Critique : Love, Death + Robots – une réussite technique et visuelle, souvent aux dépends du fond

Love Death + Robots
Le Témoin

Netflix a comme prévu mis à disposition de ses abonnés la première saison de sa série animée d’anthologie Love, Death + Robots.

Sur le papier, le projet semblait prometteur, très prometteur : Netflix annonçait des épisodes confiés à des studios des quatre coins du monde, des concepts variés et un projet visant le public adulte. De quoi, potentiellement, générer un foisonnement d’idées variées.

En pratique, le résultat n’est pas toujours à la hauteur des attentes, loin de là. Visuellement, rien à redire : les équipes se sont appliquées, et l’utilisation du style « cinématique de jeux vidéo » pour une partie des courts-métrages apporte une fraîcheur bienvenue. Ailleurs, on reconnaît une patte graphique similaire à celle de Spider-Man : New Generation (pour l’épisode Le Témoin réalisé par Alberto Mielgo, qui avait été consultant visuel sur le film de Sony). Plus loin encore, Platige réemploie le rendu stylisé que nous avions apprécié dans le film Another Day of Life pour Les Esprits de la Nuit. Même les personnes préférant l’animation 2D y trouveront leur bonheur, avec Un Vieux Démon venu de Studio La Cachette et son scénario entre horreur sanglante et comique visuel.

Un Vieux Démon
Un Vieux Démon

En revanche, quelques points viennent poser problème. On peut par exemple éprouver une certaine surprise face à la liste des réalisateurs : aucune femme dans la liste des 24 noms. En 2019, cela a de quoi étonner.
Côté scénario, certains projets manquent furieusement d’ambition narrative, et nous proposent des concepts déjà vus et revus (Le Témoin fait par exemple penser à un court des Gobelins de 2008) ou qui n’explorent pas leur sujet jusqu’au bout. On regrettera aussi que la carte blanche laissée en terme de contenus (nudité, violence) devienne dans certains épisodes une fin en soi, alors que ces éléments peuvent au contraire être des outils au service d’un vrai scénario. Le gore d’un Akira, le caractère choquant de Perfect Blue ou la violence visuelle de Watership Down, par exemple, servent une histoire et un propos et c’est justement ce qui rend ces films aussi forts et mémorables. Et de nombreux courts-métrages ont prouvé par le passé que le format court est amplement suffisant pour développer un discours.

Ceci étant dit, ces regrets ne sont pas généralisés. Quelques épisodes se dégagent du lot :

Fish Night/Les Esprits de la Nuit, réalisé par Damian Nenow chez Platige, nous propose un concept onirique et envoûtant. Si la chute est prévisible, le voyage est très plaisant.

Fish Night

When The Yogurt Took Over/La Revanche du Yaourt, d’Alfredo Torres et Victor Maldonado chez Blow Studio, suit le fil d’un scénario délicieusement absurde qui nous plonge dans notre bêtise collective avec humour.

When the Yogurt Took Over

Good Hunting/Bonne chasse, d’Oliver Thomas chez Red Dog Culture House, malgré quelques défauts dans son traitement, développe un propos intéressant avec sa hulijing métamorphe perdue dans un monde en pleine évolution.

Good Hunting

Zima Blue/L’oeuvre de Zima, de Robert Valley chez Passion Pictures, enfin, adopte un style visuel fort et nous emmène dans une réflexion sur l’art, les modifications corporelles et le sens de la vie. De quoi nous inviter à poursuivre la réflexion même après la fin du générique, ce qui est exactement ce que le concept de cette série laissait espérer.

Zima Blue

Love, Death + Robots est donc une série inégale, loin de toujours remplir ses promesses. Les épisodes les plus marquants et le travail artistique déployé font néanmoins espérer une seconde saison qui saura, on l’espère, aller de l’avant et s’approfondir.

D’ici là, n’hésitez pas à nous indiquer en commentaire ce que vous avez pensé de la série, quel que soit votre avis.

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