums de coproductions pour la télévision et le cinéma. Dans le domaine de l’animation notamment, le programme MEDIA a eu un impact déterminant à travers des actions complémentaires de mises en réseau, telles que celles conduites par CARTOON et par le MIFA/Festival d’Annecy.

Soutenir la croissance économique et le développement d’une industrie impliquée dans la création, la production et la circulation de programmes de télévision et de films destinés à la jeunesse, répond à un besoin socio-culturel de premier ordre, à savoir celui de la transmission aux enfants de valeurs de vie que nous jugeons fondamentales pour leur avenir au sein de l’Union. Il est du devoir de la Commission de renforcer cette singularité culturelle et non de l’appauvrir. Si ce devait être le cas, les enfants des pays de l’Union deviendraient à nouveau, comme il y a une trentaine d’année, dépendants pour leur divertissement de l’approvisionnement en programmes et films d’origine extra-européenne et cela au grand dam des familles. Rien ne pourrait justifier un tel recul à un moment crucial du développement de l’Union Européenne.

Plus que jamais la Commission doit donc poursuivre la politique de soutien qu’elle mène depuis vingt ans en faveur de l’ensemble des industries culturelles de l’Union dont celle de l’animation.

Nous nous opposerons avec la plus extrême vigueur à la suppression, à la réduction et &agrave
; la dilution du Programme Media avec son cortège de conséquences désastreuses à moyen et long terme ou à toute autre forme de réduction administrative, notamment par l’absorption et la refonte du Programme MEDIA au sein d’un autre programme de la Commission.

Nous sommes soutenus dans notre revendication par les pouvoirs publics des pays de l’Union concernés à des degrés divers par le développement de l’industrie de l’animation.

Je vous prie de croire, Monsieur le Président, à l’expression de ma plus vive considération.

Christian Davin,
Président de l’Association Européenne du Film d’Animation

 

Depuis, l’UE a réagi. Dans un article publié chez Libération et titré Non, l’Europe n’abandonne pas les cinéastes, Androulla Vassiliou, commissaire européenne à l’éducation, se veut clairement rassurante. Manuel Barroso, président de la Comission Européenne, s’est lui aussi fendu d’un communiqué destiné à calmer les esprits. Il affirme même que la volonté de l’UE est de renforcer le programme MEDIA.

La rencontre entre ce dernier et une délégation de cinéastes, le 17 mars, témoigne elle aussi de cette volonté de rassurer. Si l’on en croit l’article du Point, Barroso avait révisé le CV complet de chaque cinéaste, de façon à pouvoir montrer, par allusions, son intérêt pour les films des réalisateurs.

Dans ce même article, nous apprenons que l’avenir de MEDIA serait d’être scindé en deux, avec un volet culture et un autre dédié aux médias. A partir de 2013, ces deux parties prendraient donc la relève du programme actuel.

Gageons que les professionnels resteront attentifs aux futures annonces…

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