PIDS 2019 : Le Grinch d’Illumination Mac Guff, côté coulisses

Le Grinch

Le Paris Images Digital Summit, fin janvier, fut l’occasion pour le studio d’animation Illumination Mac Guff de revenir sur son succès de Noël 2018 : Le Grinch. Le long-métrage a récolté plus de 500 millions de dollars dans le monde pour un budget de production de 75 millions.

Le président du studio, Jacques Bled, avait fait le déplacement accompagné de Fabien Polack, superviseur 3D.

Le duo nous a tout d’abord proposé quelques chiffres sur le studio : les équipes oscillent désormas entre 750 et 900 personnes à Paris, un nombre impressionnant qui s’explique par un planning chargé : pas moins de 4 films sont en fabrication, et l’agenda est rempli jusqu’en 2023.

Jacques Bled
Jacques Bled, président d’Illumination Mac Guff, lors du Paris Images Digital Summit 2019

Si le personnage du Grinch n’est pas forcément très connu en France, il est très apprécié aux USA. Créé par Dr. Seuss, il a déjà eu droit à une adaptation en animation 2D à la fin des années 60 (Comment le Grinch a volé Noël !, par Chuck Jones) et en live-action en 2000 (Le Grinch, de Ron Howard et avec Jim Carrey).

Le grinch

La production de cette version en animation 3D a duré près de 20 mois, avec de l’ordre de 300 graphistes, environ 80 animateurs. Comme l’ont expliqué Jacques Bled et Fabien Polack, le Grinch est associé au style très particulier de son auteur : l’oeuvre de Dr. Seuss mettait de côté les lignes droites et proposait une patte graphique désormais un peu datée.
Une part importante du travail du studio a donc été de transposer ces références visuelles : une ville toute en courbes et des montagnes très stylisées.

Le Grinch

Un des enjeux techniques et artistiques majeurs du projet était évidemment la gestion de la neige. Si le studio avait déjà géré ce type de matériau sur Les Minions, la poudreuse est ici bien plus présente avec environ 550 plans.
Deux problèmes principaux ont été abordés lors de la conférence :
– le premier est la gestion des contacts. Une question d’autant plus cruciale que comme l’a expliqué Fabien Polack, une animation peut très bien être parfaite du point de vue de la caméra… Tout en étant désastreuse pour servir de guide à la simulation. Il nous a montré quelques exemples concrets de simulations et itérations, tout en précisant que l’équipe était au final très satisfaite du travail mis en place : les temps de calcul pour les simulations sont restés très maîtrisés.
– l’autre problème lié à la neige porte sur les connexions avec les éléments de la scène : la poudreuse s’accumule au pied des arbres et en bas des murs, par exemple. L’ennui, c’est que ce comportement colle mal avec les contraintes de production, puisqu’il est courant que des objets du décor soient déplacés et ajustés. Il fallait donc trouver un moyen de ne pas avoir à tout recommencer à chaque modification.
La solution trouvée a été de s’appuyer sur des contact maps : des textures assignées aux éléments pour lesquels un déplacement était probable. Ces textures décrivent la manière dont se répand la neige au pied de l’objet, et permettent donc de déplacer les connexions neige-objet en même temps que l’objet lui-même. Le tout était compatible avec les volumes VDB, ce qui facilitait les allers-retours et itérations.

Le Grinch

Fabien Polack
Fabien Polack, superviseur 3D chez Illumination Mac Guff, lors du Paris Images Digital Summit 2019

Malgré le parti pris résolument cartoon, l’équipe a fait appel à des techniques réalistes pour le shading et le lighting. Des références réelles (mais visuellement fortes) de glace et roche ont été employées.

Les Minions
Les Minions

Pour le rendu, l’expérience des Minions n’avait pas été totalement satisfaisante : le subsurface scattering surfacique utilisé à l’époque créait des défauts corrigés ensuite au compositing, en particulier sur les objets fins. Divers aspects techniques ont donc été utilisés (objets volumétriques fermés, raymarching avec des steps fins, probability density function) pour fluidifier le travail sur Le Grinch et éviter de faire face aux mêmes problèmes fastidieux à traiter.

Le Grinch

Toujours en ce qui concerne l’éclairage, vous aurez évidemment noté l’abondance de guirlandes lumineuses dans le film. L’équipe a voulu utiliser des light géométriques afin d’obtenir un résultat de qualité mais aussi pour faciliter la tâche de lighting : un système de particules permettait facilement de brancher un shader sur les ampoules, et donc de diriger artistiquement l’ensemble.
Un énorme travail d’optimisation sur l’algorithme d’importance sampling a permis de concrétiser cette vision : au final, il n’y a que très peu de triche.

La conférence proposée par Illumination Mac Guff était dans l’ensemble très intéressante, notamment dans le sens où elle montrait comment le studio cherche à s’améliorer techniquement à chaque film. Nous avons aussi apprécié la présence d’images de coulisses (passes de rendu pour l’éclairage, références…) qui venaient appuyer le propos.

Si vous n’avez pas déjà vu Le Grinch, sachez qu’il sortira en DVD et Blu-Ray le 3 avril prochain.

A Lire également