Annecy 2019 – critique : Away, un voyage en solitaire

Away

Si nous avions remarqué Away avant d’arriver au Festival d’Annecy, c’est avant tout pour son contexte de production. Réalisé en solo par Gints Zilbalodis, la simple existence de ce long-métrage animé tient de l’exploit, tant ce genre de projet réalisé sans équipe a tendance à s’effondrer en cours de route. Ce fut d’ailleurs presque le cas : un crash informatique durant la fabrication a fait perdre plusieurs mois de travail au réalisateur.

La motivation aidant, Away a néanmoins vu le jour. Le résultat : un film d’1h14 contemplatif et qui joue sur les symboles. Away nous invite à suivre un adolescent écrasé sur une île, qui va devoir traverser cette dernière pour s’en sortir. Poursuivi par un géant mystérieux, lent mais menaçant, il croisera en route un petit oiseau mais aussi des animaux tels que des chats vivant autour d’un geyser.

Away

Malgré des spécificités qui pourraient jouer en sa défaveur, comme l’absence de dialogues, le film fonctionne en grande partie grâce à des tableaux visuels soignés. Forêt luxuriante, lac quasiment à sec formant un miroir parfait, village en ruine, ballet des chats autour du point d’eau créent une poésie visuelle et une ambiance planante très efficaces. Le style très épuré des graphismes, directement issus du viewport de Maya pour éviter les temps de rendu, est une bonne idée : entre simplicité et effet low poly, Gints Zilbalodis évite de sombrer dans un style visuel que ses moyens financiers n’auraient pas pu soutenir. Les codes esthétiques retenus, combinés au scénario qui forme d’un périple assez linéaire, nous donnent d’ailleurs presque envie de voir le film décliné sous forme de jeu vidéo. Même l’animation sommaire fonctionne, alors que le visage quasi figé du héros et ses grands yeux pourraient donner un personnage sans vie ou, pire, esthétiquement repoussant. L’expression faciale retenue, entre observation et émerveillement, colle à la plupart des situations. L’imagination du spectateur fait le reste.

Away

Pour autant, Away a bien quelques défauts. Le découpage en quatre grands chapitres (a priori pensé en partie pour faciliter le financement du film, par étapes) est assez artificiel et pourrait être supprimé. Par ailleurs, la contemplation et la lenteur du scénario pourront créer un rejet ou un ennui chez une partie du public. Un montage légèrement plus court aurait sans doute été bénéfique à l’ensemble, quitte à passer de long à moyen-métrage.

Away

Quoi qu’il en soit, Away ne peut que forcer le respect. Agé de 23 ans seulement, Gints Zilbalodis fait preuve d’une grande ténacité et d’une vraie vision artistique. Nul doute que ses prochains projets mériteront eux aussi le détour. 

La distribution du film est assurée par CMG : on ne peut qu’espérer que le film puisse bientôt sortir des festivals et arriver dans les cinémas classiques.

Away Trailer 2 from Gints Zilbalodis on Vimeo.

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