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La semaine passée, nous avions évoqué le lancement d’une grève au sein du studio de développement Eugen Systems. Un évènement rarissime dans le secteur du jeu vidéo en France.
Pour rappel, les 21 grévistes (sur 44 salariés) avaient publié un communiqué dénonçant entre autres le non-respect de la convention collective, des heures supplémentaires impayées et une baisse de salaires organisée en janvier.

Le 15 février, la direction a décidé de publier un communiqué, visible ci-dessous. Le studio nie le non-respect de la convention collective et évoque une volonté de dialogue avec les représentants du personnel. Le texte souligne aussi que les entretiens annuels sont prévus pour cette semaine.

Bonjour,
Comme vous avez pu le lire dans la presse et sur les réseaux sociaux, 21 des 44 salariés d’Eugen Systems sont en grève depuis le 14 février après-midi. Il nous a semblé nécessaire de fournir certains éléments permettant de comprendre la situation.
La semaine de travail chez Eugen Systems est fixée à 38,5 heures. Comme spécifié dans chaque contrat de travail, la rémunération annuelle brute de chaque salarié inclut, d’une part, la rémunération pour 35 heures de travail, ainsi que les éventuelles heures supplémentaires dans la limite d’1,72 heure par semaine. Par ailleurs, en complément, chaque employé dispose d’1 jour de RTT par mois, qu’il peut prendre lorsqu’il le souhaite, même par demi-journée.
Les feuilles de paie, qui sont habituellement envoyées dans les temps aux employés, ont été exceptionnellement envoyées en retard pour la paie de janvier. D’une part en raison de la simplification du bulletin de paie liée aux dernières réformes législatives impliquant des complications pour la préparation des bulletins de paie. D’autre part une mise à jour sur la présentation des bulletins de paie pour mentionner les heures effectives accomplies. A ce titre, chaque salarié a reçu un courrier explicatif.
Les salaires, eux, ont été versés dans les temps à la date habituelle de paie.
Nous tenons à préciser que la société Eugen Systems respecte parfaitement les minimums de salaires pour l’ensemble des employés, et en tout état de cause a réalisé des régularisations lorsque cela était nécessaire.
Nous avons remarqué une erreur de mise à jour sur la fiche de paie de 2 salariés, qui sera bien évidemment corrigée sur la paie de février 2018.
Il n’y a aucune culture du crunch chez Eugen Systems. Il est arrivé une fois, en 2010 lors de la publication de RUSE, que la direction sollicite 3 employés afin de rester travailler une seule journée, un samedi : Cette journée de travail a permis de veiller à la stabilité des serveurs et au bon déroulé du lancement du jeu. Depuis, nous avons publié 5 jeux, et cela ne s’est jamais reproduit.
Enfin, la Direction s’attache à communiquer avec les représentants du personnel au cours des réunions, et des discussions internes sont actuellement en cours concernant la classification de certains employés. Elles se poursuivront jusqu’à ce qu’un accord soit trouvé.
Comme échangé avec les délégués du personnel lors de la réunion du mois de décembre 2017, Eugen Systems organise, à compter de la semaine prochaine, les entretiens annuel et professionnel des collaborateurs, ce qui permettra un temps d’échange avec chacun.
Merci de votre attention,
Eugen Systems

 

Les grévistes ont à leur tour publié (le 16 février) une réponse à cette réaction publique. Ils maintiennent leurs accusations, réfutent la défense de la direction (notamment en ce qui concerne la volonté de dialogue).
Enfin, ils dressent une liste de revendications, qui rejoignent le communiqué initial, dont le respect des minima prévus par la convention collective l’application de la loi pour les heures supplémentaires et le temps de travail, mais aussi la rémunération de la période de grève.

 

Le communiqué publié hier par Eugen Systems sur tous ses réseaux nous semble être une démonstration publique des raisons nous ayant menés à cette grève.

À l’heure actuelle la direction n’est toujours pas revenue vers nous, et préfère publier un démenti, lequel consiste, encore une fois, à nier certains faits, en ignorer d’autres, prétexter des erreurs et faire de creuses promesses.

Cela ne nous étonne pas, puisque la négation du problème est la réponse systématique de la direction depuis le début de nos tentatives de discussions.

On nous demande, une fois de plus, de faire confiance, et de bien vouloir attendre un peu pour régler les problèmes soulevés. Nous avons perdu confiance en notre employeur et en son cabinet de RH pour faire valoir nos intérêts, tous deux ayant démontré leur objectif à plusieurs reprises : ne pas avoir à appliquer nos droits, ne pas avoir à payer les salaires selon les règles en vigueur, diviser les salariés et réprimer toute contestation.

Tous les délais que nos interlocuteurs réclament depuis le début des discussions il y a quinze mois visent à gagner du temps, car si proposition il y a, il s’agira d’une explication permettant de ne pas avoir à payer ce qui nous est dû.

Le dernier argument en date, à savoir l’erreur de bonne foi, est tout bonnement inaudible, s’agissant de problèmes soulevés il y a plus d’un an de façon officielle, et qui sont présents dans l’entreprise depuis aussi longtemps que nous pouvons nous en souvenir. Ces problèmes étaient déjà présents tandis que l’entreprise n’avait aucun délégué du personnel pour les soulever.

La direction prétend faire un effort particulier dans la communication avec les représentants du personnel. Pourtant, il a fallu une lettre signée par la vaste majorité des employés au mois de novembre 2017 pour lui faire prendre en compte les remarques que ces délégués transmettent.

Les derniers entretiens individuels en date se sont déroulés sans trace écrite et ont été l’occasion de faire pression sur des salariés pour qui les minimas conventionnels n’étaient pas respectés afin qu’ils signent des avenants à leur désavantage. Par conséquent l’annonce de ces prochains entretiens ne nous rassure absolument pas.

Nous rappelons présentement les revendications pour lesquelles nous sommes entrés en grève. Nous réclamons une régularisation immédiate des points suivants :

– Minima conventionnels non appliqués
– Classifications (grades et coefficients) dues et non attribuées
– Primes de vacances non versées depuis de nombreuses années
– Non-respect des lois en vigueur sur le temps de travail
– Baisse de nos salaires bruts au moins de Janvier 2018 pour y intégrer les heures supplémentaires auparavant non déclarées, en tentant de faire passer cette action pour une rectification d’erreur de comptabilité alors que le problème a été signalé au printemps 2017 — cette baisse faisant au passage tomber certains salaires sous les minima conventionnels
– Rémunération intégrale de la période de grève

En outre, nous exigeons immédiatement que cessent les convocations en réunions individuelles d’employés grévistes pour les interroger sur ce sujet. Il s’agit d’une remise en cause du droit de grève, ce qui est intolérable.

De la même façon, la direction qui a explicitement fait savoir à certains collègues qu’elle identifiait les employés syndiqués comme ennemis avérés de l’entreprise assume par ce fait une position claire : la négation du droit des travailleurs à se syndiquer.

Enfin, nous tenons à remercier du fond du cœur les personnes qui participent à la caisse de grève organisée par le STJV, ainsi que celles et ceux qui font parvenir leurs messages de soutien par mail, twitter, facebook, forums, parole… Votre solidarité n’est pas passée inaperçue. Merci.

 

Les employés grévistes d’Eugen Systems

Comme pour le premier communiqué, ces nouvelles demandes ont été rendues publiques par le syndicat STJV, spécialisé dans le secteur du jeu vidéo. Rappelons également que le STJV avait lancé une caisse de grève pour soutenir les grévistes, qui a récolté près de 4000€ à ce jour.

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