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PIDS 2018 : comment les studios VFX français peuvent séduire l’international

Le 26 janvier, durant l’édition 2018 du Paris Images Digital Summit, une table ronde s’est intéressée à l’international et plus particulièrement aux « challenges et opportunités pour les studios VFX ». Autrement dit, il s’agissait de définir les freins et avantages des sociétés françaises face à des clients étrangers et à la concurrence mondiale.

Etaient présents (de gauche à droite sur la photo ci-dessus) :
– Xavier Nicolas, consultant, pour la modération ;
– Olivier Emery, dirigeant de Trimaran ;
– Kevin Tod Haug, superviseur VFX (qui a notamment travaillé avec David Fincher et sur série American Gods) ;
– Laurens Ehrmann de The Yard VFX.

La sécurité : un impératif

Xavier Nicolas a entamé l’échange avec un rappel des prérequis exigés par de nombreux studios faisant appel à des prestataires VFX.
La sécurité est un élément essentiel, qu’elle soit physique ou numérique. Une perte ou un vol de données, la récupération d’éléments sur un projet peuvent avoir des conséquences catastrophiques, comme on a pu le voir par le passé (avec, dans les pire des cas, la fuite d’un film avant même sa sortie, le report d’une diffusion ou la mise en ligne de documents confidentiels). Cette sécurité vaut aussi pour les communications.
Les employés, de leur côté, doivent être formés sur l’importance de la propriété intellectuelle : un élément à ne pas négliger car cet aspect ne fait pas toujours partie de la culture d’entreprise, ou même de la culture nationale.
Xavier Nicolas a rappelé que des entités comme la Motion Picture Association of America (MPAA) et Disney proposent une documentation détaillé sur leurs demandes en termes de sécurité. La MPAA consacre même une section dédiée de son site officiel à la protection des contenus, dans laquelle on trouvera des guides de bonnes pratiques destinés entre autres aux prestataires et studios.

Les autres bases

D’autres éléments ont été abordés, relativement classiques :
– la bande démo, avec comme conseil de séparer clairement les projets cinéma / télévision : ces deux secteurs ont des contraintes très différentes en termes de budget, délai et technique (des livrables en 4K étant bien plus souvent imposés sur petit que sur grand écran) ;
– une bonne clarté dans les coûts ;
– veiller à une bonne communication, être transparent ;
– réactivité, flexibilité, évolutivité ;
– respect des deadlines.

Olivier Emery a donné un exemple concret : Trimaran a travaillé il y a quelques années sur une série documentaire consacrée aux accidents aériens. Le projet était complexe à gérer car réparti entre différents pays. Cette expérience, et celles qui ont suivi, ont appris au studio à être « pile à temps » et à gérer de façon optimale les contraintes d’agenda.

Du côté de la communication, l’anglais est un impératif.

La finance : pas un réel problème ?

Point assez surprenant : l’aspect budgétaire ne semble pas être central, selon les invités. Pour Kevin Tod Haug, il faut justement veiller à ne pas se vendre sur le simple fait d’être le moins cher, et veiller à apporter quelque chose de plus.

Toujours selon Kevin Tod Haug, les tarifs français sont dans la moyenne, même en prenant en compte les aides et crédits d’impôt. Il a toutefois souligné que certaines productions n’ayant jamais travaillé avec la France peuvent avoir des préjugés erronés.

Les relations, un élément clé

L’élément central de la discussion, finalement, n’a pas été l’aspect financier mais celui des relations. Les intervenants ont souligné que créer des liens et les entretenir est un levier très puissant.

Il pourra par exemple s’agir d’aider une personne (réalisatrice, superviseur VFX, etc) sur un projet disposant de peu ou pas de moyens, incitant ensuite la personne à renvoyer l’ascenseur avec de futures collaborations. Là encore, les intervenants nous ont proposé quelques cas concrets, comme l’anthologie Nightmare Cinema (encore en cours de production). En s’impliquant et en travaillant aux côtés de Stargate Studios, malgré un budget très réduit, Olivier Emery entend bien travailler à nouveau avec Kevin Tod Haug sur de futures collaborations plus lucratives.

Même son de cloche chez Kevin Tod Haug lui-même, qui explique d’ailleurs avoir clairement présenté le projet comme une façon de pouvoir commencer à travailler avec le réalisateur David Slade (American Gods, Hannibal) et non comme une opportunité financière.
Pour Kevin Tod Haug, « Il faut avoir ce premier contact, et il doit être bon ». Le client doit repartir avec l’impression d’avoir eu « plus que ce qu’il méritait », et donc se sentir redevable.

Showreel 2016 from The Yard VFX on Vimeo.

Un point à prendre en compte lors de la création de ces relations : tous les interlocuteurs ne sont pas des décideurs. Aux USA, c’est la production qui décide des studios d’effets visuels : les gros studios de cinéma ne s’impliquent pas dans la décision. Toujours aux USA, un réalisateur n’est généralement qu’un « agent de circulation », pour reprendre l’expression de Kevin Tod Haug. C’est la personne désignée en tant que showrunner qui prend les décisions, mais pas forcément celles liées aux effets visuels : là encore, la production reste globalement le lien le plus précieux.

Bien évidemment, il existe de multiples façons de nouer ces contacts. Les festivals et évènements ne doivent pas être négligés. Autre possibilité : faire le déplacement. Kevin Tod Haug a expliqué qu’un studio reçoit toujours quelqu’un qui vient spécifiquement pour les voir. Avant d’ajouter avec malice que la direction d’un studio s’ennuie mortellement, et ne demande qu’à visionner une démoreel pour occuper une journée triste… Autre possibilité selon lui : les inviter en France.

Après ces premiers échanges, encore faut-il les conserver. Il semble qu’un problème courant avec les studios français soit de ne jamais faire de « follow-up », autrement dit de ne pas relancer et prolonger les liens après un premier contact.

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