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Matte Digital World s'éteint, Fuel VFX sous tutelle

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L’ambiance actuelle du secteur VFX, avec la concurrence acharnée que se livrent les studios en abaissant leur marges, vient de faire deux nouvelles victimes : Matte World Digital et Fuel VFX.

Matte World Digital ferme ses portes

Matte World Digital, studio californien dont les artistes jouissaient d’une grande renommée en matière de matte painting, annonce via une longue lettre ouverte sa fermeture. Lancé en 1988 par le superiseur VFX Craig Barron, le matte painter Michael Pangrazio et l’effects producer Krys Demkowicz, Matte World Digital a produit des matte paintings pour des films comme Robocop 2, Gremlins 2, Avalon, Batman Returns, Dracula, Casino, Independance Day, Titanic, Armageddon, Le Truman Show, X-Men, Jurassic park III, Benjamin Button, Terminator Salvation, Alice au pays des merveilles ou encore Captain America et Hugo.

La lettre d’adieu du studio, qui a officiellement fermé ses portes le 8 août, témoigne de l’émotion de l’équipe. Oscillant entre souvenirs, fierté et amertume, le texte débute par une comparaison entre l’extinction des serveurs du studio et celle de HAL dans 2001 : L’odyssée de l’Espace. Comme dans le film, les serveurs ont protesté lors de l’arrêt via divers avertissements sonores signalant la survenue de l’évènement. Craig Barron indique que les machines se sont éteintes après avoir annoncé le lancement de sauvegardes en réaction à leur extinction, tout en lui envoyant un message automatique sur son téléphone portable pour indiquer leur propre coupure, lui demandant d’intervenir pour les relancer… Ironie douce-amère, les derniers mots envoyés par le système furent « Passez une bonne journée. Au revoir ».

Les anciens employés et amis du studio ont par ailleurs publié séparément un ensemble de mots d’adieu, saluant Craig Barron et son travail.

Le message d’adieu reste toutefois lucide sur les raisons de la fermeture : les coûts en technologie et R&D sans cesse revus à la hausse, les mesures d’économies permanentes et la compétition désormais mondiale entre les studios rendent de plus en plus difficile la survie de petites entités. Orphanage, Illusion Arts et Asylum sont d’ailleurs cités comme autant d’autres victimes de l’hécatombe en cours.
La suite du texte rappelle d’ailleurs que John Textor, CEO de Digital Domain, se demandait lors du SIGGRAPH 2012 (soit au moment même de la fermeture de Matte World Digital) si le secteur VFX avait un avenir aux USA.

 

Matte World Digital

Fuel VFX en sursis

A l’autre bout du monde, Fuel VFX ne se porte pas beaucoup mieux. Basé à Sidney en Australie, le studio vient de se placer sous un régime d’administration volontaire : cette procédure d’insolvabilité permet aux dirigeants d’une entreprise en difficulté de faire appel à un administrateur extérieur.

Ce dernier a pour mission d’examiner en détails les finances de la société, mais aussi de conseiller les créanciers sur la meilleure marche à suivre pour l’entreprise : la liquider immédiatement, redonner les rennes aux dirigeants, passer un accord dit DOCA (Deed of company arrangement, accord entre la société et les créanciers sur la façon de gérer l’entreprise de façon à maximiser ses chances de survie ou à permettre aux créanciers de récupérer une plus grande partie de leur argent qu’avec une liquidation immédiate). On trouvera quelques détails supplémentaires concernant la procédure sur le site gouvernemental australien de l’ASIC.

Rappelons que Fuel VFX avait encore récemment créé des interfaces pour Prometheus (cartes holographiques). Le studio, lancé en 2000, avait aussi travaillé sur Iron Man 2, Captain America, Thor, Cowboys vs Aliens, Mission Impossible : protocole fantôme.
Le studio emploie une centale de personnes.

Dans le communiqué annonçant la mise sous administration volontaire, les dirigeants précisent que l’administrateur sera Jirsch Sutherland. Ils lui ont indiqué que le studio souffrait durement des conditions actuelles du marché VFX au niveau mondial. Le marché local en baisse a aussi plombé les finances du studio, tandis que la force du dollar Australien a sapé sa compétitivité. Filmbiz.asia indique que le gouvernement avait doublé l’an dernier les aides du secteur VFX et postproduction pour contrer la montée de sa monnaie : manifestement, ce fut un échec.

L’espoir de Fuel VFX : pouvoir, par l’intermédiaire de cette manoeuvre, restructurer financièrement le studio et le préserver autant que possible.

Fuel VFX

Notons pour finir que malgré ces nouvelles, tout n’est pas totalement sombre dans le secteur VFX. Comme le souligne VFX Soldier, et comme nous vous l’avons indiqué ces dernières semaines, d’autres studios se sont ouverts ou agrandis : extentions pour DreamWorks Animation, MPC, Encore, Mr X., Prime Focus, Digital Domain, Pixomondo ou ArsenalFX, lancement de 32Ten issu du défunt Kernel Optical, lancement de Creature Art and Mechanics Digital… La mauvaise situation de deux studios ne doit donc pas faire oublier que d’autres se portent très bien.

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