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Critique : Dans un Recoin de ce Monde, le quotidien derrière l’horreur

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Dans un Recoin de Ce Monde

Sorti il y a quelques jours en France, le film d’animation japonais Dans un Recoin de ce Monde est réalisé par Sunao Katabuchi, adapté du manga de Fumiyo Kôno. Il nous propose un thème tout en contrastes : le quotidien d’une héroïne rêveuse au coeur du second conflit mondial et de son lot d’atrocités.

Nous y suivons la jeune Suzu, des années 30 à la seconde guerre mondiale, puis jusqu’à la reddition japonaise de 1945 et ses conséquences. Distraite et rêveuse, celle-ci ne prend pas directement part aux combats. Mariage arrangé, belle famille, rigidité des codes sociaux, tâches ménagères épuisantes : le quotidien de l’héroïne est souvent difficile, même si celle-ci parvient à trouver un peu de répit au travers de la rêverie (au prix d’une distraction qui lui joue des tours) et du dessin.

Le parti pris de Sunao Katabuchi est naturaliste, avec un très fort sens du détail et une volonté claire de s’appuyer sur les faits historiques : quatre ans de recherche ont permis au réalisateur de consulter archives, plans des lieux et autres sources diverses. De quoi reproduire les éléments les plus anodins, comme la météo de certaines journées précises. De même, la rencontre avec des japonais qui vivaient en 1933 dans un quartier reproduit dans le film a permis de récolter des informations sur les matériaux, les couleurs et l’ambiance.
Le résultat est un film qui nous plonge véritablement dans le quotidien d’une japonaise de l’époque. La préparation des repas, par exemple, est l’occasion de mettre en avant le rationnement et la disette, ainsi que la façon dont Suzu tente de s’adapter malgré la rareté des ingrédients.
La géographie du film va également dans ce sens : l’action se situe principalement dans Kure, une ville portuaire proche d’Hiroshima, excellent moyen d’évoquer l’organisation militaire, la marine, mais aussi les restrictions et interdits imposés par l’armée. Bien évidemment, les aspects les plus sombres ne sont pas oubliés : les bombardements répétés et oppressants par l’aviation américaine, ainsi que la bombe qui scellera le destin du Japon.

Pour autant, le choix de l’héroïne permet d’éviter de proposer un film purement documentaire. Le personnage de Fumiyo Kôno est attachant et se marie bien avec la direction artistique. Celle-ci, étonamment douce et colorée, presque enfantine, permet d’alléger ce qui aurait pu être une adaptation très sombre.

Avec un film d’animation qui évite soigneusement les sentiers battus du film de guerre, qui mêle quotidien et rêverie à l’horreur totale, Sunao Katabuchi nous propose ici un projet atypique et soigné, documenté et doux, qui retranscrit la noirceur d’un conflit au travers d’un parcours en apparence anodin. Dans un Recoin de ce Monde, c’est avant tout l’ordinaire d’une guerre extraordinaire, la persévérance alors que l’espoir s’amincit.
On ne pourra donc que vous le recommander.

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