Harcèlement sexuel par John Lasseter, culture toxique chez Pixar : Cassandra Smolcic témoigne

Cassandra Smolcic
Photo : Cassandra Smolcic

Cassandra Smolcic, qui fut Graphic Designer chez Pixar de 2009 à 2014, a publié sur Medium un long témoignage de ses conditions de travail à l’époque. Elle a notamment travaillé sur Toy Story 3, Cars 2, Rebelle, Monstres Académie, Vice-Versa.
Ce témoignage confirme notamment l’étendue des comportements inappropriés de John Lasseter. Il souligne aussi et surtout que la hiérarchie était parfaitement au courant et n’a pas agi. Pire : les informations données font état d’une culture d’entreprise toxique envers les femmes du studio.

John Lasseter, protégé par son entourage

Cassandra Smolcic revient notamment sur le cas de John Lasseter, l’ancien homme fort du studio accusé par plusieurs femmes de harcèlement sexuel et agressions (Rappelons que Disney a annoncé son départ en fin d’année, précisant qu’il serait remplacé par Jennifer Lee et Pete Docter).
Elle explique avoir été une des nombreuses victimes de son comportement (harcèlement sexuel et contacts physiques non désirés), y compris en public. Cassandra Smolcic explique qu’il « était clair que nous [elle de nombreuses autres femmes du studio, NDRL] étions pour lui des objets sexuels ».

Elle confirme ce qu’avaient évoqué certains articles dès la fin 2017 : le comportement de Lasseter était très largement connu, y compris par la hiérarchie du studio. Par exemple, un supérieur lui a annoncé peu de temps après son arrivée dans l’équipe de Cars 2 qu’elle serait exclue des réunions hebdomadaires du département artistique. La raison invoquée par ce supérieur : Lasseter « avait des difficultés à se contrôler » face aux jeunes employées.
Une décision qui impliquait évidemment de freiner le travail de Cassandra Smolcic et donc de freiner sa carrière.

Un environnement de travail néfaste pour les femmes du studio

Si l’impunité de Lasseter lui a permis d’agir ainsi durant des années, elle a eu d’autres effets néfastes. Pour Cassandra Smolcic, son sexisme a « donné le ton » et encouragé d’autres hommes à avoir eux aussi des comportement inappropriés, car sentant qu’ils ne seraient pas sanctionnés.
Cassandra Smolcic précise qu’elle a su trouver un soutien auprès d’autres employées, auprès desquelles elle a appris l’étendue du problème : elle explique que les femmes du studio avaient tendance à être ignorées en réunion et écartées de projets, tandis que ses collègues masculins recevaient plus de travail qu’ils ne pouvaient en réaliser.
En outre, d’autres hommes de l’entreprise ont eu des comportements similaires à ceux de Lasseter (dont des « contacts inappropriés »). Il y aurait donc potentiellement encore des agresseurs en poste.

Plafond de verre et double standard

Outre des comportements, Cassandra Smolcic explique que des femmes qui remettaient en question les leads masculins se voyaient remisées au placard, écartées des projets suivants ou même renvoyées.
Bien évidemment, le studio comportait aussi à l’époque des femmes aux postes de lead. Mais pour Cassandra Smolcic, elles devaient souvent elles aussi rester en retrait et rentrer dans le rang, si elles tenaient à leur poste et leur réputation. Un exemple concret est cité, avec une lead qui demandait à ses supérieurs davantage de ressources pour boucler un projet délicat. Ignorée par la hiérarchie, elle a fini en burn-out, remplacée par un homme… A qui l’on a donné les ressources qu’elle avait réclamées.

Cassandra Smolcic évoque également la façon dont les employées étaient jugées lors des bilans réguliers. Après avoir reçu une évaluation négative l’accusant de proposer trop de designs différents, de vouloir trop en faire, elle a partagé sa déception avec un collègue masculin qui lui a dit que « si elle était un homme, tous ces défauts se seraient retrouvés dans la colonne des points positifs ».

Déçue, épuisée par ses années chez Pixar et ne parvenant pas à passer le plafond de verre, Cassandra Smolcic a décidé à 30 ans de quitter le studio, pour trouver un environnement de travail plus accueillant.

Et maintenant ?

Si Cassandra Smolcic salue la décision de Disney d’écarter Lasseter, elle avance qu’il laisse un héritage trop lourd pour être éliminé par un simple remplacement. Elle explique que « de tels biais, si profondément enracinés, nécessitent des efforts délibérés et consciences pour être identifiés et démantelés ».
Elle espère donc que Disney et Pixar sauront aller plus loin et reconnaîtront les efforts à faire pour aller de l’avant.

A ce jour, les studios n’ont annoncé aucune mesure concrète au-delà du départ de Lasseter.

Pour en savoir plus

– Le témoignage complet sur Medium, une version abrégée chez Variety.
Cassandra Smolcic est actuellement artiste freelance.

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