Steel Normandy

Cas rarissime dans le secteur du jeu vidéo français, une grève a été déclenchée hier au sein du studio de développement Eugen Systems (à qui l’on doit le jeu de stratégie Steel Division : Normandy 44).

21 grévistes ont cessé le travail, sur un effectif total de 40 personnes environ. Dans un communiqué visible ci-dessous, les grévistes dénoncent des écarts importants à la loi : salaires minimaux non respectés, heures supplémentaires non payées.
Le communiqué avance que des négociations ont lieu depuis plus d’un an, sans résultat. Pire : la direction aurait finalement décidé de botter en touche sur certains sujets en plaidant l’erreur administrative, diminué les salaires bruts pour que la régularisation des heures supplémentaires se fasse sans versement supplémentaire.
Les 21 personnes dénoncent donc le refus d’appliquer la convention collective et le non respect du droit du travail. Ils indiquent que malgré leur volonté de dialogue, cette stratégie de la direction les force à la grève pour faire valoir leurs droits.

Le STJV (Syndicat des Travailleurs et Travailleuses du Jeu Vidéo, qui a vocation a représenter les personnes employées dans les studios) a mis en place une caisse de grève : un fonds qui permettra de soutenir les grévistes, notamment pour compenser leur perte de revenus. Il est possible d’y participer via un don ; plus de 1200€ ont été récolté à l’heure où nous publions cet article.

La direction d’Eugen Systems n’a pour le moment fait aucun communiqué, et a refusé de répondre à nos confrères de Gamekult (qui ont publié un article sur la grève, accessible sur abonnement).

Voici le communiqué complet des grévistes, mis en ligne par le STJV :

Act of Grève

En ce 14 février 2018, nous, 21 employés d’Eugen Systems, avons décidé de nous mettre en grève. En cette date on pourrait être tenté de se dire que nous avons préféré flatter l’être aimé au lieu de nous rendre, comme il se doit, sur notre lieu de travail. Il n’en n’est rien, même si nous sommes animés d’une certaine passion qui elle en revanche est teintée de fureur.

Cela fait maintenant près de quinze mois que nous discutons avec la direction de graves atteintes à nos droits. Comme n’importe qui à notre place, nous sommes partis du principe que le dialogue, les arguments et la raison seraient plus efficaces qu’une confrontation directe. Après tout un employeur devrait être capable de comprendre que la loi est ce qu’elle est, et qu’il est légitime que ses employés exigent qu’elle soit appliquée, y compris à leur avantage. Devant le mur qui nous a été opposé durant les six premiers mois de négociation, nous avons été contraints de faire appel à un avocat pour rappeler la loi à notre employeur. Rappeler que les minima de salaires ne sont pas sujets à négociation et que ni notre qualification, ni notre contrat de travail ni la loi ne le sont davantage. Des demandes qui se situent bien loin de l’inacceptable. Pour toute réponse nous avons eu des promesses, « tout sera réglé » nous disait-on. Naïfs que nous sommes nous y avons cru.

Plus naïfs encore, nous avons continué à y croire encore de nombreux mois, mais au matin de ce 14 février nous nous sommes rendus à une évidence qui désormais n’échappait plus à grand monde : trop c’est trop.

En arrivant au bureau, chacun d’entre nous a pu découvrir plusieurs mails sur sa boîte professionnelle : tout d’abord un mail collectif nous indiquant que nos heures supplémentaires, non rémunérées jusqu’alors, un sujet de contentieux depuis le début, n’auraient été absentes de nos fiches de paie que par la faute de nos deux gestionnaires de paie successifs. En somme, ce que nous présentions comme une atteinte à nos droits nous est maintenant présenté comme une erreur administrative. Ainsi, notre salaire brut a diminué pour pouvoir justifier nos heures supplémentaires sans nous régulariser d’un centime. Alors même que ces nouveaux salaires bruts passent pour plusieurs salariés en-dessous des minima légaux.

Par ailleurs, un certain nombre d’employés se sont vus annoncer dans un autre mail que les conditions spécifiquement mentionnées dans leur contrat de travail, ainsi que dans la convention collective, n’étaient pas reconnues comme légitimes par la direction. Cette dernière justifiant à ce titre de ne pas leur attribuer les grades, salaires et avantages associés. Quelle joie par exemple pour un développeur bac +4 avec plusieurs années d’expérience et un poste d’ingénieur, que d’arriver un matin et de voir qu’il a désormais le statut et le grade de technicien, avec un salaire qui va de pair.

Cette nouvelle fuite en avant de la direction a mis le feu aux poudres : devant le refus de nous payer comme la loi l’exige, et face à l’absence manifeste de considération pour la valeur de notre travail, nous en sommes arrivés à la conclusion que, pour nous faire entendre, nous n’avions plus d’autre option que de nous mettre en grève.

Nous n’avons pas voulu le conflit, et nous étions même prêts à accepter un certain nombre de compromis. Mais face à un tel manque de respect, il ne nous reste plus qu’à faire usage de nos droits les plus fondamentaux qui, à défaut de résoudre la totalité des problèmes auxquels nous sommes confrontés, aura, espérons–le, le mérite d’attirer l’attention des joueurs, de l’opinion publique ou des élus sur la situation catastrophique de l’industrie pour laquelle nous travaillons.

 

Les employés grévistes d’Eugen Systems, qui s’il est nécessaire de le rappeler ne sont pas des PNJ

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